HISTOIRE NATURELLE
DES INSECTES.
TOME VII.
PRET di AE tt te E »' be. d ”
Suite du Cutalogue de Manuels. ?
Manuel d'Astronomie, par M. Bailly. Un volume orné de plan-
ches. 2° édition. 2 fr. fo c.
Manuel Biographique, ou Dictionnaire historique abrégé des
grauds Hommes , par M. Jacqnelin et M. Noël , inspecteur-géné-
ral des études. 2 gr. vol. 6 fr
Manuel complet de Botanique , contenant les principes élémen-
aires de cette science ; par M. Boitard. Un vol. de 450 pages,
orné de planches. 3 f. 50 c.
Manuel du Boulanger et du Meunier, par M. Dessables.
Un vol. a fr. Soc.
Manuel du Brasseur, ou l'Art de faire toutes sortes de Bières, par
M.Riffault. Deuxième edit. Un vol. af.5oc.
Manuel du Chamoiseur, Maroquinier, Peaussier et Parchemi-
nier; par M. Dessables. Un vol. orné de planches. af.
Manuel du Chandelier et du Cirier, suivi de l'Art de fabriquer
la Cire à cacheter; par M. L. Sébastien Lenormand. Un volume
orné de figures. 3 fr.
Manuel du Charoutier, où VArt d'accommoder toutes les parties
du cochon, par madame Celnart. Un vol. 2Ë.50 ç.
Manuel du Charpentier, ou Traité complet de cet Art; par M. Va-
lentin. Un gros vol. orné de 10 planches. 3 fr.5oc.
Manuel du Chasseur et des Gardes-Chasse. Un vol. Nouvelle
édition, 3 fr.
Manuel de Chimie, par M. Riffault. Un vol. ae édition. 3 fr.
Manuel de Chimie amusante , par le même: Un vol.2e édit. 3 fr.
Manuel de la bonna Compagnie, ou V'Ami de la politesse,
Un vol. Quatrième édition, a fr. oc.
Manuel du Cuisinier et de la Cuisinière, par M. Cardelli:
Un vol. Cinquième édition. 2 fr, 5o e.
Manuel des Dames , ou l'Art de la Toilette, suivi de l'Art du
Modiste , du Mercier-Passementier, par mad. Celnart. Un vol. 3 f.
Manuel des Demoïselles, ou Arts et Métiers qui leur con-
viennent et dont elles peuvent s'occuper avec agrément; par
madame Elisab. Celnart. Un vol. orné de planches, 2e édit. 3 fr.
Manuel du Dessinateur, ou Traité complet de cet Art, par
M. Perrot. 1 vol. orné d’un grand nombre de planches. 3f.
Manuel du Dessinateur et de l'Imprimeur Lithographe, par
Brégeaut, lithographe breveté. Un vol. orné de planches. 3f.
Manuel du Destructeur des Animaux nuisibles à l'Agriculture,
à l'Economie domestique, etc. , par M. Vérardi. Un vol. orné de
planches. 3f.
Manuel du Distillateur-Liquoriste, par M. Tæbeaud. Deuxième
édition. Un vol. 3 fr.
.
— UT 7 VE VONT] ES VO OR ET
HISTOIRE NATURELLE
DES INSECTES,
COMPOSÉE
D'APRÈS RÉAUMUR, GEOFFROY, DEGÉER ; !
ROESEL, LINNÉ, FABRICIUS,
Et les meilleurs Ouvrages qui ont paru sur cette parties
RÉDIGÉE SUIVANT LA MÉTHODE D'OLIVIER,
ET ORNÉE DE FIGURES DESSINÉES D'APRÈS NATURE.
PAR EF. M. G, T. DE TIGNY,
Membre de la Société d'Histoire naturelle de Paris.
TROISIÈME ÉDITION,
Revue , augmentée et mise au niveau des connaissances
actuelles ,
PAR M. F. E. GUÉRIN,
Membre de la Société d'Histoire naturelle de Paris
et de plusieurs autres Sociétés savantes.
TOME SEPTIÈME.
PARIS,
RORET, LIBRAIRE, RUE HAUTEFEUILLE,
AU COIN DE CELLE DU BATTOIR.
1828.
Dans
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3
—
HISTOIRE NATURELLE
DES INSECTES: d
ORDRE DEUXIÈME.
LES NÉVROPTÈRES. :
RE vs
ESS
CARACTÈRES DES GENRES
DE L'ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
w
PREMIÈRE SECTION.
Trois articles aux tarses,
G. Libellule.
Anrenes très courtes, sétacées : cinq a
ticles, dont le premier beaucoup plus gros
que les autres.
Deux antennules insérées à la base externe
des mâchoires : deux articles, dont le pre-
VIT. I
2 HISTOIRE NATURELLE
mier très court, le second beaucoup plus
long, presque cylindrique.
Abdomen terminé dans les mâles par deux
petits crochets.
Trois petits yeux lisses.
G. Perle.
Antennes longues, sétacées ; articles nom-
breux, très courts; le premier un peu plus
gros.
Quatre antennules filiformes assez lon-
gues; les antérieures composées de quatre
articles; les postérieures de trois,
Abdomen términé dans la plupart des es-
pèces par deux soies distantes et sétacées.
Trois petits yeux lisses.
DEUXIÈME SECTION.
Quatre articles aux tarses,
G. Raphidies.
Antennesfiliformes, de longueur moyenne;
artiélés égaux , peu distinets , le premier un
peu plus gros que les autres.
Quatre antennules courtes, presque éga-
Ne lt V féhoste à 7
“
DES NÉVROPTÈRES, 3
les, filiformes ; les antérieures composées de
quatre articles, les postérieures de trois.
Abdomen terminé, dans la femelle , par
un appendice sétacé, assez long.
Trois petits yeux lisses.
TROISIÈME SECTION.
Cinq articles aux tarses.
G. Hémérobe.
Antennes sétacées, assez longues ; articles
très nombreux et peu distincts.
Quatre antennules inégales, filiformes ; les
antérieures composées de quatre articles;
les postérieures de trois.
Abdomen simple.
Point de petits yeux lisses.
G. Myrméléon.
Antennes courtes, renflées vers l’extré-
mité ; articles très courts.
Six antennuleswinégales, filiformes; les
postérieures très longues.
Abdomen terminé par deux crochets'dans
les mâles.
Point de petits yeux lisses.
k HISTOIRE NATURELLE
G. Ascalaphe.
Antennes longues, filiformes, terminées
en masse; articles courts, un peu grenus,
les trois derniers renflés.
Six antennules inégales, filiformes.
Abdomen terminé par deux crochets dans
les mâles.
Point de Paie yeux lisses.
ï
G. Panorpe.
Antennes longues, filiformes; articles très
courts et très nombreux,
Quatre antennules égales, filiformes; les
antérieures composées de quatre articles ;
_les postérieures de trois.
Abdomen terminé dans le mâle par une
queue articulée armée de pinces.
Trois petits yeux lisses,
G. Frigane.
Antennes longues, sétacées; articles très
aombreux, très courts; le premier un peu
plus gros.
Quatre antennules inégales, filiformes ;
les antérieures plus longues et composées de
DES NÉVROPTÈRES. 5
cinq articles ; les postérieures courtes, com-
posées de quatre.
Abdomen simple.
Trois petits yeux lisses.
G. Éphémére.
Antennes très courtes etsubulées; articles
nombreux, à peine distincts.
Quatre antennules très courtes, peu ap-
parentes, égales, filiformes; ; les antérieures
composées de quatre Pa: 4 les posté-
rieures de trois.
Abdomen terminé par deux ou trois filets
longs et sétacés,
Trois petits yeux lisses.
G. Thermes.
Antennes moniliformes, de la longueur
. du corselet; quatorze articles arrondis et
distincts.
Quatre antennules égales, filiformes; les
antérieures composées de quatre articles ;
les postérieures de trois.
Deux petits yeux lisses.
OR Sn, nb - RS OR SR. D D sd ré “St en
6 HISTOIRE NATURLLLE
A ARR AA RAR AV AI LA AR RAR RAI A/S RARE ARR A/R RAR
ORDRE DEUXIÈME.
DES NÉVROPTÈRES.
Ox a donné le nom de névroptères à des
insectes qui ont quatre ailes nues , transpa-
rentes comme du tale, formées par une mem-
brane très mince, soutenues par un grand
nombre de nervures longitudinales et trans-
versales qui forment une espèce de réseau.
Quoique les ailes des névroptères ne soient
point couvertes d'écailles colorées comme le
. sont celles des lépidoptères, elles sont très
brillantes ; vues à un certain jour elles of-
frent plusieurs couleurs, Quelques hémé-
robes, friganes, myrméléons, panorpes et
ascalaphes , ont les leurs chargées de taches
de différentes nuances, Elles sont beaucoup
plus longues que l’abdomen, presque d’égale
longueur, excepté dans les panorpes et les
éphémères; elles sont posées en toit sur
l'abdomen dans les myrméléons, les fri-
nn TV ons Si » des de , Adi Es Li.
DES NÉVROPTÈRES. 7
ganes, etc.; étendues horizontalement ou
droites dans les libellules : quelques espèces
les ont croisées sur l’abdomen.
La tête de ces insectes est plus ou moins
grosse; les antennes sont placées à sa partie
antérieure; de chaque côté sont les yeux
à réseau; il y a sur le front trois petits yeux
lisses, qui manquent aux myrméléons et
aux hémérobes, et au bas de sa partie an-
térieure est la bouche.
Les antennes sont simples, composées de
plus ou moins d’articles, distincts dans de
certaines espèces, peu distincts dans d’au-
tres ; celles des libellules et des éphémères
sont courtes, minces, subulées; celles des
perles , des hémerobes, des panorpes, des
friganes, sont longues et filiformes ; elles
sont longues dans les ascalaphes, courtes
dans les myrméléons , et terminées en masse.
Les yeux à réseau sont saillans, arrondis,
colorés et très brillans dans les libellules et
les hémérobes.
Le nombre des pièces qui composent la
bouche des névroptères varie; ces insectes
ont une lèvre supérieure, une lèvre infé-
! dti
le, Moses jé, cdd ou A
8 HISTOIRE NATURELLE
rvieure, deux mandibules, deux mâchoires,
quatre ou six antennules ÿ quelques espèces
n’ont point de mandibules : toutes ces pièces
servent à l'insecte À saisir ses alimens , les
broyer, ou les contenir pendant la masti-
cation; elles sont plus ou moins solides, se-
lon la nature des alimens dont l’insecte doit
se noürrir. Leur position est différente ; les
mandibules et les mâchoires sont placées de
chaque côté de la partie inférieure de la
tête, et se meuvent latéralement; les man-
dibules sont très fortes, dentées et aiguës
dans les libellules, qui sont carnassières ;
celles des éphémères, qui en font peu ou
point d'usage, sont très faibles. Les mà-
choires portent les antennules, qui sont de
petites pièces mobiles plus ou moins articu-
lées ; la lèvre supérieure est placée au-dessus
de l’ouverture de la bouche, la lèvre infé-
rieure au-dessous; elles se meuvent de haut
en bas , et couvrent en partie les mandibules
et les mâchoires, lorsque l’insecte les tient
croisées.
Le corselet est lisse, renflé, comprimé et
tronqué dans quelques espèces; les ailes sont
Mi - à dat dent? MES CSS dd de |
DES NÉVROPTÈRES, 9
attachées à chacun de ses côtés on à sa
partie supérieure ; l'abdomen du plus grand
nombre est allongé, mince, cylindrique,
composé de plusieurs anneaux ou segmens
souvent distincts : celui de quelques mâles
est terminé par deux crochets qui leur ser-
vent à saïsir la femelle pendant l’accouple-
ment; dans d’autres espèces, il est terminé
par deux ou trois soies dans les deux sexes,
ou par un appendice long et sétacé comme
dans les femelles des raphidies.
Les pates sont au nombre de six, atta-
chées à la poitrine; elles sont de longueur
moyenne , composées de quatre pièces, qui
sont la hanche, la cuisse, la jambe et le
tarse ; cette dernière partie est plus ou moins
articulée et terminée par deux petits cro-
chets. C’est du nombre des articles des tarses
qu'on a tiré les caractères qui servent à
diviser les insectes de cet ordre en trois
familles.
Si ces insectes sous l'état parfait offrent
“entre eux de grandes différences, ils n’en
offrent pas moins sous l’état de larves, tant
par leurs formes que par leurs habitudes.
via dati. scfitelt nt doi ai ati PURE “ue dé 227, dé of
10 HISTOIRE NATURELLE
Presque toutes les larves sont carnassières ;
elles sont pourvues de mâchoires dures et
écailleuses; elles ont six pates. Les unes sont
aquatiques, et restent dans l’eau jusqu’à ce
qu’elles subissent leur dernière métamor-
phose; les autres se tiennent sur les feuilles
et les branches des arbres, où elles font la
guerre aux pucerons : telle est la larve de
l’hémérobe. Celle du myrméléon fait un trou
en terre où elle se tient cachée, pour mieux
saisir l’insecte imprudent qui passe près
d'elle. Celles qui vivent dans l’eau ont des
organes qu’on croit analogues aux ouies des
poissons, propres à faciliter l'inspiration et
l'expiration de l’eau; pour marcher et nager,
elles font usage des pates dont elles sont
pourvues; quelques unes ont des filets pla-
cés dans différens endroits de leur corps,
qui leur servent à exécuter ces mouvemens
avec plus de facilité. Toutes ces larves trou-
vent dans l’eau une nourriture abondante,
soit qu’elles vivent d’insectes, soit qu’elles
se nourrissent de plantes, Ces différentes
larves sortent d'œufs dont les uns ont été
déposés dans l’eau ou sur des plantes aqua-
nl a de else fe “he pe Er à de ol tt OZ tt
DES NÉVROPTÈRES. IE
tiques par les femelles, après qu’elles ont été
fécondées par l’accouplement. Quelques unes
de ces larves restent sous cet état la plus
grande partie de leur vie, etensuite se trans-
forment en nymphe; elles se construisent
des fourreaux avec différentes espèces de
matériaux, et les transportent partout avec
elles; elles y ménagent deux ouvertures
qu’elles bouchent avant de se changer en
nymphe, et n’en sortent que sous leur der-
nière forme ; d’autres ne restent que peu de
temps sous l’état de larves, elles se changent
en nymphes, qui diffèrent de la larve par
des fourreaux placés de chaque côté du
corps, et qui renferment les ailes que doit
avoir l’insecte parfait. Sous ce nouvel état,
la plupart mangent, croissent et agissent
comme sous celui de larves; d’autres creu-
sent des trous dans la terre qui bordeles ri-
vières, et y vivent renfermées plusieurs an-
nées avant de parvenir à l’état parfait. Après
avoir vécu aussi long-temps sous la forme de
larves, ces insectes ne jouissent de la vie que
pendant quelques heures, lorsqu'ils sont de-
venus habitans de l'air.
12 UISTOIBE NATURELEE.
Quelques unes de ces larves en changeant
d'état ne changent point d’inclination : l’in-
secte parfait, de même que la larve, ne
respire que la destruction; pourvu d’ailes
qui le portent avec rapidité, il vole conti-
nuellement dans les endroits où il croit
trouver de quoi satisfaire son appétit car-
nassier; lorsqu'il rencontre un insecte faible,
il s’élance sur lui, le saisit avec ses mâ-
choires, et l'emporte pour le manger à son
aise. Tous les insectes de cet ordre ne con-
servent point sous le dernier état le goût
qu’ils avaient sous celui de larves; ils ne
font plus la guerre aux autres insectes; le
plus grand nombre ne paraît occupé qu'à
perpétuer son espèce, et après l’accouple-
ment la femelle s’empresse de déposer ses
œufs dans des lieux où les petits qui doivent
en sortir puissent trouver une nourriture
convenable. Les insectes dont les larves sont
aquatiques les confient à quelques plantes
qui croissent dans l’eau, ou les déposent
dans l’eau même. Ceux dont les larves vi-
vent hors de l’eau, les collent sur les feuilles
ou les tiges des arbres. Enfin, toutes ces fe-
ét LÉ dd Éd
DES NÉVROPTÈRES. 13
melles, après avoir pourvu à la sûreté de
leur postérité, et les mâles après l’accouple-
ment, meurent, quelques femelles aussitôt
après la ponte, les autres plus tard; mais
aucun de ces petits animaux ne voit une
autre génération,
M. Latreille ( Règne animal) partage
l'ordre des névroptères en trois familles.
VIX, 2
un à NT ER SR: st LR SR) de dé SL Se. ds dé) à. es tte |
“
14 HISTOIRE NATURELLE
A AS AR A AA A/S I AA ARR ARR RARE AR AR RAA
PREMIÈRE FAMILLE.
LES SUBULICORNES, SUBULICORNES.
Antennes en forme d'alène, guère plus longues
que la téte ? de sept articles au plus, dont
le dernier sous la figure d'une soie; man-
dibules et mdchoires entièrement couvertes
par le labre et la lévre , ou par l'extrémité
antérieure. et avancée de la tête; ailes
étendues horizontalement, où dans une
situation perpendiculaire.
I. Mâchoires cornées très fortes, recouvertes par
les deux lèvres; trois articles aux tarses; ailes égales,
et l'extrémité de l'abdomen terminé simplement
par des crochets ou des appendices en lames où en
feuillets.
Le grand genre des demoiselles (lbellula, Lxxw.)
est partagé ainsi qu’il suit :
1e G. Lumezrure proprement dit,
libellula.
Ailes étendues horizontalement dans le
repos; tête presque globuleuse, avec les
yeux très grands , contigus, Ou très rap-
sait alt 22 bus, 2: din ‘ai CR, SE nt ns:
DES NÉVROPTÈRES. _a5
prochés; division mitoyenne de la lèvre
plus petite que les latérales, qui se joignent
en dessus par une suture longitudinale, et
fermant exactement la bouche; abdomen
en forme d’épée, ou aplati.
2° G. JESune, Æshna.
Semblables aux libellules propres par la
manière dont elles portent les ailes et par
la forme de la tête, mais qui ont le lobe
intermédiaire de la lèvre plus grand, et les
deux autres écartés, armés d’une dent très
forte, et d’un appendice en forme d’épine;
abdomen toujours étroit et allongé à la ma-
nière d’une languette.
3 G. AGRION, Agrion.
Ailes s'élevant perpendiculairement dans
le repos; tête transversale, avec les yeux
écartés.
IT. Bouche entièrement membraneuse, ou très
molle, composée de parties peu distinctes; quatre
articles aux tarses; ailes inférienres beaucoup plus
petites que les supérieures, où même nulles; abdo-
men terminé par deux soies.
1% G. ErmËmèRE, Æphemera.
16 HISTOIRE NATURELEE
A M AS SR A A A A AE RAT AL ARR ARE RE ARR
DEUXIÈME FAMILLE.
LES PLANIPENNES, PLANIPENNES,
Mandibules très distinctes , grandes ou
moyennes ; ailes inférieures étendues ; ou
simplement un peu repliées ou doublées
au bord interne ; leur largeur ne surpas-
sant jamais notablement celle des deux
autres ; larves , lorsqu'elles sont aquati-
ques , ne vivant pas dans des tuyaux por-
tatifs et construits par elles.
I. Cinq articles à tous les tarses ; extrémité anté-
rieure de la tête prolongée et rétrécie, en forme de
bec ou de trompe.
1% G. Némoprère, Nemoptera.
Ailes supérieures écartées , presque ova-
les, très finement réticulées ; les inférieures
très longues et linéaires ; point d’yeux lisses.
96 G. Binraque, Bittacus.
Les quatre ailes égales et couchées ho-
rizontalement sur le corps ; des yeux lisses;
Rd LÉ STANDS. à tds CS ne
DES NÉVROPTÈRES, 17
abdomen presque semblable dans les deux
sexes ; pieds très longs.
3° G. Panonre, Panorpa.
Ayant les ailes et les yeux lisses, comme
dans le genre précédent; abdomen des
mâles terminé par une queue articulée ,
presque à la manière de celui des scorpions,
avec une pince au bout; pieds de longueur
moyenne.
4° G. BoréE, Boreus.
Aïles en forme d’alène, recourbées au
bout, plus courtes que l'abdomen, et man-
quant dans les femelles, où cétte parlie du
corps est terminée par une tarière en sabre.
IT. Cinq articles à tous les tarses ; antennes plus
grosses vers le bout, et composées d’un grand
nombre d'articles; six palpes.
5° G. Founur-rion, Formica-leo.
Antennes grossissant insensiblement , pres-
que sous la forme d’un fuseau, crochues
au bout, et beaucoup plus courtes que le
corps ; abdomen très long et linéaire,
ot ie edés see à ns, nds né .à latte,
. -
18 HISTOIRE NATURELLE
6° G. Ascazarne, Ascalaphus.
Antennes longues, et terminées brusque
ment en bouton; abdomen ovale, oblong,
guère plus long que le corselet.
III. Antennes en filets; quatre palpes,
7° G. Hémérose, Hemerobius.
Premier segment du tronc fort petit;
ailes en toit ; dernier article des palpes plus
épais , ovoide et pointu.
8e G. Seuexine , Semblis.
Premier segment du tronc grand, en forme
de corselet; ailes couchées horizontalement
sur le corps; palpesfiliformes, avecle dernier
article conique ou presque cylindrique.
IV. Tarses ayant au plus quatre articles; mandi-
bules toujours cornées, fortes; ailes inférieures de la
grandeur des supérieures ou plus petites, sans plis
au côté intérieur.
9° G. RarminiE , Raphidia.
Ailes en toit; tête allongée, rétrécie en
arrière ; corselet long, étroit, presque cylin-
drique.
DES NÉVROPTÈRES.. 19
10€ G. TERMITE , Termes.
* * Ailes couchées horizontalement sur le
corps , très longues ; tête arrondie; corselet
presque carré, ou en demi-cercle.
119 G. PsoquE, Psocus.
Premier segment du tronc très petit;
palpes labiaux peu distincts; ailes infé-
rieures plus petites que les supérieures ;
deux ou trois articles aux tarses.
V. Trois articles aux tarses; mandibules presque
toujours en partie membraneuses et petites; ailes
inférieures plus larges que les supérieures, doublées
sur elles-mêmes au côté interne.
12€ G. Perze, Perla.
20 HISTOIRE NATURELLE
D A A A AL AIT TT A RE BAR ARR
TROISIÈME FAMILLE.
LES PLICIPENNES, PLICIPENNES.
Point de mandibules ; ailes inférieures plus
larges que les supérieures ; plissées dans
leur longueur.
19 G. FRiGanE, Phriganea.
DES LIBELEULES. 21
DT TE EE EN EE TS
ORDRE DEUXIÈME.
LES NÉVROPTÈRES.
PREMIÈRE SECTION.
Trois articles aux tarses.
XIV GENRE.
LIBELLULES.
Caractères génériques. Antennes très courtes, séla-
cées, composées de cinq articles, dont le premier
beaucoup plus gros que les autres. — Deux an-
tennules insérées à la base externe des mâchoires,
composées de deux articles, le premier très court,
le second heaucoup plus long, presque cylin-
drique. — Abdomen terminé dans les mâles par
deux petits crochets. — Trois petits yeux lisses.
Les libellules sont connues dans presque
toute la France, même par les enfans, sous
le nom de demoiselles, qu’elles doivent vrai-
semblablement À la longueur et à la finesse
L.
hd atteint db … à ra do sd bn À cé cn Lhe db Lo > ont
22 HISTOIRE NATURELLE
de leur corps. Leurs ailes n’offrent point
des couleurs aussi variées que celles qui
ornent les ailes des papillons, mais elles
sont extrêmement transparentes , et comme
celles de différentes mouches, elles parais-
sent être de gaze : vues à un certain jour,
elles sont brillantes, dorées ou argentées,
et quelques unes ont des taches colorées.
Quelques espèces sont du plus beau bleu;
d’autres n’ont de cette couleur qu’à l’ori-
gine et à l’extrémité du corps, et sur le
corselet; le reste est brun : les unes sont
d'un vert soyeux; souvent ces couleurs se
trouvent combinées sur le corps de plusieurs
espèces où elles forment des lignes et des
taches.
Les libellules se rendent dans les jardins,
parcourent les campagnes, volent volon-
tiers le long des haïes ; mais où on les voit
en plus grand nombre, c’est dans les prai-
ries et surtout le long des ruisseaux , des
petites rivières, près des bords des étangs
et des mares. L’eau est leur pays natal;
après en être sorties , elles s’en rapprochent
pour lui confier leurs œufs. Ces demoiselles,
nie, sh és, , Hat de OS Sense, — HOT S -i 2. à
DES LIBELLULES. 23
qui plaisent par leurs formes élégantes , la
variété de leurs couleurs, et une sorte de
brillant, ont des inclinations très meur-
trières ; loin d’aimer à se nourrir du sue des
fleurs et des fruits , elles ne se tiennent dans
les airs que pour fondre sur les insectes
ailés qu’elles peuvent y découvrir, et man-
ger tous ceux dont elles peuvent se saisir.
Elles ne sont pas diffciles sur le choix de
l'espèce; on en voit se rendre maîtres de
petites mouches à deux ailes, de grosses
mouches bleues de viande, souvent même
de papillons diurnes, qu’elles emportent en
l'air entre leurs dents. C’est leur inclination
vorace qui les conduit le long des haies sur
lesquelles beaucoup de mouches et de pa-
pillons vont se poser, et qui les ramène sur
les bords des eaux où voltigent différens in-
sectes; elles cherchent les cantons peuplés
de gibier.
Réaumur, qui a suivi les habitudes de
ces insectes dans tous les instans de leur
vie, et qui a écrit leur histoire d’une ma-
nière si intéressante et si instructive, les a
divisés en trois familles ou genres. Chacune
its tint tt hmte se, filé lits ht dé dE << dun
24 HISTOIRE NATURELLE
de ces familles a des caractères constans,
qui servent à la distinguer des autres. Les
libellules de la première famille ont le
corps court, aplati, diminuant insensible-
ment de largeur , depuis son origine jusqu’à
son extrémité; la tête arrondie, presque
sphérique. Celles de la seconde famille ont
de même la tête grosse et sphérique, mais
leur corps est cylindrique dans toute sa
longueur. Celles de la troisième famille ont
la tête proportionnellement plus petite ; elle
est courte et large, et leur corps est cylin-
* drique..
Degéer n’a divisé les libellules qu’en
deux familles : la première est composée
de celles qui forment les deux premiers
genres de Réaumur, dont la tête est grosse
et sphérique, et qui portent leurs ailes éten-
dues et parallèles au plan de position; la
seconde, de celles qui ont la tête large et
courte, et qui portent ordinairement leurs
… ailes élevées au-dessus du corps. Nous sui-
vrons cette méthode, qui est celle adoptée
par M. Olivier.
Toutes les libellules naïssent dans l’eau
.DES LIBELLULES. 25
et y prennent leur accroissement complet ;
tant qu’elles y vivent, leur forme est assez
semblable à celle qu’elles avaient en sortant
de l’œuf. Sous l’état de larves, elles ont six
pates ; elles se changent en nymphes lors-
qu’elles sont encore jeunes et très petites ;
ce changement d’état n’en produit aucun
bien sensible dans leur figure; on aperçoit
seulement sur le dos de la nymphe quatre
| petits corps plats et oblongs, qui sont les
fourreaux des ailes que doit avoir l’insecte
parfait. La couleur de ces nymphes n’offi
rien de bien remarquable; elles sont Ordinai-
rement d’un vert brun, souvent couvertes de
boue ; leurs pates sont attachées au corselet ;
elles diffèrent peu de celles qu’elles auront
par la suite; leur abdomen est composé de
dix anneaux. Ces nymphes vivent , nagent
ctrespirent dans l’eau à la manière des'pois-
sons. Celles qui composent la première fa-
mille peuvent aisément être observées dans
des momens où elles aspirent et respirent ;
c'est au bout postérieur de ces larves qu’est
l'ouverture qui donne entrée à l’eau et par
laquelle elle est ensuite chassée. Cette ou-
VI, 3
stèle ANT) dl à jé Éd dé dé Se des
26 HISTOIRE NATURELLE
verture est entourée par cinq petits corps ,
dont quatre sont de forme triangulaire, et
trois seulement bien sensibles dans les larves
de la première famille. De ces trois pièces
triangulaires, l’une est au-dessus dans la
ligne du dos et les deux autres sur les côtés;
dans l'intervalle qui se trouve entre ces
pièces, on en aperçoit une beaucoup plus
petite de même figure, et lorsque la larve
ferme son derrière , ces cinq pièces lui for-
mentuneespèce de queue pyramidale. Toutes
les fois qu'elle a des excrémens à rendre ,
ou qu’elle veut aspirer l’eau, elle ouvre cette
pyramide , écarte les pointes qui étaient réu-
nies À son sommet ?, et pendant que les
pièces sont écartées on voit une ouverture
ronde, au moins d’une demi-ligne de dia-
mètre, dans les larves de grandeur mé-
* Ces pointes triangulaires sont des armes offen-
sives et défensives dont Réaumur a va plusieurs
nymphes du second genre faire usage pendant qu'il
les tenait : elles recourbent lenr corps pour tâcher
de saisir les doigts entre leurs pointes, qu’elles tien-
ment écartées; quand elles y parviennent, elles
serrent avec assez de force pour faire une impression
douloureuse.
de. lentes bé db TEE Se à
DES LIBELLULES, 27
diocre ; des jets d’eau en sortent par inter
valle; ils sont quelquefois assez gros pour
la remplir entièrement, et poussés avec as-
sez de force pour être portés à plus de
deux ou trois pouces de l’insecte. Si on tient
une larve hors de l’eau, et qu’on la remette
ensuite dans un vase où il n’y en ait qu’une
quantité suffisante pour la recouvrir, elle
fait alors des inspirations et des aspirations
fréquentes, et les jets d’eau qu’elle lance
sont plus considérables; dans d’autres temps
on n’aperçoit qu’une lente circulation au-
tour de son derrière, mais chaque fois qu on
la met hors de l'eau on ne manque guère
de voir partir un jet.
Pendant qu'on la tient entre ses doigts
on peut apercevoir le jeu des principales
parties , au moyen desquelles elles respirent
l’eau ; le trou qui est au bout du dernier
anneau est le plus souvent bouché par des
chairs verdâtres, mais dans plusieurs mo-
mens il se fait une ouverture au milieu de
ces chairs, qui permet de voir dans la ca-
pacité du corps, On voit trois pièces plates ,
qui étaient dans un même plan, s'élever s
.— ssttht dédtiinet “halls ut sh. jé dé D à
28 HISTOIRE NATURELLE Ê
ellessont à peu près d’égale grandeur, faites
en demi-cercle, et un peu concaves vers
l'intérieur; une de ces pièces est attachée à
la circonférence de la partie supérieure de
l'anneau, et chacune des deux autres l’est
à la circonférence d’un des côtés ; elles lais-
sent en tout temps un vide triangulaire, mais
peu sensible, parce qu'il est bouché par
des parties qui sont dans l'intérieur : lors-
que ces trois pièces, en se relevant et se
portant vers le derrière, s’écartent les unes
des autres, les parties qui étaient au-dessous
s'en éloïignent , et s'approchent du corselet :
on voit alors par le trou qu'elles ont laissé
ouvert, l'intérieur de la capacité du corps,
qui paraît un tuyau vide et qui l’est en
grande partie, dans l'étendue qui répond
aux cinq derniers anneaux : la capacité qui
est vide alors, ou qui s’est seulement rem-
plie d'air, se serait remplie d’eau s’il s’en fût
trouvé à portée du derrière,
Pour voir distinctement ce quise passe pen-
dant que la larve fait entrer de l’eau dans son
corps , et pendant qu'elle l'en fait sortir, pen-
dant qu'elle l'inspire ot la respire , on peut
DES LINELLULKS. 29
en faire tomber quelques gouttes sur la tête
de celle qu’on tient entre ses doigts, la tête
en‘bas, dans un moment où les cinq pièces
écailleuses qui lui forment une espèce de
queue, se sont écartées les unes des au-
tres ; à peine les gouttes seront-elles tom-
bées, que les trois pièces en coquilles se
releveront , pour laisser une ouverture qui
permette à l’eau d'aller plus loin. Si on jette
un coup d’œil sur l'extérieur du corps, on
jugera que dans le même instant sa capas
cité intérieure s'est agrandie; on verra le
ventre, qui était plat, devenir convexe, et
les deux côtés s'éloigner Pun de l’autre :
alors le corps a un certain degré de trans-
parence , si on le regarde vis-à-vis le grand
jour, dans l'instant où l’eau va être poussée
dans son intérieur ; on remarque une espèce
de gros tampon qui s'éloigne du derrière
pour aller vers le corselet, et la capacité
formée par les cinq amneaux postérieurs
paraîtra devenir vide, On imagine aisément
la causo qui fait entrer l'eau dans uné ca-
pacité agrandie par le jeu d’une espèce de
piston, Dans le moment suivant, on verra
st 1408, va tn ÈS db. Dé jé nd = É: <
—
30 HISTOIRE NATURELLE
ce piston ou tampon retourner vers le der
rière, les parois du corps se rapprocher ,
et un jet d’eau sortira; on ne sera pas plus
embarrassé sur la cause qui aura fait sortir
cette eau, que sur celle qui l’aura faitentrer.
Réaumur, qui a voulu s'assurer que le
jeu de cette espèce de tampon était réel , a
coupé le corps d’une libellule vers le cin-
quième anneau, dans le moment où le tam-
pon paraissait étre autant éloigné du der-
rière qu’il lui était possible; la partie pos-
térieure qui fut détachée du reste, se trouva
alors presque vide de parties solides ; mais
un coup de ciseau semblable, donné à une
autre nymphe dans un instant où le tam-
pon n’avait pu s’être autant rapproché que
dans le cas précédent, détacha la partie
postérieure , remplie d’un grand nombre de
parties solides.
Dans, cette dernière circonstance, selon
Réaumur , ou lorsqu'on ouvre le corps d’une
larve dans toute sa longueur, cette masse, à
laquelle il a donné le nom de tampon, et
qui ne parait être rien de plus, vue au tra-
vers de parois peu transparentes, offre da
LE Re dd Dee Se à D "à
DES LIBELLULES. 3x
quoi fixer des yeux qui sont sensibles aux
merveilles qui se trouvent dans l’organisa-
tion des animaux : ils remarquent avec ad- -
miration que cette espèce de tampon est un
lacis de vaisseaux qui servent aux insectes
pour respirer l'air ; ce sont des branches de
trachées sans nombre, entrelacées les unes
dans les autres; quatre troncs presque aussi
* longs que le corps , dont il y en a deux de
chaque côté, l’un au-dessus de l’autre, jet-
tent des branches vers le milieu de leur lon-
gueur, et de là, jusqu’à leur extrémité, en
jettent de plus en plus. A leur bout, ils sont
si proches les uns des autres, qu’il semble
se fendre pour en fournir : c’est du côté in-
térieur de chaque tronc qu'il en part le
plus, et ce sont celles qui vont se lacer
avec les branches des autres troncs. Il fau-
drait, ajoute Réaumur, avoir donné plus de
temps à l'examen de ces vaisseaux pour
découvrir ce que leur position a de régu-
lier, et comment ils se terminent, mais ce
sont de vraies trachées ; elles en ont non
seulement la blancheur et le luisant satiné ,
mais toute la structure qui est propre aux
à alien cd 4 D. à né DR dd 5 éèd mit fit CO" her
-
32 HISTOIRE NATURELLE
trachées des insectes. Chacune est formée
par une infinité de tours d’un fil cartilagi-
neux, tourné en spirale, dont notre auteur
a dévidé une longueur de plus de trois
pouces, en prenant le bout qui se présentait
dans l'endroit où une grosse trachée avait
été cassée en deux; cest même sur ces
trachées qu’il est le plus facile de voir que
celles des insectes ne sont qu’une suite d’un
prodigieux nombre de tours d’un fil extré-
mement délié, appliqués les uns contre les
autres. Une de ces trachées, observée au
microscope, paraîtra cannelée transversale-
ment ; la masse de ce fil fait l'office d’un pis-
ton, qui sert à faire entrer l'eau dans le
corps de l’insecte et à l’en chasser, lorsque
Vair qu’elle contenait a été absorbé par l’ex-
trémité des trachées qui s’y ramifient. Il
paraît d’ailleurs que cette larve, passant
à l’état de nymphe, ou de chrysalide, a
également besoin de respirer l'air; on en
a la preuve, dit Réaumur, en examinant
son corselet, sur lequel on voit quatre stig-
mates , dont deux placés en dessus , près de
sa jonction avec le corps ; ils sont remar-
PES SE St ST
TNT
L]
DES LIBELLULES, 33
quables par leur grandeur; chacun des
deux autres est placé au-dessus de l'origine
des deux premières paires de pates, assez
près de la jonction du corselet avec le cou.
La nymphe a d’autres stigmates plus dif-
ficiles à voir ; ils sont beaucoup plus petits
que les précédens et plus cachés ; chaque
anneau , excepté peut-être le dernier, en a
deux , un de chaque côté.
On peut huiler les stigmates de ces nym-
phes sans les faire périr, soit que l’huile
ne s’y attache pas, à cause de l'eau qui les
mouille, ou qu'ils soient si prompts à se
fermer, que l'huile n’ait pas le temps d’y pé-
nétrer; mais il nous paraît plus probable
que ces stigmates ne sont d'aucun usage à
la nymphe, ce sont plutôt les moules ou les
empreintes de ceux que doit avoir l'insecte
parfait.
Le canal des alimens va en ligne droite,
depuis la bouche jusqu’à l'anus; mais il a
trois renflemens qu’on peut regarder comme
trois estomacs, analogues peut-être aux
différens estomacs des ruminans.
L’extérieur de ces nymphes fournit des
dr. d'OS. à LS d'RÉ ds à. ie ft ns dr |
Ld
34 HISTOIRE NATURELLE
particularités dignes d’être étudiées, et ai-
sées à voir. Chaque nymphe porte une es-
pèce de masque; ceux des nymphes des
trois différens genres de Réaumur ont des
formes différentes. Celles du premier genre
ont sur le front un masque convexe, ar-
rondi, que cet auteur nomme casque. Celui
des nymphes du second genre est aplati ; il
l'appelle masque plat, et il donne le nom
de masque plat et effilé à celui des nymphes
du troisième genre.
Ces nymphes ont quatre dents solides,
larges et longues, qui se rencontrent au-de-
vant et sur le milieu de la bouche, qui est
grande. Cette bouche et ces dents ne sont
visibles que quand on fait violence à une
nymphe pour les mettre À découvert; elles
sont cachées par le masque qui couvre le
devant et le dessus de la tête, au-dessus de
laquelle les yeux sont placés ; ce masque se
termine par une espèce de menton; il est
solide et d’une matière cartilagineuse. On
y distingue une espèce de suture qui le di-
vise en deux parties, dont l’intérieure, plus
courte que l’autre, est nommée par Réau-
nm du dates 1. ni fée tt
DES LIBELLULES. 35
mur /e Jront du masque, Vautre la menton-
nière. Ce masque n’est qu’appliqué contre
la tête, il ne lui est nullement adhérent ;
on peut aisément l'en éloigner au moyen
d’une pointe fine, alors on voit distincte-
ment la bouche et les dents.
Quand on éloigne le masque de la tété,
on le fait tourner comme sur un pivot. Le
menton est articulé avec une pièce qui est,
en quelque sorte, le pied ou le support
du masque, et son origine est auprès du
cou : la face extérieure de cette pièce,
comme la face extérieure du masque, est
cartilagineuse ; mais les faces intérieures de
lun et de l'autre sont recouvertes de chair,
et c’est là où sont placés les muscles qui
assujettissent le masque contre la tête,
Le seul usage du masque n’est pas de cou- -
vrir la bouche, il doit encore la fournir
d’aliment. Outre la suture transversale dont
nous avons parlé, il y en a une autre lon-
gitudinale sur le front, qui le divise en deux
païties égales jusqu’à la suture transversale : -
au moyen de ces différentes sutures, la nym-
phe ouvre, comme il lui plaît, l’une ou
36 HISTOIRE NATURELLE
l'autre de ces deux partiès à la fois. Ces
nymphes, qui sont carnassières, et qui sont
continuellement à l'affût des insectes aqua—
tiques dont elles se nourrissent, se servent
de ces pièces, que Réaumur nomme des
volets, pourattraper leur proie. Les bords
de ces pièces ont des dentelures qui les tien-
nent assemblées lorsque le masque est fermé;
ce sont des vraies dents très fines, mais
fortes, propres à retenir l’insecte qui a été
saisi. Chaque volet a encore une longue
pointe qui part de son angle intérieur.
Le masque plat des nymphes du secoud
genre est, pour l'essentiel, construit comme
le précédent ; le front, au lieu d'être fait
de deux volets, l'est de deux espèces de
serres, dont chacune est terminée par une
longue et forte pointe écailleuse, Une nym-
phe qu'on tient dans la main , fait souvent
sentir que ces pointes sont capables de per-
cer des insectes ; elle perce avec ses dents
lés chairs de la main qui lui fait violence ;
"mais leurs piqüres ne sont ni dangereuses ni
bien douloureuses. L'insecte tient ordinaire-
ment ces pinces couchées l’une sur Pautre ,
DES LIBELLULES, 37
de manière qu’on ne les distingue que quand
on cherche à les voir. :
Les masques plats et effilés des libellules
du troisième genre ont vis-à-vis de la bou-
che une ouverture en forme de losange ;
elle n’est visible que lorsqu'on éloigne le
masque de la tête : dans la position ordi-
naire, elle est bouchée par un bouton
charnu qui est comme la langue de la nym-
phe; il est placé auprès de la dernière paire
des dents. Les serres de ces masques se tien-
nent par quatre pointes longues , écailleuses,
courbes, qui semblent étre des doigts déliés,
dont lun; plus court que les autres, est
analogue au pouce. Chacune de ces serres
est articulée à un des bords du masque ;
“quand elles sont écartées l’une de l’autre,
On voit deux pièces qui s’accrochent en-
semble; chacune de ces pièces sert d’ap-
pui à une des serres quand celles-ci sont
posées sur le masque.
Ces dernières nymphes ont à l'extrémité
de leur corps, qui est plus long et plus
effilé que celui des autres, trois espèces de
nageoires plates, cartilagineuses, de figure
VII. 4
38 HISTOIRE NATUREULE
ovale, plus étroites à leur origine qu'à leur
extrémité ; chacune a une grosse côte qui la
partage en deux parties égales; de cette
côte partent des filets dirigés comme le sont
les barbes des plumes. D’autres espèces de
ce même genre ont trois pièces cartilagi-
néuses analogues aux piquans des nymphes
du premier et du second genre , en ce qu’elles
peuvent se réunir pour former à l’insecteune
queue pointue , et qui semble d’une seule
pièce. Ces dernières nageoires sont beau-
coup plus longues que les piquans. auxquels
nous les comparons; celle du milieu, atta-
chée au-dessus du comps, est plus courte
que les deux autres : toutes les trois vont en
diminuant depuis leur origine jusqu’à l’ex-
trémité, qui se termine en pointe, et elles
sont pliées en gouttière.
La plupart des larves, et peut-être toutes,
vivent dix à onze mois sous l’eau avant
d'être en état de se transformer en insecte
parfait. Pendant cet intervalle, «elles chan-
gent plusieurs fois de peau : c’est depuis le
milieu du printemps jusqu'au commence-
ment de l'automne que leur métamorphose
—
a
de ddl. sis on - de cal at Scie
DES LIBEILLULES:. 39
a lieu. On connaît que ce temps approche,
non seulement par la grandeur des nym-
phes, mais par la figure que prennent les
fourreaux des ailes ; les deux d’un même
côté deviennent plus détachés l’un de l’au-
tre; dans plusieurs espèces ils changent de
position ; au lieu d’être appliqués à plat sur
le corps, ils se sont redressés,
C’est hors de l’eau que doit s’accomplir
la grande opération qui fait passer l’insecte
de l’état de larve à celui d’habitant de l'air.
Cependant toutes les nymphes que l’on voit
sur le bord d’un bassin ou d’un ruisseau,
ne sont pourtant pas prêtes à devenir ailées ;
ce sont celles que l’on trouve sur des tiges
ou des branches de plantes qui se prépa-
rent à quitter leur dépouille. ‘
Les unes se métamorphosent une heure on
deux après être sorties de l’eau, d’autres sont
un jour entier avant de changer de forme.
La nymphe, en sortant de l’eau, reste à
Pair un certain temps pour se sécher ; en-
suite elle se met en marche, et cherche un
endroit où elle puisse être commodément.
C’est ordinairement sur une tige, où sur
a nié dt 1 br dE Été 8. à he che +. dif its ét Éd
40 HISTOIRE NATURELLE
une branche, qu’elle cramponne ses pates,
et s’y place toujours la tête en haut.
La nymphe qui s’est fixée, et dont les
yeux sont beaucoup plus transparens qu'ils
ne l’ont été jusqu’à ce moment, se tient
tranquille. Les mouvemens par lesquels la
transformation est préparée se passent inté-
rieurement ; le premier effet sensible qu’ils
produisent est de faire fendre le fourreau
sur le corselet, qui bientôt s'élève au-des-
sus des bords de la fente, se gonfle, et
l’oblige à devenir plus longue : parvenue à
la hauteur des yeux, il se fait une seconde
fente perpendiculaire à la première, qui
s'étend d’un œil à l’autre, et la libellule, qui
dans le moment a la faculté de gonfler sa
tête, la dégage insensiblement de son en-
veloppe ; ensuite elle fait sortir ses pates.
Pendant que ses pates se dégagent , on ob-
serve de chaque côté deux cordons blancs,
attachés chacun à la partie de la dépouille
qui couvrait le’ corselet : ce sont les quatre
gros troncs des trachées de la nymphe; en-
fin, pour achever de tirer ses pates de leurs
étuis, elle se renverse la tête en bas; elle
CET TS NT TT) OS TON OU ST SCT TS
Fr
DES LIBELLULES. 4x
n’est alors soutenue que par ses derniers
anneaux qui sont restés dans la dépouille;
ils forment une espèce de crochet qui l’em-
pêche de tomber. Après être restée un cer-
tain temps dans cette attitude, elle sevre-
tourne , saisit avec les crochets de ses pates
la partie antérieure de son fourreau, s’y
cramponne, et achève d’en tirer la partie
postérieure de son corps. Alors ses ailes
sont étroites, épaisses, posées les unes sur
les autres, plissées comme une feuille d’ar-
bre prête à se développer. Ce n’est qu'au
bout d’un quart d’heure qu’elles ont acquis
toutes les dimensions qu’elles doivent avoir;
mais elles sont environ deux heures à se
dessécher, et à acquérir assez de solidité
pour soutenir la libellule, qui pendant que
ses ailes sont dans cet état, reste dans
l’inaction. Ces insectes quittent non seule-
ment leur fourreau, mais encoreleur masque. +
Dès que leurs ailes sont affermies, elles
prennent l’essor comme les oiseaux de proie
et pour le même objet. Elles doivent passer
une partie de leur vie au milieu des airs;
elles y font cent tours et retours pour y dé-
..
Dé dns. à ss de = ot de — di à
42 HISTOIRE NATURELLE
couvrir d’autresinsectes ailés, auxquels elles
soient supérieures en force, et s’en emparer.
Les mâles ont bientôt un autre objet dans
leur vol, qu'ils dirigent successivement de
différens côtés, celui de trouver des femelles
auxquelles ils puissent s'unir. Leurs amours,
c'est-à-dire la manière dontse fait la jonction
dumäle avec la femelle, est ce que l’histoire
de ces insectes a de plus particulier à nous
apprendre. Depuis le printemps jusque vers
le milieu de l’automne, on trouve des libel-
lules de différentes grandeurs et de diffé-
rentes espèces ; le long des rivières et dans
les prairies. On les voit sur les plantes ou
en l'air, voler par paire : celle qui vole la
première a l'extrémité de son corps posée
sur le cou de celle qui suit toutes deux vo-
lent de concert, ayant le corps étendu en
ligne droite : le premier est le mäle, qui
avec des crochets tient sa femelle par le cou
et la conduit où il veut; ce qui ne paraît
pas déplaire à la femelle, puisqu'elle agite
ses ailes comme si elle était libre.
Eeuwenhoek a cru que les deux bibellules
ainsi jointes, le sont de manière à ce que
ET) NS CNRS SU TE PT TT
-
DES LIBELLULES, 43
le mâle féconde les œufs de la fémelle ; il a
cru que le mâle avait à son derrière la
partie qui sert à les vivier, et que l’ouver-
ture destinée à recevoir cette partie était
placée sur le corselet de la femelle; il a cru
y voir le trou par où les œufs doivent sortir.
Mais cette ouverture est placée dans les fe-
melles en dessous de leur corps, presque à
l'extrémité , et les parties du mâle en dessous
des premiers anneaux, près dela jonction de
l'abdomen avec le corselet : ce que Leuwen-
hoek avait pris pour l’accouplement, n’en
est que le prélude.
Une femelle qui vole, a bientôt un mäle
à sa suite, Si une autre femelle se pose sur
une plante, elle n’y reste pas long-temps
seule, quelque mâle ne tarde pas à venir
voler autour et au-dessus d'elle, car le mâle
tend toujours à prendre le dessus de la fe-
melle, soit qu’elle vole ou qu’elle soit en
repos. C’est au dessus desa tête qu’il en veut
d’abord ; il cherche à s’en approcher assez
près pour la saisir avec ses pates : dès qu'il
la tient, il contourne son corps pour en
amener le bout sur le cou dela femelle, et
*.
44 HISTOIRE NATURELLE
dans l’instant il ly cramponne de manière
qu’elle ne peut plus se séparer de lui : il se
sert de deux grands crochets, dont l’extré-
mité est mousse, avec lesquels il tient le cou
de la femelle comme avec une pince.
Si cette première jonction s’est faite en
Vair, ils ne tardent pas à venir se poser sur
une branche, le mâle toujours élevé au-des-
sus de la femelle.
Les préludes durent quelquefois une heure
et plus; souvent on en voit se séparer après
un temps aussi long, sans que le mâle ait
pu vaiucre l’obstination de la femelle.
Lorsqu'enfin la femelle se détermine à
une action pour laquelle elle a d’abord
montré de l'éloignement, elle contourne son
corps, le porte ensuite sous le ventre du
mâle, et à peine en a-t-elle approché, qu’elle
se retire en arrière et reprend sa première
attitude ; mais après avoir répété cette ma-
nœuvre deux ou trois fois, elle finit par l'y
fixer.
- Pendant l’accouplement, le mâle tient sa
femelle par le cou avec les deux crochets
qui sont à l’extrémité de son corps; la fe-
DES LIBELLULES. 45
melle cramponne ses pates sûr l’abdomen
du mäle, et dans cette position ils cher-
chent la solitude sur quelques branches , où
souvent ils sont troublés par un mâle ja-
loux qui voltige autour d’eux. Si ce mâle
arrive avant l’accouplement, il force quel-
quefois son rival à prendre la fuite; mais
celui-ci, en lui cédant la place, ne fuit point
sans emporter avec lui sa femelle. Si dans
ce moment l’accouplement est bien complet,
il ne se fait aucun changement dans l’atti-
tude de l’un et de l’autre, et le mâle est
chargé du poids de la femelle qu'il enlève;
mais s'ils sont forcés de s'éloigner peu de
temps après qu'a commencé l’accouplement,
la femelle dégage l'extrémité de son corps
qu'elle remet en ligne droite, et Fun et
l’autre volent ensemble, vont se poser sur
une autre branche, et la femelle se rejoint
au mâle plus facilement que la première fois.
La durée de l’accouplement, comme celle
de ses préludes, est plus ou moins longue,
selon qu'il fait plus ou moins chaud ; on voit
des libellules qui restent parfaitementjointes
pendant plus d’une demi-heure, et qui, lors-
46 HISTOIRE NATURELLE
qu’elles sont tr blées, se séparent et s’ac-
couplent de nouveau quelques minutes après.
Réaumur croit que c’est en l’air que se fait
la jonction parfaite de beaucoup d'espèces,
entr’autres de celles à tête ronde et à corps
long.
Les femelles ne gardent pas long-temps
leurs œufs après qu’ils ont été fécondés ; celles
de la première division commencent et finis-
sent leur ponte avant la fin du jour où elles
se sont accouplées. Ces femelles pondent
tous leurs œufs à la fois, ils sont réunis en
une grappe qu’elles laissent tomber dans
l’eau. Ces œufs sont blancs, moins oblongs
que des œufs ordinaires : l'ouverture par la-
quelle ils sortent de leur corps, est celle dans
laquellé s’est introduite la partie du mäle
qui les a fécondés ; elle est placée près de
Vanus. Les œufs des femelles de la seconde
division ne sont pas réümis en grappe comme»
ceux des espèces précédentes. Réaumur
croit qu’elles les pondent un un, et qu’elles
ne se contentent pas de les jeter dans l’eau,
mais qu’elles les confient à quelques plantes
après y avoir fait des entailles propres à les
DES LIBELLULES. 47
recevoir. Il a trouvé à l'extrémité du corps
de ces libellules deux plaques écailleuses ap-
pliquées l’une contre l’autre, dont le bord
extérieur est taillé en scie, et il croit ces
parties destinées à couper la plante qui doit
recevoir les œufs.
Les parties du mâle au moyen desquelles
il se joint à sa femelle, sont placées dans une
portion du dessous du premier anneau;
mais les plus essentielles et les plus remar-
quables se trouvent dans toute la longueur
du dessous du second. Celle qui caracté-
rise le mâle saille en dehors d’une coulisse
dans laquelle plusieurs pièces sont pla-
cées. Cette partie et quelques autres, ne
sont faites ni disposées précisément de la
même manière dans les mâles des deux fa-
milles. Réaumur va nous donner une idée
générale de ces parties et de leur arran-
gement.
Le petit corps qui est propre au mâle,
sort en tout temps un peu en dehors au-delà
de la coulisse : au moyen d’une légère pres-
sion , on lefait sortir davantage, et en même
temps un autre corps plus gros auquel il
tite CR. | nié nb dé den dd dd dé à
48 HISTOIRE NATURELLE
tient, Pour se faire une idée de l’un et de
l'autre, on peut, dit Réaumur, se repré-
senter un vase en forme de pot, qui aurait
une anse qui s’éleverait au-dessus de ses
bords, et dont le bout le plus élevé se ter-
minerait par un bouchon engagé dans l'ou-
verture du vase. Le petit corps qui saille
dans des temps ordinaires est l’anse, dont
un des bouts est engagé dans le vase même.
. Cette espèce d’anse est probablement des-
tinée à porter la fécondité dans les œufs de
la femelle, dans le corps de laquelle elle
s’introduit après s'être redressée. Ce bout
est charnu et fendu ; quand on le presse, on
peut remarquer qu'il s'ouvre, et la partie
que notre auteur appelle le vase, a son
autre extrémité en forme de queue qui de-
vient déliée de plus en plus : elle est logée
dans le troisième anneau. Réaumur décrit
encore plusieurs autres pièces qui se trou-
vent placées auprès des deux qu'il nous a
fait connaître; il les croit destinées seule-
ment à saisir les parties de la femelle qui
touchent celles du mâle pendant l’accou-
plement.
de Mb et ET, épnot: Éd.
DES LIBELLULES, 19
Les mâles des libellules de la grande es-
pèce ont quelques unes de ces parties assez
semblables à celles des mâles de la petite
espèce, mais quelques unes en diffèrent :
elles servent cependant toutes aux mêmes
usages.
Les libellules ont la tête assez grosse, hé-
misphérique, tronquée postérieurement ; le
front élevé et vésiculeux.
Les yeux très grands, taillés à facettes ;
dans quelques espèces ils sont réunis sur le
sommet de la tête, de chaque côté de laquelle
ils sont placés.
Leur corselet est court, comprimé,
L'abdomen est long, cylindrique, aplati
dans quelques espèces , sillonné en dessous,
terminé dans les mâles par deux crochets.
Les ailes sont longues, étroites, un peu
arrondies à l'extrémité; les supérieures et
les inférieures ont à peu près les mêmes pro-
portions; elles sont transparentes , réticu-
lées, attachées à la partie supérieure du
corselet : dans l’état de repos, les unes les
portent étendues horizontalement, les autres
élevées et parallèles à leur corps.
vIx. 5
5o HISTOIRE NATURELLE
Les pates sont courtes; les tarses filiformes,
composés de trois cn terminés par, deux
crochets.
Cegenre renferme un ni nombre d’es-
pèces; plusieurs habitent les environs de
Paris : nous décrirons quelques unes des plus
remarquables par leurs couleurs.
La Libellule aplatie, Libellula
depressa.
Cette espèce a près de trois pouces d’en-
vergure ; elle est d’un brun un peu jaunâtre;
le corselet a deux lignes jaunes; l'abdomen
est en forme de lame d'épée, tantôt brun,
tantôt couleur d’ardoïse , avec les côtés jau-
nâtres.
On trouve cette espèce aux environs de
Paris et dans toute la France : elle est très
commune.
La Libellule bronzée, Libellula œnea.
‘Cette espèce a plus de deux pouces et
demi d'envergure; elle est une des plus
grandes; sa tête, son corselet ete dessus de
Insectes. PL 39.
|
|
|
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Dareve del. Letelier Jeulp.
1. Lib. bronzee , 5.Lib, Vierpe.
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2.Li1b. grande $
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: DES LIBELLULES. 5x
Vabdomen sont d’un beau vert foncé très
brillant, doré; le corselet est couvert de
poils roux; les yeux sont d’un brun clair un
peu verdâtre; le derrière de la tête est noir ;
la lèvre inférieure jaune; le dessous du pre-
mier anneau a deux grandes taches j Jaunes;
le dessous des autres est noir, avec quelques
taches brunes et grises ; les ailes sont trans-
parentes, lavées d’une légère teinte jaune,
plus foncées à leur base; les nervures sont
noires ; elles ont À leur extrémité antérieure
un stigmate ou tache noire; les pates sont
noires.
On la trouve aux environs de Paris.
On peut voir dans les généralités de ce
genre la manière dont ces insectes s’accou-
plent et déposent leurs œufs.
La Libellule grande, ZLibellula ‘
grandis.
G. Æshnoe. Lame.
Cette espèce est la plus grande et la plus
commune; elle à près de quatre pouces
doit mi sa tête est jaune, ses yeux
sci Las aus su. 2 ne ie. vo. cat. sm 1 À LC'e sun ‘nn
52 HISTOIRE NATURELLE
bruns; son corselet est brun, avec six lignes
un peu obliques, vertes, dont deux à la
partie antérieure et deux de chaque côté
sous les ailes; l'abdomen est cylindrique ,
brun; les anneaux ont de chaque côté
des taches jaunes un peu verdâtres, et.en
dessus, à leur extrémité, deux taches
triangulaires bleues; les crochets qui termi-
nent l'abdomen du mâle sont très longs;
les ailes sont transparentes, avec deux pe-
tites taches brunes près de l'extrémité , le
long du bord extérieur ; les pates sont
noires.
On la trouve en été et en automne aux
environs.de Paris , auprès des ruisseaux et
des prairies.
La Libellule vierge, Libellula virgo.
G. Agrion. Larr.
Cette espèce a près de deux pouces et
demi d'envergure; le mäle diffère de la fe-
melle par les couleurs ; la tête, le corselet
et l'abdomen sont d’une belle couleur dorée,
bleue dans les mâles, verte dans les femelles;
mali Soit chu 2 AL dd, hé. RL) DS ASS
DES LIBELLULES. 53
les ailes des mâles sont d’un brun jaunûtre,
avec une grande tache opaque d’un brun
foncé qui en couvre une partie. Celles des
femelles sont jaunâtres; elles ont près de
l'extrémité, le long du bord inférieur, une
petite tache blanche : dans les deux sexes
les pates sont noires.
Cette espèce: varie beaucoup.
Elle est très commune aux environs de
Paris.
La Libellule à tenailles, Zibellula
Jorcipata.
G. Æshne. Larr.
Elle a de vingt-huit à trente lignes d’en-
vergure; sa tête est jaune; ses yeux sont
bruns; son corselet est d’un vert jaunâtre ,
avec deux lignes noires, obliques, de chaque
côté ; l'abdomen est brun et très allongé; il
a au-dessus une bande longitudinale jaune,
qui se prolonge jusqu’au sixième anneau ;
les anneaux ont de chaque côté deux taches
jaunes, une à la partie supérieure, petite
et transversale, l’autre longitudinale, et
de
tt ASE dci 20 De DR ni. . on den … cons d'ail La ns bis :
54 HISTOIRE NATURELLE
placée à la partie inférieure; les ailes sont
diaphanes, et ont un stigmate oblong et
noir à leur extrémité antérieure.
Cette espèce est commune aux environs
de Paris.
La Libellule Amélie, Zibellula puella.
G. Agrion. Late.
Cette espèce a vingt à vingt-deux lignes
d'envergure; elle varie beaucoup pour la
couleur. Son caractère général est d’avoir
la tête extrêmement large, le corps cylin-
drique et gréle, les ailes antérieures entiè-
rement diaphanes , avec un stigmate à leur
extrémité.
La variété À à la tête, le corselet et
l'abdomen d’an beau vert doré; la partie
inférieure de la tête et dn corselet est d’un
jaune pâle; les yeux sont d’un brun clair
én dessous, et plus bruns en dessus ; il y a
sur le corselet deux lignes longitudinales
jaunes et écartées; les pates sont vertes et
dorées en devant, et jaunes postérieure-
ment; les tarses sont noirs.
EP PP TO UT TES ET
DES LIBELLULES, 55
La variété B a la tête et le corselet d’un
bleu doré; le dessous est jaune ; le corselet
a deux lignes longitudinales rouges; l’ab-
domen est rouge jusqu'aux trois derniers
anneaux, qui sont noirs, avec leur bord
inférieur rouge ; les pates sont noires.
La variété C a tout le corps, en dessus ,
d'un vert bleuñtre et doré, sans aucun
mélange d’autres couleurs.
La variété D a le corselet, en dessus , d’un
gris un peu soyeux ; chaque anneau de l’ab-
domen est terminé par un bord noir.
La variété E diffère de la précédente par
une ligne brune, longitudinale ;, qui règne
sur la partie supérieure des anneaux.
La variété F a le corps d’un vert un peu
rougetre ; elle a sur le corselet trois bandes
noires longitudinales ; l'abdomen est brun en
dessous, et il a quelquefois en dessus une
raie brune, longitudinale.
Cette espèce et ses variétés se trouvent
communément aux environs de Paris.
NT
daté : ren. à é
SénC db he Lt, à se dé. 0 dass,
56 HISTOIRE NATURELLE
| XV° GENRE.
PERLE.
Caractères génériques. Antennes longues, sétacées;
articles nombreux, très courts, le premier un peu
plus gros. — Quatre antennules filiformes, assez
longues, les antérieures composées de quatre ar-
ticles, les postérieures de trois. — Abdomen ter-
miné, dans la plupart des espèces, par deux soies
distantes et sétacées. — Trois petits yeux lisses.
;
d
|
|
| Les perles, que plusieurs naturalistes ont
confondues avec les friganes, parce qu’elles
ont, comme elles, les antennes filiformes,
que leurs larves sont aquatiques et confor-
mées de même, en diffèrent par des carac-
| tères très sensibles.
Un de ces caractères sont deux filets que
la perle a à l'extrémité de l'abdomen : ces
filets sont composés de plusieurs articles
distincts ; ils sont placés de chaque côté du
_ dernier anneau.
La perle a les ailes transparentes, elle
… es porte croisées et couchées à plat sur son
corps : la frigane, au contraire, les porte
£
!
x
:
2.
es hé Le. - d'édéa it Mhds , Le—.. — :
DES PERLES. 57
en toit élevé, et le bord extérieur penché,
de même que plusieurs teignes et noc-
tuelles. °
Ces insectes diffèrent encore des friganes
par la forme de leur tête et de leur corse-
let : la perle a ces deux parties beaucoup
plus larges que la frigane,
Les tarses de la perle n'ont que trois ar-
ticles ; ceux de la frigane en ont cinq.
Ce qui rapproche les insectes de ces deux
genres , c’est la manière de vivre de leurs
larves : les unes et les autres sont aquati-
ques. Celles des perles ont le corps allongé,
composé de plusieurs anneaux ; elles ont six
pates et une tête écailleuse.
Ces larves filent un fourreau de soie
qu’elles recouvrent de différens matériaux ;
il sert à les loger et à les vêtir, elles le trans-
portent partout avec elles. C’est dans ce
fourreau qu’elles subissent leur métamor-
phose ; mais avant la transformation, elles
en bouchent l’ouverture avec plusieurs brins
de soie dont elles font un tissu peu serré, que
Réaumur à nommé grille. Cette grille laisse
un libre passage à l’eau dont la larve a be-
D Tu nd à
58 HISTOIRE NATURELLE
soin, ét la met en même temps à l'abri
d’ennemis voraces. Cette opération finie,
la larve se change en nymphe, sur la-
quelle on distingue toutes les parties que
doit avoir l’insecte parfait; la perle tarde
peu à paraître après sa métamonphose. Dès
qu’elle a quitté son fourreau, que la larve
a placé près de la surface de l’eau, elle
prend lessor et va chercher un individu de
son espèce pour s’accoupler. Après Paccou-
plement, la femelle dépose ses œufs dans
l'eau, où les larves qui en doivent sortir
trouveront leur nourriture. C’est auprès des
étangs, des ruisseaux et des mares qu'on
voit voler les perles.
Ce genre renférme peu d’espèces, qui
presquetoutes habitentles environsde Paris
Nous en décrirons quelques unes.
;
La Perle jaune, Perla lutea.
Cette espèce est une des plus petites de
ce genre; elle n’a que deux ou trois lignes
de longneur ; sa tête etson corps sont jaunes;
ses yeux noirs; ses antennes sont jaunes
3. Per brune.
M.
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1, L1b. Amel
14
1e
2.Amel
LE
Fr DES PERLES. bg
jusque près de Vextrémité, qui est noire; se5
ailes sont pâles, une fois plus longues que
son corps. “
Elle habite les environside Paris. Souvent
en été on la voit voler le soir dans les mai-
sons.
Sa larve vit dans l’eau; elle se fait un.
très joli habit avec les feuilles de la lentille #
d’eau qui se trouve à la surface des eaux
dormantes ; elle coupe les feuilles en petits
carrés , en recouvre son fourreau de ma-
nière qu'on ne le prendrait point pour la
demeure d’un insecte : il ressemble à un
cylindre sur lequel serait roulé un petit
ruban vert.
La Perle brune, Perla bicaudata.
Cette espèce est beaucoup plus grande que
la précédente ; elle a sépt à huit lignes de
longueur; sa couleur est brune ; élle a sur
le milieu de la tête et dh corselet une ligne
longitudinale jaune ; à lfextrémité de l’abdo-
men, deux.filets à peu.près de la longueurdes
antennes; ses ailes sont d’un tiers plus lon-
nn
ù cts où rs titan th de à ie 0 sé nl - < ji
60 HISTOIRE NATURELLE
gues que son corps, sur lequel elle les porte
croisées.
Elle habite l’Europe : on la trouve au
printemps au bord des eaux, dans les en-
virons de Paris.
Sa larve vit dans l’eau : elle se fait un
fourreau comme celui de la précédente.
La Perle nébuleuse, Perla nebulosa.
Cette espèce est moins grande que la pré-
cédente ; sa tête et son corps sont d’un brun
presque noir ; es ailes sont d’un tiers plus
longues que son corps; elles sont transpa-
rentes; les nervures sont brunes et très sail-
lantes. Vue à-la loupe, on aperçoit sur la
tête, le dessous du corps, et le long du
bord extérieur des ailes supérieures , des
poils courts,
Elle habite l’Europe : on la trouve au
printemps aux environs de Paris’, dans les
mêmes endroits que la précédente.
DES RAPHIDIES. LOT:
DEUXIÈME SECTION.
Quatre articles aux tarses.
XVI GENRE.
RAPHIDIE.
Caractères génériques. Antennes filiformes, de lon-
gueur moyenne; articles égaux, peu distincts, le
premier un peu plus gros que les autres. — Quatre
antennules courtes, presque égales, filiformes;
les antérieures composées de quatre articles, les
postérieures de trois, — Abdomen terminé dans
la femelle par un appendice sétacé, assez long. —
Trois petits yeux lisses.
Ce genre est composé de cinq à six es-
pèces; deux habitent l'Europe, et se trou-
vent aux environs de Paris. Les larves de
ces insectes ne sont connues que depuis peu
de temps. Linné est le seul naturaliste qui:
ait dit, dans sa Fauna Suecica , que sa
nymphe est de celles qui sont ambulantes ,
où qui marchent et agissent jusqu'au mo-
ment de leur dernière transformation , et qui
portent les ailes que doit avoir l’insecte par-
VIT, 6
DO PER OT ha
CCR dd és ne CS 4
62 HISTOIRE NATURELLE
fait dans une enveloppe placée de chaque
côté de leur corps.
C'est ordinairement dans des endroits
aquatiques ou au bord des eaux qu'on trouve
cet insecte, dont nous nous bornerons à
faire la description.
La Raphidie ophiopse, Rapihdia
ophiopsis.
Cet insecte a six lignes de longueur; sa
tête «et son corps sont d’un noir un peu
brillant , ses ailes transparentes ; elles ont
les nervures noires, et près de l’extrémité
une petite tache brune , comme en ont celles
des libellules; ces ailes sont appliquées le
long du corps, au-dessus duquel les deux
bords intérieurs sont élevés en toit aigu; sa
tête est large antérieurement, étroite posté-
rieurement,un peu aplatie dans toute sa lon-
gueur ; son corselet est long, cylindrique ;
l'abdomen des femelles est terminé par un
appendice sétacé de la longueur des an-
‘ M. Latreille a trouvé cette larve sous les écorces
des arbres : elle diffère peu de l’insecte parfait.
PT PLUS UT ST CON UU O OOONNPTS UNSS D TE
DES RAPHIDIES. 63
tennes : il est vraisemblable que la femelle
s’en sert pour percer la substance sur la-
quelle elle dépose ses œufs.
Elle habite l’Europe : on la trouve en
été aux environs de Paris, auprès des mares
et des rivières, dans les prairies ou dans
les bois. Dans de certaines années, elle est
très commune,
La Raphidie notée, Raphidia notata.
Cette espèce est longue de neuf lignes ;
elle ressemble beaucoup à la précédente ;
mais elle en diffère, outre sa taille , par les
antennes noires, dont quelques articles de
la base seulement sont testacés; par une
ligne dorsale et longitudinale jaunâtre, qui
s’avance de la base jusqu'au milieu de la
tête, celle-ci ayant sa partie antérieure pres-
que carrée, et ne commençant à se rétrécir
que loin des yeux ; par ses cuisses posté-
rieures d’un brun roussâtre, et par le point
marginal des quatre ailes, d’un brun noi-
râtre.
Elle se trouve aux environs de Paris.
64 HISTOIRE NAXURELLE
TROISIÈME SECTION.
Cinq articles aux tarses.
XVII GENRE.
HÉMÉROBE.
Caractères génériques. Antennes sétacées, assez
longues; articles très nombreux et peu distincts.
— Quatre antennules inégales, filiformes; les
antérieures composées de quatre articles, les pos-
térieures de trois. — Abdomen simple. — Point
de petits yeux lisses.
Lxs hémérobes ont quelque rapport avec
les myrméléons et les friganes ; ils diffèrent
des premiers par la longueur de leurs an-
tennes; des seconds, par les ailes.
Les hémérobes ont la tête large, les yeux
saillans.
Les ailes longues, réticulées.
Les pates de moyenne longueur.
Le nom d’hémérobe à été donné à ces
insectes, parce qu'ils vivent au plus deux ou
trois jours sous la forme d’insecte parfait.
Ce sont de fort jolis insectes dont les ailes
DES HÉMÉROBES. | 65
sont très grandes par rapport à la longueur
de leur abdomen : dans l’état de repos, ils,
les portent en toit élevé au-dessus de leur.
Corps ; ces ailes sont délicates et minces :
il n’est point de gaze qui ait une transpa-
rence pareille à la leur; on aperçoit au tra-
vers le corps de l’insecte au-dessus duquel
elles sont élevées. Leur corps est d’un vert
tendre éclatant; quelquefois il paraît avoir
une teinte d’or. Leur corselet est de même
couleur; mais ce que ces insectes ont de
plus brillant, ce sont les yeux; ils sont gros,
saillans, couleur de bronze rouge ; le métal
le plus poli n’approche pas de leur éclat.
On trouve très fréquemment ces insectes.
dans les jardins, où leurs femelles cherchent
à déposer leurs œufs, qui sont fortsinguliers.
On voit souvent sur les feuilles de différens
arbrisseaux de petites tiges de la grosseur
d’un cheveu, longues d'environ un pouce ,
de couleur blanche, au nombre de dix ou
douze, posées les unes à côté des autres ,
quelquefois attachées au - dessous de Ja
feuille, quelquefois en dessus, Ces petites
tiges sont rarement droites, elles ont un
Les 4,
66 HISTOIRE NATURELLE
peu de courbure, l'extrémité de chacune
est terminée par une espèce de petite boule
allongée , qui est l'œuf de l’hémérobe.
Quelques naturalistes ont pris ces œufs
pour des plantes parasites, ou pour des
fleurs, avant que le célèbre Réaumur les
eût reconnus pour ce qu'ils sont. Les larves
en sortent en perçant la coque, et descen-
dent sur les feuilles peuplées de pucerons.
Dès que Réaumur se fut convaincu que ces
prétendues plantes étaient des œufs, il lui
restait à savoir comment la femelle s’y prend
pour les attacher. N'ayant pu la prendre
sur le fait , il a imaginé un mécanisme assez
simple, au moyen duquel il l'explique. Il
suppose que l'œuf est enveloppé par un de
ses bouts d’une matière visqueuse propre à
être filée, et que c’est ce bout qui sort le
premier; que la femelle applique sur la
feuille, où une portion de cette matière s’at-
tache ; qu’elle éloigne ensuite son derrière
de l'endroit contre lequel elle Pavait appli-
qué, et qu’alors la petite goutte de matière
attachée par un bout à la feuille, et par
l’autre à l’œuf, que la femelle retient à son
DES HÉMÉROBES. 67
derrière, se tire en un filet qui bientôt
se sèche et prend la consistance d’un gros
brin de soie. Lorsque la femelle éloigne
encore son derrière , et qu’elle cesse de com-
primer son anus, le fil lui-même, qui a pris
de la consistance, retire du derrière de l'hé-
mérobe l’œuf auquel il est collé; il le porte
et le soutient.
Réaumur a donné aux larves d’hémérobe
le nom de lion des pucerons, parce qu’elles
se nourrissent de ces insectes. Ces larves
ont à la partie antérieure de la tête deux
espèces de cornes, au moyen desquelles
elles saisissent leur proie et la sucent. Placée
sur ne feuille qui est couverte de puce-
rons , la larve n’a pas de grands mouve-
mens à faire pour se procurer sa nourri-
riture; aussi détruit-elle en peu de temps
une grande quantité de ces petits êtres fai-
bles ; qui ne connaissent pas le danger qu'ils
courent en restant auprès d’un ennemi aussi
redoutable pour eux, et auquel ils sem-
blent venir s'offrir comme des victimes.
Beaucoup plus agile qu'eux, elle s'empare
à son gré de celui qui lui convient, Saisir
bi. 12h 44
68 HISTOIRE NATURELLE
le plus gros et le sucer, est pour elle l’af-
faire d’une demi-minute, Ces larves si
cruelles pour cette espèce , ne le sont pas
moins pour la leur : quand le hasard fait
qu’elles se rencontrent, il arrive souvent
que la plus forte s'empare de la plus faible ,
et la traite comme un malheureux puceron.
Parmi les-larves des hémérobes, il y en
a qui ont le corps moins aplati que les
autres. Comme les teignes, elles aiment à
être vêtues : leur habillement, loin de les
parer, les défigure; c’est une couverture
très informe qui les couvre depuis le col
Jusqu'à l'extrémité; elle est d’une épais-
seur considérable par rapport à l’insecte,
qui semble chargé d’une petite montagne ;
elle est faite d’une {infinité de petits corps
blancs, bruns ou noirâtres, amoncelés les
uns sur les autres. Ces petits corps sont
légers ; ce sont les peaux, le duvet et les
parties sèches des pucerons dont la larve
s’est nourrie. Pour voir si elles ne feraient
pas usage de différentes autres matières lé-
gères, et si elles employaient quelque art
pour les faire tenir sur leur corps, Réau-
DES HÉMÉROBES. 69 :
mur enleva l’habit à une de ces larves.
Après l’avoir mise à nu, il l’enferma dans
un poudrier où il y avait une petite coque
de soie blanche; une heure après, il la
trouva couverte en partie de la soie de cette
coque, qu’elle avait eu la peine de briser,
Il lui ôta sa nouvelle couverture, pour
l'obliger de s'en faire une autre sous ses
yeux. Pour lui rendre l'opération plus fa-
cile, il vatissa du papier, et mit dans le
poudrier la râpure. Jamais peut-être, dit
Réaumur, larve de cette espèce n'avait eu
une matière si commode, et n’en avait ja-
mais eu à la fois une si grande quantité à sa
disposition ; aussi se fit-elle la couverture la
plus complète, la plus épaisse, la plus éle-
vée qu’ait peut-être portée larve semblable.
Au reste , toutes les particules de duvet qui
composent l’habit de cet insecte , ne tien-
nent ensemble que par une espèce d’entre-
lacement grossier : ce vêtement n’est as-
sujetti sur son dos , que parce qu'il s’engrène
dans les sillons qui séparent les anneaux,
et dans les rugosités qui séparent les an-
neaux même. Sa construction demande ce-
POV PI ENT ON NN UNE CNP ST. OU TE Ve
70 HISTOIRE NATURELLE
pendant quelque adresse de la part de
linsecte, et surtout une grande souplesse
et une grande agilité dans sa tête, et
dans l’espèce de corselet auquel elle tient.
C'est avec ses deux cornes que l’insecte
prend chacune des petites masses de duvet
qu'il veut faire passer sur son dos : il a
l'adresse de les prendre et de les tenir avec
ses cornes, de manière qu’elles se trou-
vent appuyées sur sa tête ; élevant ensuite
sa tête brusquement comme pour donner
un coup , il fait sauter la petite masse co-
tonneuse sur son corps ; si elle n’a pas été
jetée où il la voulait, en relevant davantage
sa partie antérieure et donnant quelques con-
torsions à son corps, il la conduit plus loin:
mais la facilité qu’il a d'élever et de porter
sa tête sur son dos , de l’y renverser, aide
plus que tout le reste ; la tête se trouve en
état de presser les masses cotonneuses qui
sont sur les premiers anneaux. La partie À
laquelle tient la tête a une si grande flexi-
bilité, que quand on a posé cet insecte sur
le dos, il parvient vite à se remettre sur
ses jambes; pour cela, il retourne sa tête
Net. ds S Éd SA Se et a has dan — à
DES HÉMÉROBES. 7x
Jusqu'à ce qu’elle soit-entre le dos et le plan.
sur lequel le dos est posé. L'insecte est
ainsi en état de faire une culbute qui lé re-
met dans sa situation naturelle. Cette larve
se fait une coque sphérique semblable à celle
dont nous allons parler, et elle la file de la
même manière.
Comme ceslarves vivent dans une grande
abondance, elles parviennent promptement
au terme où elles doivent se métæmor-
phoser. C’est ordinairement quinze jours
après être sorties de l’œuf, qu’elles chan-
gent de forme; alors elles abandonnent la
feuille sur laquelle elles ont vécu, et cher-
chent un endroit commode. Assez commu-
nément, c’est dans les plis d’une feuille
desséchée que la larve se retire pour filer
une coque ronde comme une boule, d’une
soie très blanche , dans laquelle elle se ren-
ferme. Les tours du fil qui compose cette
coque sont très serrés les uns contre les au-
tres; ce fil étant très fort, le tissu de la
coque est très solide : les plus grandes co-
ques de ces insectes ont à peine la grosseur
d’un pois. Ces larves ont , comme les arai-
PPT PE LR ET PP PT EE Te
72 HISTOIRE NATURELLE
“nées, leur filière placée à l'extrémité de
leur partie postérieure. La figure sphérique
- qu’elles donnent à leur coque ; dépend de
celle qu’elles font prendre à leur corps,
qui lui sert, pour ainsi dire , de moule, On
a peine à concevoir comment le corps de
l'insecte étant recourbé à ce point, et ré-
duit à occuper si peu de place, son der-
rière peut fournir des fils et les arranger
avec tant d'ordre; maïs cette larve a un
corps très flexible , et le bout de son der-
rière a une agilité merveilleuse. Si on ob-
serve une de ces larves dans le temps où
elle ne fait que tracer le contour de sa
coque, tous les mouvemens de l'extrémité
de son corps sont d’une vitesse surpre-
nante. Ce qui étonne encore, c’est l’adresse
avec laquelle lecorpsentier change de placé,
». “englissant sur l'enveloppe sphérique qui n’est
“d ‘qw'ébauchée , sans déranger le peu de fils
. qui la composent alors, et qui semblent à
peine capables de se soutenir eux-mêmes.
Peu après que la coque est finie , la larve
se change en nymphe, Si c’est en été. qu’elle
subit cette métamorphose, l’insecte parfait
DES HÉMÉROBES. 73
en sôrt environ quinze jours après; mais la
nymphe de celles qui n’ont filé qu’en au-
tomne, passe l'hiver dans sa coque, et
l'hémérobe ne sort que le printemps sui-
vant. Quoique la larve ne soit pas grande,
on est déjà étonné qu’elle ait pu se loger
dans une coque aussi petite; mais on est
bien plus étonné, lorsqu'on voit paraître
l'insecte ailé qui en sort.
Ce genre renferme à peu près trente es-
pèces : nous en décrirons quelques unes de
celles qui offrent le plus d’intérét. R
L’Hémérobe aquatique, Æ/emerobius
lutarius.
G. Semblide. Lawr.
Cet insecte a six à huit lignes de long ; il
a quelque ressemblance avec les friganes! à
par la manière dont il porte ses ailes; il
est d’un noir mat; ses antennes sont noires,
ses ailes transparentes, avecune teinte brune
et les nervures noires.
Il habite l'Europe.
On le trouve à la fin du printemps au
VII. 7
dés à Mél ss _—_—
és sd. . ct LS den à éme dé ve
74 HISTOIRE NATURELLE
bord des eaux, où la femelle pond une
prodigieuse quantité d'œufs qu’elle arrange
les uns auprès des autres sur la tige ou la
feuille d'une plante aquatique. Degéer a
yu des feuilles de gramen en être entière-
ment couvertes : sur une surface de cinq
lignes de longueur et une demie de lar-
geur, il a compté cinq cent soixante de ces
œufs.
Ils sont d’une figure ovale et allongée,
placés sur la feuille perpendiculairement
les uns auprès des äutres, de façon qu'ils
se touchent ; ils sont comme collés ensemble,
mais si légèrement, qu’on les sépare au
moindre attouchement : ils sont placés ré-
gulièrement en lignes droites, de sorte que
ceux de la seconde ligne se trouvent rangés
dans les intervalles que laissent ceux de la
première; ainsi il ne se trouve aucun vide
entre eux. Tous ces œufs sont de même
longueur ; leur bout supérieur est garni
d’une petite partie allongée, ovale, qui
finit en pointe mousse , ordinairement placée
en ligne droite, mais quelquefois un ‘peu
inclinée : ces petites espèces de queues,
DES HÉMÉROBES. 7b
qui sont un peu blanchâtres, forment le
plan supérieur de toute la couche, et don-
nent aux œufs une figure peu ordinaire ;
_ils sont de couleur brune. Les larves qui
sortent de ces œufs sont extrêmement pe-
tites ; elles ont assez de ressemblance avec
les larves de certaines petites éphémères ;
leur corps est long , mince, composé de
douze anneaux, séparés les uns des autres
par de profondes incisions. Les trois pre-
miers anneaux, auxquels sont attachées les
trois paires de pates , sont plus grands que
les autres ; les sept anneaux suivans sont
garnis de chaque côté d’une partie allongée,
cylindrique, en forme de filet, qui à au
bout deux longs poils, et à côté de sa base
un autre poil encore plus long. Ces qua-
torze filets, qui sont inclinés vers le der-
rière , sont mobiles; ils flottent dans l’eau,
et suivent les mouvemens que la larve faiten
nageant eten marchant ; ils sont placés sur
des tubercules inégaux; la transparence de
ces filets permet d’y voir intérieurement des
vaisseaux bruns et tortueux qui les parcou-
rent dans toute leur longueur. Il y a apparence
76 HISTOIRE NATURELLE
que ces parties sont les ouïes ou les organes
de la respiration , semblables à ceux qu’on
voit sur les larves des éphémères. Les deux
derniers anneaux du corps n’ont point de
ces ouies; ils sont garnis de chaque côté
d’une double tubérosité sur laquelle on voit
des aigrettes de longs poils. Le corps est
terminé par une longue queue cylindrique,
garnie de six poils assez longs placés en ai-
grette.
La couleur de ces petites larves est trans-
parente, nuancée de brun; elles ont sur le
corps quelques taches rougeâtres; les poils
sont bruns. Elles sont fort vives dans l’eau,
où elles nagent et marchent continuellement,
en faisant des ondulations avec leur corps,
et leurs pates sont en même temps en mou-
vement. Lorsqu’elles sont parvenues à leur
grandeur, et qu’elles sont prêtes à changer
de forme, elles sortent de l’eau et s’enfon-
cent dans la terre humide qui la borde; elles
y creusent un trou assez large dans lequel
elles se changent en nymphes, d’où sort l’in-
secte ailé quinze jours après la métamor-
… phose.
LE
fo
Insectes .
: PI 4.
F
Deveve del.
RENE Tr Rs
1.Raf.Ophiopse
2.Hém ‘aquatique
5.Sa Larve,
Déemoncy up i]
4. Sa Nymphe.
$. Hem. perle.
> 0. RÉ. rs hébone dune dort LÉ Me die de RS RS LS
us a *
DES HÉMÉROBES. 77
Degéer a coupé la tête À une de ceslarves,
qui a encore vécuplus de vingt-quatre heures
après avoir été décapilée.
!
L'Hémérobe Perle, Hemerobius Perla.
,
Il a environ sept lignes de long; ses an-
tennes sont longues, jaunes ; son corps est
jaunâtre ; ses ailes sont de moitié plus lon-
gues que son corps; elles sont blanchâtres,
transparentes; les nervures sont vertes ; dans
Vinsecte vivant les yeux sont très brillans.
Il habite l’Europé :.on le trouve dans les
bois et les endroits humides; il est commun
aux environs de Paris. !
Il a le vol lourd; ‘on peut le prendre fa-
cilement. Si cet insérte, qui est très joli,
plaît par la beauté de ses couleurs, il dé-
goûte par l'odeur fétide qu'il répand; il
laisse aux doigts qui l'ont touché une odeur
d’excrémens qui se fait long-temps sentir.
Les œufs que dépose la femelle sont blancs;
chacun est placé sur un long pédiceule, collé
sur une feuille ou une tige; ils sont rangés
les uns auprès des autres, au nombre de
CE
one hé dre te tt tt tt Ms slt. Dédlit idié
78 HISTOIRE NATURELLE
dix ou douze. Les larves qui en sortent se
nourrissent de pucerons, On peut voir dans
les généralités de ce genre, la manière de
vivre de ces larves. Elles filent une coque
ronde de soie blanche dans laquelle elles
s’enferment pour se changer en nymphes,
d'où l’insecte parfait sort environ quinze
jours après.
L’Hémérobe chrysops, Æemerobius
chrysops.
Il est de la même taille et ressemble à
l’hémérobe perle. Ii est d’un vert pâle; sa
tête et son corselet ont quelques taches
noires ; l'abdomen a, tant en dessus qu’en
dessous, une large bande noire, interrompue,
à chaque anneau, par une ligne transver-
sale verte ; ses ailes sont transparentes , les
nervures des bords sont vertes : dans l’in-
secte vivant, les yeux sont d’un vert doré très
brillant.
On le trouve dans presque toute l’Eu-
rope.
Il répand, de même que l’hémérobe perle,
une odeur d’excrémens insupportable.
DES HÉMÉROBES, 79
Sa larve vit de même que celle de l’in-
secte auquel nous le comparons, et se file
une coque semblable.
L’Hémérobe phalénoïde, Hemerobius
phalænoides.
Cet hémérobe a six à sept lignes de lon-
gueur; il a quelque ressemblance avec cer-
taines phalènes; il diffère des autres espèces
de ce genre par la couleur, la forme des
ailes, et la manière dont il les porte. Il est
entièrement de couleur rousse ; ses antennes
sont courtes, composées d’un très grand
nombre d'articles égaux, distincts ; ses ailes
ne sont point transparentes; les nervures
sont d’un brun foncé : vues À la loupe, on
y aperçoit un grand nombre de petites
cannelures; elles ont vers le milieu quelques
lignes transversales brunes; elles sont très
larges à la base, où elles forment À l’insecte
des espèces d’épaules ; l'angle extérieur est
recourbé en faucille, l'extrémité est un peu
dentée ; l’insecte les porte appliquées le long
de son corps, au-dessus duquel les bords
. 80 IISTOIRE NATURELLE ;
intérieurs forment un toit aigu. Les nervures
principales des ailes supérieures forment,
près du corselet, une espèce de tubercule
élevé.
Il habite l’Europe : on le trouvesdans les
bois et les lieux ombragés. F
Sa larve se nourrit de pucerons; elle n’a
pas, comme la plupart de celles de ce genre,
des aigrettes de chaque côté du corps ; elle
file, avec son derrière, une coque rande,
de soie blanche, d’un tissu moins serré que
celle des espèces précédentes, dans laquelle
elle se change en nymphe: l’insecte parfait
en sort vers la fin de l’été.
DES MYRMÉLÉONS.. 8x
XVIII GENRE.
. MYRMÉLÉON.
#
Caractères génériques. Antennes courtes, renflées
vers l’extrémité; articles très courts. — Six anten-
nules inégales, filiformes; les postérieures très
longues, — Abdomen terminé par deux crochets
dans les mäles.
Le genre myrméléon diffère des hémé-
robes par la forme de ses antennes, qui sont
courtes, composées d’articles égaux, renflés
à l'extrémité, où elles forment une espèce
de masse aplatie.
Sa tête est assez large; ses yeux sont
saillans.
Son corps est cylindrique ; celui des
mäles est terminé par deux crochets.
Il a les ailes longues, transparentes , réti-
culées ; dans l’état de repos, le bord exté-
rieur est penché, le bord intérieur est élevé
en toit au-dessus du corps.
Ses pates sont de longueur moyenne.
Les myrméléons offrent beaucoup plus
d'intérêt sous l’état de larve que sous celui
sd sims à bts, 5 tata cmt in Li PR
82 HISTOIRE NATURELLE
d’insecte parfait. La larve de celui qu'on
trouve le plus communément en Europe
est très connue des naturalistes modernes,
et n’a pas été observée par les anciens natu
ralistes; il paraît même qu'ils ne l’ont pas
connue. On lui a donné le nom de formica-
leo, en français fourmi-lion, par la même
raison qui a fait donner aux larves des hé-
mérobes le nom de lion des pucerons. Cette
larve a six pates ; son extérieur n’a rien qui
puisse attirer.l’attention de ceux qui n’en
donnent qu'aux objets dont ils peuvent être
frappés par le premier coup d'œil; mais en
considérant la forme de cette larve, elle
offre des particularités remarquables : elle
est sensiblement divisée en trois parties
dans sa longueur ; le corps, le corselet et la
tête. Le corps, dont le volume surpasse con-
sidérablement celui des deux autres parties .
est une espèce d’ellipsoide, plus pointu à
l'extrémité postérieure qu’à l’antérieure; un
peu aplati en dessous, convexe en dessus;.il
a, d'une extrémité à l’autre, des rugosités
transversales, des espèces de cordons sé-
parés par de petits sillons : ce sont autant
ad ds ur dée di UE à lib 2
DES MYRMÉLÉONS. 83
d’anneaux membraneux au nombre de onze.
Sa couleur est d’un blanc jaunâtre, avec
quelques taches d’un brun presque noir, qui
forment trois raies, l’une sur le milieu du
corps, et une de chaque côté : aidé d’une
loupe faible, on aperçoit des poils noirs,
courts, et semés sur le corps, et d’autres de
même couleur, plus longs, qui forment des
houppes en différens endroits ; au-dessous
de chaque houppe du premier rang, ex-
cepté celles des deux premiers anneaux,
Réaumur a cru reconnaître les organes de la
respiration.
Le corselet est courtet a peu de diamètre,
la première paire de pates y est attachée, les
deux autres paires le sont au second et au
troisième anneau. Cette larve a dans de cer-
tains temps, un cou remarquable par sa
longueur, dans d’autres on ne le voit point;
ce cou, qui exécute des mouvemens de tous
les côtés, fait faire à la tête certaines actions
particulières, dont il sera parlé par la suite;
il est inséré près de l'extrémité de la tête,
mais en dessus, au lieu que dans les autres
insectes il est en dessous.
‘“
84 HISTOIRE NATURELLE
La tête est aussi autrement faite que celle
de la plupart des insectes ; elle est plate,
plus étroite à sa partie postérieure qu’à sa
partie antérieure, De chaque côté, il en sort
une corne qui remplace la bouche, dont
cette larve est privée; la longueur de cha-
cune de ces cornes est d’une ligne et demie
lorsque la larve est parvenue au terme de
son accroissement; ce sont deux trompes
destinées à pomper le sue dont est rempli
le corps de différens insectes, et à le faire
passer dans celui de la larve. Ces cornes
sont écailleuses, mobiles, dentées intérieu-
rement dans presque toute leur longueur,
recourbées près de leur extrémité, qui se
termine en pointe aiguë : nous allons voir
l'usage qu'elle en fait. Cette larve ne peut
se nourrir que du gibier qu’elle attrape ;
elle ne joindrait pas les insectes qui mar-
chent le plus lentement, ce n’est pas que sa
marche soit d’une lenteur excessive, c’est
qu'elle ne pourrait la diriger vers ceux
qu'elle voudrait atteindre, parce qu’elle ne
sait aller qu’à reculons ; cependant elle par-
vient à se saisir des insectes les plus agiles ,
. DES MYRMÉLÉONS. 85
au moyen de la ruse qu’elle emploie; elle
sait disposer le lieu où elle se fixe, de ma-
nière que le gibier vient tomber entre ses
cornes qui l’attendent, Elle se loge et se tient
tranquille au fond d’un trou fait en enton-
noir; elle y est cachée au-dessous du sable,
au-dessus duquel s'élèvent seulement ses
deux cornes, écartées l’une de l’autre : alors
malheur À tout insecte imprudent, à la
fourmi qui en cheminant ose en approcher;
si elle est assez éloignée pour qu'elle ne
puisse la saisir avec ses cornes , dont elle se
sert comme de pinces, elle fait pleuvoir sur
elle une si grande quantité de sable, avec
sa tête, dont elle se sert comme d’une pelle,
que la malheureuse fourmi en est étourdie ,
elle achève de. perdre l'équilibre, qu’elle
avait peine à conserver en marchant sur un
terrain mobile et incliné, et malgré les ef-
forts qu’elle fait pour se sauver, elle vient
tomber au fond du trou, où les cornes de
la larve, qui étaient ouvertes pour la recé-
voir, lui saisissent le corps, et le percent en
se fermant.
La larve, maîtresse de sa proie, la tire
VIL, 8
RE M VON ER ST CNT a inst ———
si ci Médat her ‘hé à nn iité à
æ
86 HISTOIRE NATURELLE
un peu sous le sable, l'y cache en partie, et
la suce À son aise : une fourmi est souvent
sucée en un demi-quart d'heure; le repas
est plus long lorsque la proie est plus forte ;
elle ne vient à buut d’une grosse mouche
bleue de la viande qu’en deux 6u trois
heures. Après avoir tiré de l’insecte tout ce
qu'il a de succulent, elle le tient faiblement
entre ses cornes, prêtes à s'ouvrir et à l’a-
bandonner, et elle donne un coup de tête, au
moyen duquel elle jette au-delà des bords de
son trou le cadavre desséché qui lui devient
inutile.
Ce n’est que dans des terrains composés
de grains fins, que ces larves dressent leurs
piéges; c'est ordinairement au pied des
vieux murs, et dans les endroits les plus dé-
gradés qu’elles s’établissent de préférence,
ét surtout dans ceux qui sont exposés au
midi.
Chaque larve ne passe pas sa vie dans le
méme trou, mais elle y demeure plusieurs
jours de suite; plus elle y a séjourné, plus
le diamètre de l'entrée est grand. Les parois
s'éboulent, soit par les mouvemerns que la
DES MYRMÉLÉONS. 87
larve fait da son trou, où que quelque
insecte en märchant les dérange ; elle ne
donne pas le temps aux grains de sable de
s'accumuler au fond qu'ils éleveraient trop,
elle charge sa tête de céux qui y sont tom-
bés , et les jette bien au-delà du bord, Lors-
que la pente de son trou devient trop.
douce, le piége n’est plus aussi dangereux
pour les insectes, qui s’en sauvent plus faci-
lement, alors la larve se détermine à l’aban-
donner pour en faire un nouveau. C’est un
parti qu’elle prend encore quand «lle a
passé plusieurs jours dans son entonnoïr
sans y faire de capture ; elle se met en
marche, parcourt le terrain des environs
pour examiner et choisir un lieu favo-
rable.
Le chemin qu’elle fait est marqué par une
trace reconnaissable ; c’est une espèce de
petit fossé d’une ligne ou deux de profon-
deur; la larve marche à reculons, presque
tout son corps est caché sous le sable; on
n’aperçoit souvent que sa tête et son cor-
selet. Quand la course lui paraît assez lon-
gue, elle s'enfonce entièrement sous le sable,
88 HISTOIRE NATURBLLE
pour y prendre un peu de repos, et tra-
vaille ensuite à se faire un entonnoir.
Pour donner à cet entonnoir de justes
proportions, elle commence par en tracer
l'enceinte; elle fait un fossé semblable à celui
qu’elle creuse enmarchant ; ce fossé entoure
un espace circulaire plus ou moins grand ;,
selon que la larve veut donner plus: ou
moins de diamètre à l’entrée de son enton-
noir. Cellesiqui sont près d’avoir tout leur
* accroissement habitent quelquefois dans des
trous dont le diamètre’ de l’entrée a plus
de trois pouces. La profondeur des enton-
noirs nouvellement faits a environ les'trois
quarts du diamètre de la grande ouverture.
Réaumur a trouvé neuf lignes de profon-
deur à ceux qui en avaient douze à leur
entrée, et un pouce à ceux qui avaient
seize lignes. Quand la larve se détermine
à travailler la construction de son enton-
noir, elle se met à marcher cireulairement;
dès qu’elle a fait un pas, elle s'arrête pour
charger sa tête de sable ; aussitôt qu’elle est
chargée, elle l'élève brusquement, et jette
celui qui la couvrait au-delà de la circon-
DES MYRMÉLÉONS. 89
férence de l’enceinte; elle fait usage d’une
de ses pates antérieures, dont elle se sert
comme d’une main, pour pousser le sable
sur sa tête; les mouvemens de cette pate
sont extrémement prompis, et se succè—
dent sans intervalle; aussi la tête a-t-elle
bientôt sa charge : après l'avoir chargée deux
ou trois fois de suite dans le même lieu, et
ayoir lancé une pluie de sable, la larve fait
ensuite un nouveau pas en arrière, et ré-
pète la même manœuvre jusqu'à ce qu’elle
se retrouve presque au même lieu d’où elle
était partie; elle a parcouru un cercle, et
elle continue de marcher pour en parcourir
un second plus proche du centre.
Quand la pate qui fait l'office de main
est fatiguée, La larve se sert de l’autre;
mais il paraît .qu'il faut qu'elle se trouve
placée comme l'était la première, vers
l'intérieur du trou, alors la larve se re-
tourne, et décrit ensuite des cercles dans
un sens coniraire à celui qu'elle décrivait
auparavant. Quelquefois la larve achève son
entonnoir en moins d’une demi-heure ; quel®
quefois aussi elle est plus de deux heures à
… “ét. te dt RÉ Sn dont Ed ot din rm émunt ai,
go HISTOIRE NATURELLE
le faire, parce qu’elle se repose. Bonnet,
qui en a vu travailler un grand nombre,
en a surpris plusieurs dans une circonstance
embarrassante ; il a vu toute la manœuvre
à laquelle elles ont alors recours. Comme il
se trouve souvent parmi les grains du sable
ordinaire, de gros grains de gravier, de
petites pierres, que la larve ne veut pas
garder dans son trou , et que cette masse est
trop lourde pour qu’elle puisse la jeter, elle
se détermine à la porter : alors elle sort du
sable; en avançant ensuite un peu à recu-
lons, elle fait passer l'extrémité de son corps
sous la pierre ; au moyen de divers mouve-
mens, elle la conduit sur le milieu de son
dos, et l’y met en équilibre ; maïs le difficile
est de la conserver dans cet équilibre, pen-
dant le transport, en montant à reculons le
long d’une pente déjà escarpée ; de moment
en moment la charge est prête à tomber; ce
n’est qu’en élevant ou abaïssant certaines
portions de ses anneaux que la larve par-
vient à la retenir. Enfin, malgré tous ses
éfforts, la pierre lui échappe quelquefois;
elle roule dans le fond du précipice, et elle
must. aûb détente ste di Set né St er,
‘
DES MYRMÉLÉONS. gt
a le courage d’aller l’y rechercher cinq à
six fois; cette larve semblait À Bonnet être
condamnée au supplice du criminel Sisyphe.
Quand elle a fini son trou, elle s’y cache
et attend sa proie, souvent très long-temps ;
mais elle est capable d’y soutenir un très
long jeùne; elle peut rester plusieurs mois
privée d’alimens sans mourir ; elle n’est ce-
pendant pas difficile, tous les insectes lui
conviennent, même ceux de son espèce.
La larve du myrméléon a douze yeux,
six de chaque côté, placés sur une tubéro-
sité qui se trouve au-dessus de la tête, près
de la partie extérieure de la base dé chaque
corne; lorsque ces cornes sont hors du sable,
elle voit venir sa proie, et se tient prête à
la saisir quand le moment lui paraîtra fa-
vorable. Tous les alimens qui entrent dans
l’intérieur de la larve, sont employés utile-
ment pour la faire croître, ou S'il reste quel-
que résidu, il ne s'échappe du corps que
par l’insensible transpiration, le reste de-
meure dans l'estomac et dans les intestins ;
elle ne rejette aucun grain sensible d’excré-
mens ; aussi n’a-t-elle ni au derrière, ni ail-
on HER Se SEE es dd à té fé
92 HISTOIRE NATUREBLE
leurs, aucune ouverture analogue à l'anus;
elle a cependant, à l'extrémité du corps,
une.petite masse charnue, du milieu de la-
quelle on fait sortir par la pression un
tuyau composé de deux corps, dont l’un
rentre dans l’autre; il est percé à son ex-
trémité, et donne passage à une liqueur qui
sert à la larve à faire sa coque. Ces tuyaux
sont la filière où se moule la liqueur qui doit
devenir soie ; ils servent en même temps à
son arrangement dans la construction de la
coque : cette partie est semblable à la filière
du lion des pucerons.
La larve du myrméléon sort de l’œuf
en été ou en automne ; elle ne se change
point en nymphe dans la même année. Réau-
mur croit que toutes vivent deux ans avant
de se métamorphoser. On en trouve de très
grosses et de très petites à la fin de l'hiver.
Les premières se changent en nymphes au
commencement de l'été, les autres ne se
changent que l’année suivante. Lorsqu'une
de ces larves veut se métamorphoser, elle
reste dans son entonnoir , ou cherche un
endroit commode ; elle s’enfonce et se cache
'
DES MYRMÉLÉONS. 93
dans le sable pour faire sa coque. ch
coque est ronde; l'extérieur est composé de
grains qui tiennent ensemble par des fils de
soie très fins; l’intérieur est tapissé d’une
soie d’un blanc satiné ; la larve y subit sa
métamorphose ; la nymphe y est courbée en
arc. Parmi ces coques , on en trouve qui
ont quatre lignes de diamètre, d’autres en
ont cinq; celles-ei renferment les femelles.
La larve reste environ vingt jours sous
la forme de nymphe, d’où sort l’insecte
parfait. L
D’après la conformation de la bouche des
myrméléons, Réaumur les croit aussi voraces
que leur larve; il paraît cependant qu'ils
aiment les fruits; il en a vu un manger plu-
sieurs fois d’une prune qu’on lui offrait, Cet
observateur a remarqué qu'après avoir
pressé l’extrémité du corps de ces insectes,
tant mâles que femelles, des mâles surtout,
il restait à ses doigts une odeur de rose ; il a
trouvé cette même odeur, mais plus faible,
dans les poudriers où il les avait enfermés.
Bonnet a trouvé aux environs de Ge-
hève trois larves d’une espèce de myrmé-
HISTOIRE NATURELLE 7.
léon qui diffère de celle qu’on voit aux en-
wirons de Paris; cette larve ne marche
point à reculons, maisen avant; elle nese fait
point d’entonnoir, elle se contente de se
cacher, et de saisir les insectes qui passent
près d’elle : elle y était rare à l’époque où
il en a parlé.
On connaît dix ou douze espèces de ce
genre ; deux habitent les environs de Paris :
nous décrirons celles qu'on trouve le plus
communément, et une autre qui habite la
France,
Le Myrméléon des fourmis, Myrme-
leon formicarius.
Cet insecte est de couleur grise ; sa tête
est large; elle a plusieurs lignes longitudi-
nales et transversales jaunes; ses yeux sont
gros et saillans ; ses antennes courtes, ren-
flées à leur extrémité ; son corselet a, sur le
milieu, une ligne longitudinale jaune ; son
abdomen est composé"de huit anneaux ; les
ailes sont d’un tiers plus longues que l’ab-
domen ; elles sont transparentes, avec plu-
Demonchy Jeulp.
4.Sn Coque.
$, Peau de la Nymphe.
:-6.Tète de la Larve.
SR ELA To A fee
QUE :
sn : . fé. Te dé dédie des tés RARE 2 ss SL ns ben T7. 2h
« £
n DES MYRMÉLÉONS. 95
sieurs taches brunes ; les pates ont quelques **
taches jaunes.
Il habite l’Europe.
Sa larve est très commune aux environs
de Paris ; on la trouve plus fréquemment
que l'insecte parfait; elle se nourrit d’in-
sectes, principalement de fourmis; elle reste
cachée dans le sable à attendre sa proie;
parvenue à sa grosseur, elle fait une co-
que ronde, composée de grains de sable
qu’elle lie avec des brins de soie qu’elle tire
de l’extrémité de son corps; elle se change
en nymphe dans cette coque : l’insecte par-
fait sort environ vingt jours après sa mé-
tamorphose.
Nous renvoyons aux généralités pour
avoir de plus grands détails sur la manière
de vivre de cette larve.
”
Le Myrméléon libelluloide, Myrme-
leon libelluloides.
Cette belle espèce est la plus grande de
ce genre ; ses ailes étendues ont plus de
quatre pouces d'envergure; elles sont trans-
96 HISTOIRE NATURELLE
+4 parentes, jaunâtres , avec de grandes et de
petites taches brunes; les inférieures sont
plus longues que les supérieures; la tête
est jaune, avec quelques poils noirs ; les an-
tennes courtes, renflées à l’extrémité ; le
corselet en dessus et en dessous est couvert
de poils d’un brun jaunâtre ; l'abdomen est
brun, avec des taches jaunes en dessus;
les ailes sont très courtes, brunes, cou-
vertes de poils d’un brun noir.
Cette belle espèce se trouve dans le midi
de la France; elle est très commune : on la
rencontre aussi en Italie, en Grèce, en
“Espagne , etc.
Sa larve nous est inconnue.
. DES ASCALAPHES. 97 |
XIX*® GENRE.
ASCALAPHE.
Caractères génériques. Antennes longues, filiformes,
terminées en masse; articles courts, un peu gre-
nus, les trois derniers renflés, — Six antennules
inégales, filiformes. — Abdomen terminé par
deux crochets dans les mâles,
Lxs ascalaphes ont des rapports avec les
myrméléons ; mais ils en diffèrent par les
antennes ; celles des myrméléons sont cour-
tes, celles des ascalaphes sont à peu près
de la longueur du corps, d'égale grosseuf,
depuis la base jusqu'au sommet, où elles se
terminent en masse.
Ils ont la tête arrondie, portée sur une
espèce de cou mince et court.
L'abdomen est long , cylindrique, com-
posé de plusieurs anneaux, terminé par
deux crochets dans les mâles.
Leurs ailes sont transparentes, veinées et
réticulées, beaucoup plus longues du côté
extérieur que du côté intérieur; dans l'état
de repos, l’insecte les porte penchées, le
vi. 9
r 98 HISTOIRE NATURELLE
bord intérieur élevé en toit au-dessus du
corps.
Les pates sont de longueur moyenne ;
les tarses sont terminés par deux crochets
très pointus.
La tête, le corselet et l'abdomen, sont
couverts de poils fins assez serrés; ce qui
fait qu’au premier coup d’œil on peut pren-
dre ces insectes pour des papillons, dont ils
diffèrent par les ailes et les parties de la
bouche.
Les ascalaphes volent plus légèrement
que les hémérobes et les myrméléons. Ils
Habitent les endroits secs et sablonnèux; ce
qui fait croire que leurs larves, qui nesont
pas connues , vivent de même que celles des
myrméléons:
Ce genre ne contient que peu d'espèces;
quatre habitent les départemens méridio-
naux de la France.
L’Ascalaphe barbare, Æscalaphus
barbarus.
Cette espèce est fort belle; son corps est
noir, velu; ses ailes sontétroites, allongées
ne aies de es dns - ain: cel) à stéé Dés. >, là,
DES ASCALAPHES, 99
extérieurement , lavées de jaune; brillantes,
transparentes ; les supérieures ont à la base
deux grandes taches allongées d’un beau
jaune, à côté desquelles est une grande ta-
che brune; les inférieures sont jaunes, avec
une tache brune à la base ; l'extrémité est
un peu obscure.
On le trouve sur les côtes de Barbarie,
en Italie, et dans les départemens méridio-
naux de la France.
XX° GENRE.
PANORPE.
Caractères génériques. Antennes longues, filiformes;
articles très courts et très nombreux. — Quatre
antennules inégales, filiformes; les antérieures
composées de quatre articles, les postérieures de
deux. — Abdomen terminé, dans les mâles, par
une queue articulée, armée de pinces. — Prois
petits yeux lisses,
Les panorpes ont des caractères qui les
font distinguer facilement des autres in-
sectes de cet ordre ; l’un de ces caractères
est une trompe assez longue , cylindrique ,
s RS, à SE De Se dés _ tn ut hf, Dé
100 HISTOIRE NATURELLE
un peu plus grosse à son origine qu'à son
extrémité ; dure, écalleuse, immobile, un
peu courbée en arrière : dans sa position
naturelle, elle est perpendiculaire au plan
de position. Mais ce que cet insecte a de
plus remarquable, c’est l'abdomen du mâle,
qui est terminé par une queue articulée,
armée de pinces : cette queue ressemble à
celle d’un scorpion, ce qui lui a fait don-
ner par plusieurs naturalistes le nom de
mouche-scorpion.
Les antennes sont filiformes , presque de
la longueur du corps, insérées à l’origine de
la trompe.
La tête est arrondie, un peu aplatie an-
térieurement et postérieurement : elle est
attachée À une espèce de cou couvert d’une
peau membraneuse.
Les ailes sont allongées, arrondies à l’ex-
trémité ; quelques espèces ont les inférieures
linéaires, du double plus longues que les
supérieures: telle est la panorpe de Cos et
la panorpe d'Orient ; elles sont transpa-
rentes.
Les pates sont longues et minces.
sl 2 tes di nt Siné à “oi ue sé
- DES PANORPES. 101
La femelle de la panorpe d'hiver est
aptère.
Les larves de ces insectes ne sont point
connues.
Ce genre renferme dix ou douze espèces ;
une seule habite les environs de Paris : nous
en décrirons quelques unes.
La Panorpe commune, Panorpa
communs.
Les antennes de cet insecte singulier sont
noires , à peu près de la longueur du corps,
insérées à la partie antérieure de la tête à
la base de la trompe ; sa tête est noire,
terminée en devant par une trompe longue,
à l'extrémité de laquelle sont quatre anten-
nules inégales ; l'abdomen est d’un brun
noirâtre, avec des taches jaunes : il est ter-
miné, dans le mâle, par une queue arti-
culée, composée de trois anneaux, dont le
dernier est beaucoup plus gros que les au-
tres ; il est armé de deux crochets en forme
de pinces : la femelle n’a point cette queue;
elle a à l'extrémité de l'abdomen deux
102 HISTOIRE NATURELLE
tuyaux cylindriques : les ailes sont transpa-
rentes , réticulées ; elles ont plusieurs ban-
des transversales, brunes, formées par des
taches.
Cette espèce habite l’Europe ; elle est
très commune aux environs de Paris : on
a trouve au bord des eux et dans les
prairies; ce qui a fait croire à M. Geoffroy
que sa larve est aquatique. Quand on prend
cet insecte , il paraît vouloir se défendre
avec ses pinces ; mais il ne fait aucun mal.
La Panorpe de Cos, Panorpa Coa.
G: Némoptère. Larr.
Cette espèce a les ailes étendues, de dix-
huit à vingt lignes d'envergure ; ses an-
… tennes sont noirés, filiformes , plus courtes
- que le corps ; la tête, le corselet et l’ab-
domen sont mélangés de jaune et de noir;
les ailes sont grandes, larges, presque ova-
les, d’un jaune pâle, avec un grand nom-
bre de points et quelques taches d’un noir
peu foncé; les inférieures sont linéaires ,
obscures, depuis la base jusqu'au-delà du
mb Late de à Aie td
é
Insectes. PL.66
1.2. Tridactyle paradoxe.
… Némoptere sinuce.
%
Our.
DES PANORPES. s 103
milieu ; elles s’élargissent peu, et ont trois
taches blanches et deux noires, alternes ,
la première et la dernière étant blanches;
les pates sont pâles, avec des poils roides,
où piquans, noirs, et les tarses obscurs.
On trouve cette espèce dans les îles de
l’Archipel grec. M. Olivier l’a rencontrée
abondamment en juin , dans l’île de Négre-
pont et aux environs d'Athènes.
La Panorpe tipulaire, Panorpa tipu-
laria.
G. Bittaque. Lan. e
Cette espèce a le corps long de près de
six lignes ; ses ailes étendues peuvent avoir
environ dix-huit à vingt lignes d'envergure;
elle est d’un brun obscur roussâtre ; ses ailes
sont tachées, avec le bord externe cilié ;
les pates sont très longues, ce qui donne à
cet insecte l’aspect d’une tipule; l'abdomen
du mâle n’est pas terminé par une queue
recourbée ct articulée.
On trouve cette espèce dans le midi de
la France et en Espagne.
104 HISTOIRE Te
La Panorpe hyémale, Panorpa
hyemalis.
G. Borée. LaATR.
Cet insecte a une ligne et demie de
longueur ; ses antennes sont filiformes , de
la longueur du corps ou même un peu plus
longues, noirâtres , avec la base d’un fauve
obscur; la tête est d’un noir bronzé, lui-s
sant; le bec est plus long que la tête, assez
gros, jaune, avec l'extrémité un peu ob-
secure ; le corselet est court, assez large,
d’un noir bronzé; le corps est gros, d’un
noir bronzé; les pates sont longues, d’un
jaune pâle; les tarses sont tous composés de
cinq articles; les ailes, au nombre de quatre,
sont rapprochées les unes des autres, subu-
lées, un peu arquées; le mâle est sans
‘queue; la femelle a l'abdomen terminé par
un appendice semblable à celui de la plu-
part des sauterelles.
On trouve cette espèce, pendant l'hiver,
sur les montagnes de la Saxe , de l'Allemagne
et des Alpes, parmi les mousses.
DES FRIGANES. 105
XXI GENRE.
FRIGANE.
Caractères génériques. Antennes longues et sûta-
cées; articles très nombreux, très courts, le pre-
mier un peu plus gros.— Quatre antennules iné-
gales, filiformes; les antérieures plus longues,
composées de cinq aïticles; les postérieures couf-
tes, composées de quatre. — Abdomen simple. —
Trois petits yeux lisses,
Les friganes ont la tête petite; les an-
tennes sont insérées à sa partie antérieure;
elles ont le corselet court, les ailes gran-
des, colorées , élevées en toit au-dessus du
corps; les inférieures plissées.
Les pates longues et minces.
Les larves des friganes ressemblent à
celles des perles : elles vivent dans l’eau ;
c’est dans les marais, dans les étangs, les
ruisseaux, qu'on les trouve; elles habitent
des fourreaux portatifs qu’elles font de dif-
férentes matières étrangères qu’elles traînent
dans l’eau partout où elles marchent.
Ces larves ont été connues des anciens
Hi AR DRE, LA, Mic tél: “di … fine Lo de, - a.
106 HISTOIRE NATURELLK
sous le nom de Zgni-perdæ, quoiqu’elles
ne gâtent point le bois, comme Réaumur
la remarqué. Bellon les à nommées char-
rées,
Le corps de ces larves est logé dans un
tuyau de soie dont l’intérieur est lisse et
poli. Sur l’extérieur de ce tuyau sont atta-
chés des fragmens de diverses matières pro-
pres à le fortifier et à le défendre. Les de-
hors du fourreau sont souvent hérissés,
pleins d’inégalités; d’autres se font des ha-
bits dont les pièces qui les composent sont
arrangées avec symétrie les unes auprès des
autres. Quand l’habit devient trop court ou
trop étroit, elles s'en font un de grandeur
convenable. Quelquefois le neuf diffère plus
de celui qu'elles ont laissé, que nos habits
d'aujourd'hui ne diffèrent de ceux de nos
aïeux, parce qu’elles se servent de diffé-
rêns matériaux : elles emploient des feuilles
entières .ou presque entières de différentes
espèces de plantes, de petits bâtons de figure
cylindrique ou irrégulière, des tiges de
plantes, de roseaux, des brins de paille,
de gramen, de jonc ; des graines, des grains
sr. sie nn - hi - ss ie, MAÉ di 0) OS
DES FRIGANES. 107
de terre, des coquilles de limaçons aqua-
tiques; enfin, de presque toutes les matières
qu’elles trouvent dans l’eau. Tels fourreaux
ne sont faits que de quelques unes des ma-
tiéres précédentes , et ce sont les mieux fa-
çonnés ; d’autres sont composés de toutes
ces différentes matières si peu propres à
être assorties ; aussi paraissent-ils des ha-
bits de guenilles et de haillons.
L'intérieur de chaque fourreau a assez
exactement la figure d’un cylindre creux :
il a une ouverture à chaque bout; celle
qu'on peut appeler l’antérieure, et par
laquelle linsecte fait sortir sa tête et ses
six jambes, est plus grande que la posté-
rieure : cette dernière est placée au milieu
d’une plaque circulaire appliquée au bout
du tuyau pour le boucher en partie.
Les fourreaux recouverts de portions de
feuilles sont plats; ils sont peu épais par
rapport à leur largeur; mais on er voit
rarement de faits sur ce modèle : commu-
nément ils sont cylindriques. Il y en a dont
tout l'extérieur est composé de brins de jones
collés les uns contre les autres, et disposés
108 HISTOIRE NATURELLE
selon la longueur du fourreau. Quelquefois
ces brins sont si bien arrangés, qu'on ne
voit point leur assemblage : on croit voir
un cylindre cannelé danssa longueur ; mais
il est rare d’en trouver qui n’ait pas quel-
que pièce, quelque lambeau qui dépare
le reste : ce lambeau est cependant néces-
saire à la perfection de l’habit. D’autres
larves font leurs fourreaux avec un assez
grand nombre de morceaux de roseaux plus
petits que ceux des fourreaux dont nous
venons de parler, et au lieu de les: placer
en longueur, ils sont arrangés de manière
qu'ils posent, par un bout, sur le tuyau dé
soie, et se trouvent croisés en différens en-
- droits par d’autres petits brins qui sont
également appuyés sur le tuyau. A mesure
que la larve allonge son habit, elle fait un
assemblage de pareils brins croisés qui ser-
vent à soutenir la portion de soie qui sera
filée par la suite. Tous les habits construits
de la sorte sont extrémement hérissés; maïs
ils ne laissent pas d’avoir une serte de ré-
gularité.
Quelques fourreaux sont construits en
DES FRIGANES. -109
partie de’ pièces posées longitudinalement
ou transversalement ; quelques unes de leurs
portions sont faites de matériaux mal assor-
üs, qui en gâtent la symétrie ; quelquefois
c’est un morceau de pierre, un caillou ou
une coquille : souvent on en voit qui sont
entièrement couverts de petites coquilles de
limaçons aquatiques, ou de coquilles de
moules qui renferment les animaux vivans.
Les larves qui recouvrent leurs. four-
reaux de sable ou de petits fragmens de
coquilles, y attachent de chaque côté une
petite branche qui l’excède par les deux
bouts, de sorte qu’il se trouve placé entre
deux. espèces de bâtons plus grands qu'il
n’est lui-même.
Ces fourreaux, construits de matériaux
si pesans, deviendraient un fardeau pour
l'insecte, s’il était obligé de:marcher tou-
jours sur terre ; mais , comme il doit mar-
cher, tantôt au fond de l’eau , tantôt monter
et descendre au milieu de ce liquide, sur les
plantes qui y croïssent, il lui coûte peu à
porter, si les différentes pièces dont:il est
construit font un tout d’une pesanteur à
VIT, 10
e
110 HISTOIRE NATURELLE
peu près égale à celle de l’eau; aussi la
larve a grand soin de choisir des corps
dont la pesanteur spécifique est moindre
que celle de l’eau, et ce qu'elle semble se
proposer principalement, c’est d’attacher à
son fourreau des espèces de calebasses.
Quañd cette larve, qui ne sait point na-
ger, veut marcher, elle sort sa tête et la
partie antérieure de son corps hors:de son
fourreau ; elle cramponne les six pates écail-
leuses dont elle est pourvue, et marche
en s'appuyant dessus ; elle trouve d’autant
moins de difficulté à marcher, que le poids
de son corps et celui de son fourreau sont,
comme nous l'avons dit, d’une pesanteur
à peu près égale à celle de l’eau.
Les larves des friganes ont six pates écail-
leuses; leur corps est composé de douze
anneaux : les trois premiers, auxquels tien-
nent les pates, sontécailleux, de même cou-
leur que la tête, qui est brune et écail-
leuse ; les autres sont blanchâtres ct trans-
parens : le quatrième a trois éminences
charnues, par lesquelles Réaumur croit que
la larve aspire et rejette l’eau ; les huit au-
DES FRIGANES. T11
tres ont des filets auxquels cet observateur
soupçonne de l’analogie avec les ouïes des
poissons. Outre ces filets, elles ont des poils
sur différentes parties du corps, surtout
d’assez longs à l'extrémité , qui est un peu
fourchue; la bouche est armée de mâchoires
propres à couper la matière que la larve
fait entrer dans la composition de son four-
reau, ou qu'elle veut manger. Réaumur,
et avant lui Valisnieri, ont cru, avec raison,
qu’elles se nourrissent de feuilles des plantes
aquatiques. Degéer a eu occasion de s’en
assurer; mais il a vu aussi de ces larves
manger une larve de tipule et une nymphe
de libellule; ce qui prouve qu’elles sont
carnivores et herbivores.
Réaumur n’a pu découvrir dans ces larves
la partie par où elles font sortir la soie
qu’elles emploient pour faire leur fourreau ;
mais il a vu que lorsqu'on en dépouille une
de son vêtement, elle y rentre aussitôt ,
la tête la première, si on le laisse près d'elle.
Ces larves sont moins imbéciles que les che-
nilles des teignes, qui ne connaissent plus
leur habit dès qu'elles en sont sorties, et
112 HISTOIRE NATURELLE
qui aiment mieux s'en faire un neuf que de
vêtir une seconde fois celui qu'on leur a
enleÿyé.
Ce n’est pas dans la construction de leur
fourreau que les larves des friganes font
voir le plus d'industrie. Toutes doivent se
changer en nymphes avant d’être insectes
ailés, et devenir habitans de l'air, après
être.nées dans l’eau et y avoir crû. C’est
dans leur fourreau qu’elles subissent leur
métamorphose ; mais la nymphe n’y serait
pas en sûreté contre les attaques de ses en-
nemis , si la larve n’en fermait l'entrée, en
bouchant les deux ouvertures avec la soie
dont elle est pourvue : elle en forme des
fils avec lesquels elle construit une grille de
chaque côté; les mailles en sont assez rap-
prochées pour empécher les insectes carnas-
siers de pénétrer dans l’intérieur, et assez
écartées pour laisser un libre passage à l’eau
que la nymphe a besoin de respirer; mais
avant de griller son fourreau, la larve a
soin .de l’assujettir contre quelque corps
solide.
La nymphe est couleur de citron ; l’ex-
L de Li
à
DES FRIGANES. 113
LA
trémité de son corps est fourchue : elle a
sur le dos les mêmes paquets de filets blancs
qu’on voit sur la larve , et on y distingue
toutes les parties que doit avoir l'insecte
parfait; sa tête, qui est petite par rapport à
son corps, a une singularité remarquable :
c’est une espèce de bec formé par deux cro-
chets qui sont placés de chaque. côté de la
tête , et qui se réunissent à leur extrémité.
Valisnieri croit que les crochets, quine sont
d'aucune utilité à la nymphe tant qu’elle
reste sous cette forme, lui servent à déta-
cher la grille lorsque l’insecte parfait sort
de son fourreau. C’est ordinairement quinze
ou vingt jours après que la larve s’est mé-
tamorphosée en nymphe, que la frigane
sort de son enveloppe; elle ne la quitte
point dans l’eau : pendant qu’elle est en-
core nymphe, elle abandonne son four-
reau, marche sur la surface de l’eau avec
ses quatre pates antérieures, qui, de même
que les autres, sont renfermées dans une
enveloppe particulière ; elle cherche un
endroit sec où elle puisse rester tranquille,
et attendre que sa peau se sèche et se fende;
”
114 HISTOIRE NATURELLE
e’est au bout de quelques minutes qu’elle
parvient à.en être débarrassée.
On voit voler les.friganes au bord des
eaux , où elles vont déposer leurs œufs sur
des plantes aquatiques : ces œufs sont ren-
fermés dans une matière glaireuse , trans-
> parente comme de l’eau , de la consistance
d'une gelée molle et adhérente à la plante
sur laquelle sont déposés les œufs.
Ce genre contient plus de cinquante es-
pèces, qu’on trouve presque toutes en Eu-
rope, et une grande partie aux environs de
Paris : nous en décrirons quelques unes des
plus remarquables par leur couleur.
La Frigane striée, Phriganea striata.
Cette espèce est la plus grande de celles
qu'on trouve aux environs de Paris ; sa lon-
gueur est de près d’un pouce ; elle est en-
tièrement de couleur fauve; elle a quelques
poils bruns sur la tête et le corselet; les
antennes sont à peu près de la longueur
du corps; les yeux sont noirs ; les ailes
sont presque du double plus longues que
Insectes.
_Deweue del.
À Gi
+ My ibdliloide. 4. mg, strice .
2. Ase, barbare. 5. Sa Larve.
5. Panop. commune .
DES FRIGANES, 115
le corps; elles ont des stries longitudinales
très marquées, d’une couleur plus foncée
que les ailes, dont le bord intérieur est
garni de poils.
Les pates sont longues et épineuses.
Elle habite l’Europe ; on la trouve aux
environs de Paris au bord des eaux.
La Frigane bimaculée, Phriganea
bimaculata.
Cette espèce a environ quatre lignes et
demie de long; ses antennes sont très longues,
composées d’un grand nombre d'articles
noirs et blancs; ses ailes supérieures sont
d’un brun foncé; elles ont vers le milieu du
bord intérieur une petite tache d’un blanc
jaunâtre; les inférieures sont noires; les
pates sont d’un brun clair. Le mâle diffère
de la femelle par la couleur de ses ailes, qui
sont noires, avec des bandes transversales
d’un gris jaunâtre; leur extrémité est un
peu pliée en dessous.
Elle habite l’Europe : on la trouve aux
environs de Paris.
116 HISTOIRE NATURELLE
Sa larve se fait un fourreau qui a la forme
d’un cornet : il est composé de. grains de
sable mélés avec du limon. Lorsqu'elle est
prête à se changer en nymphe, elle en re-
tranche le petit bout, et ne lui laisse qu’une
longueur proportionnée à celle qu’elle aura
sous la forme de nymphe. On trouve .ces
fourreaux au commencement de l’été : leur
grandeur est alors de quatre lignes, et cha-
que extrémité est à peu près de même dia-
mètre. Ils sont couchés horizontalementsur
les feuilles du nénuphar, auxquelles ils tien-
nent par les deux bouts, au moyen d’une
petite plaque de soie que la larve file au-
dessous de l’un et l’autre de ces bouts, entre
le fourreau et la feuille : ils y sont attachés
de manière que les deux ouvertures restent
libres.
Ces petites larves, qui ont aussileurs enne-
mis, ne grillent cependantpas leurs fourreaux
comme font les grandes espèces ; mais elles
ontsoin d’en fermer les deux extrémités avec
une plaque ou cloison solide, composée de
grains de sable et de terreau fort menu
qu’elles unissent ensemble avec des fils de
DES FRIGANES. e 117
soie comme ceux du fourreau même ; ce qui
fait présumer qu’elles se servent de la partie
superflue du fourreau qu’elles ont retran-
chée. Mais ce qu’il y a de remarquable, c’est
que, comme elles ont besoin sans cesse d’une
nouvelle eau , parce que, si elle croupissait,
elle leur deviendrait funeste, elles ont soin
de ménager une petite ouverture au centre
de cette cloison. Ce trou, quoïque fort petit,
est suffisant pour leur donner la communi-
cation nécessaire avec l’eau extérieure, €t
les met en même temps, par sa petitesse, à
l'abri de toute insulte.
La nymphe est petite ; elle n’a que quatre
lignes de longueur. Sa couleur est verte;
elle a sur les anneaux quatre lignes longitu-
dinales brunes formées par de petits traits
noirs; les antennes, les pates etles four-
reaux des ailes sont blanchâtres et transpa-
rens. Le devant dé la tête est armé de deux
petits crochets bruns et écailleux , destinés
“aux mêmes usages que ceux que portent les
nymphes des grandes larves de friganes. Les
ailes sont flottantes ; elles ne tiennent au
corps que par leur origine. Les antennes
118 HISTOIRE NATURELLE
sont remarquables par leur longueur; elles
s'étendent au-delà du corps de la nymphe,
et leur extrémité est roulée en spirale; le
dernier anneau est terminé par deux petits
corps déliés, écailleux, de couleur brune,
un peu courbés en crochets à leur extrémité.
En général, cette nymphe a le corps al-
longé; son ventre est à proportion plus
long que celui des autres nymphes de ce
genre , et on ne lui voit que fort peu de ces
filets membraneux qu'ont toutes les larves de
friganes.
C’est environ quinze jours après que la
larÿe s’est changée en nymphe, que paraît
l'insecte parfait. Pour prendre cette forme,
la nymphe quitte son fourreau ; car, comme
nous l'avons dit, la frigane ne serait pas en
état de forcer la plaque qui en bouche l’ou-
verture. La nymphe fait sauter cette plaque
avec les deux crochets de sa tête; ensuite
elle nage dans l’eau jusqu’au moment où
elle doit quitter sa peau; ce qui a lieu peu
à peu ; les pates desla nymphe sont garnies
d’un grand nombre de poils fins et serrés ;
de sorte qu'ils forment une espèce de frange :
: è
melti tés à
DES-FRIGANES. 119
c'est en frappant l’eau avecses pates, qu’elle
parvient à nager. On remarque la même
chose sur d’autres nymphes plus grandes;
celles des ditiques, des hydrophiles, des pu-
naïises aquatiques , etc. Les poils appartien-
nent uniquement à la nymphe : on ne les
voit plus sur la frigane. La nymphe, qui a
eu besoin de nager une fois dans sa vie, a
reçu de la nature des instrumens propres à
cette opération. Pour se défaire de sa peau, :
elle ne sort point tout-à-fait de l’eau ; elle
se place simplement de manière que le des-
sus du corps, et surtout du corselet, touche
la superficie de l’eau , comme font les nym-
phes des cousins;elle reste comme suspendue
contre cette superficie. C’est là que la fri-
gane quitte sa dépouille, en faisant crever
la peau qui couvre le corselet et la tête. La
dépouille vide reste flottante sur l’eau.
La Frigane grande, Friganea grandis.
Elle a de dix à onze lignes de long; ses
ailes supérieures sont d’un brun grisâtre,
avec des nuances cendrées, une raie longitu-
120 HISTOIRE NATURELLE
dinale noire, des taches irrégulières d’un
brun obscur, et deux points blancs vers
l'extrémité ; les ailes inférieures sont trans-
parentes, brunes, avec les bords jaunâtres;
les pates sont d’un brun jaunâtre , avec des
taches noires ; les antennes sont de la lon-
gueur du corps, brunes, annélées de gris.
Elle habite l’Europe, et est commune aux
environs de Paris.
Sa larve se forme un fourreau avec des
petits morceaux de boïs disposés longitudi-
nalement sur les côtés du corps.
La Frigane noire, Friganea nigra.
Cette petite frigane a quatre à cinq lignes
de long; elle est remarquable par ses anten-
nules; les antérieures sont extrêmement lon-
gues, d’égale grosseur, depuis leur origine jus-
que vers l'extrémité, qui est cylindrique; elles
sont couvertes de poils assez longs et serrés;
les inférieures sont courtes, peu visibles : son
corps et ses ailes sont d’un noir bleuâtre,
brillant : on voit sur les ailes supérieures
quelques taches d’un noir foncé; ces ailes
DES FRIGANES:. 127
paraissent chiffonnées à l'extrémité; les an-
tennes ont des anneaux blancs depuis la
base jusque vers le milieu, le reste est
noir ; elles sont plus longues que le corps.
Elle habite l’Europe : on la trouve aux
environs de Paris. Ces petites friganes sont
très vives. :
La Frigane rhombifère, Friganea
rhombæa.
Cette belle frigane a près de neuf lignes
de longueur; elle ressemble à une teigne ;
ses ailes supérieures sont d’un jaune un peu
brun, avec des taches brunes, irrégulières;
son corps est jaune, avec une ligne longitu-
dinale brune de chaque côté.
Elle habite l’Europe.
Sa larve, suivant Linné et Fabricius, se
fait un fourreau avec des brins de gramen,
qu’elle croise en différens sens. Geoffroy dit
qu'elle le recouvre de petites pierres et de
débris dé coquilles.
On la trouve aux environs de Paris, au
bord des eaux, où elle va déposer ses
œufs.
VII. II
.
PL
_4 + Ré nn :
122 HISTOIRE NATURELLE
XXII GENRE.
ÉPHÉMÈRE.
Caractères génériques. Antennes très courtes et
subulées; articles nombreux, à peine distincts. —
Quatre antennules très courtes, peu apparentes,
égales, filiformes; les antérieures composées de
quatre articles, les postérieures de troïs, — Ab-
domen terminé par deux ou trois filets longs et
sétacés. — Trois petits yeux lisses.
Les éphémères ontles antennes très cour-
tes, peu visibles.
La tête plus étroite que le corselet ; les
yeux à réseau arrondis, les petits yeux
lisses placés au-devant de la tête, quelque-
fois plus grands que les yeux à réseau.
Le corselet est convexe; l'abdomen long,
quelquefois cylindrique, composé de dix an-
neaux terminés par deux ou trois filets plus
longs que le corps.
Les pates sont assez longues, les anté-
rieures plus que les autres, et linsecte les
porte en avant.
L'éphémère a quatre ailes membraneuses,
DES ÉPHÉMÈRES. 123
réticulées; les supérieures beaucoup plus
grandes que les inférieures, qui dans quel-
ques espèces sont si petites, qu’elles ne pa-
raissent presque pas; elle les porte élevées
ou perpendiculaires au plan de position.
Le nom d’éphémère a été donné à ces in-
sectes À cause de la courte durée de leur vie :
il y en a qui meurent le jour même qu'elles
sont nées; il y en a qui ne voient jamais le
soleil; elles naissent ou elles sortent de l’eau
après qu'il est couché, et meurent avant
l'aurore : enfin, la vie de quelques unes n’est
que d’une heure ou de quelques heures.
D'autres éphémères vivent cependant plu-
sieurs jours dans la province d’Upsal. M. de
Giorna, qui habite Tumin, dit dans son Ca-
lendrier entomologique, que son père a vu
au mois de janvier une éphémère attachée
extérieurement À un carreau de sa croisée ;
elle y est restée jusqu’au mois de février, et
l'air s'étant réchauffé, elle s’est envolée.
Plusieurs naturalistes modernes ont fait
des observations sur les éphémères. Swam-
merdam et Blankaert parlent de celles de la
plus grande espèce, qui sortent des rivières
124 HISTOIRE NATURRKLLE
de la Hollande en été pendant trois ou
quatre jours, dans une abondance surpre-
nante : elles ne vivent que quelques heures.
Réaumur a donné l’histoire d’éphémères plus
petites, qui vivent dans les rivières de la
Seine et dela Marne, et qui, pendant quel-
ques jours d’été, paraissent en l'air par mil-
liards vers le coucher du soleil, mais qui
meurent toutes en deux ou trois heures.
Toutes les éphémères ont été des larves,
et ensuite des nymphes; c’est sous ces deux
formes qu'elles ont pris leur accroissement
au milieu de l’eau. Swammerdam prétend
qu'il ÿ a des espèces qui restent trois ans
sous l’eau. Réaumur en a vu y demeurer
deux ans, et beaucoup d’autres environ une
année. Mais quand ces insectes sont parvenus
à être habitans de V’air, ce moment est pour
eux le terme fatal; malgré le grand appa-
reil qui a été employé pour les y amener,
ils doivent périr dans l'instant où ils y ar-
rivent. Si l’histoire des éphémères, dit Réau-
mur, eût été mieux connue de ceux à qui
nous devons des leçons de morale, ils n’eus-
sent pas manqué de proposer la vie de ces
DES ÉPHÉMÈRES. 125
insectes comme une image de celle des
hommes, dont les plus heureux, après avoir
été tourmentés une longue suite d’années
par des projets inspirés -par l'amour de la
gloire, ou par celui des richesses, ne les
voient pasplus tôt remplis, qu’ils se trouvent
arrivés à un terme où tout leur devient inu-
tile, où tout ce qui les environne est pour
eux un pur néant.
Les larves d’éphémères ont six pates.
Sous l’état de nymphes, elles ne diffèrent
des larves qu’en ce qu’elles ont des four-
reaux d'ailes attachés au corselet; dans
quelques espèces , le corselet est divisé en
deux parties , dans d’autres il semble
l'être en trois; mais la partie du milieu
est étroite en comparaison des deux autres ;
la tête est triangulaire, un peu aplatie en
dessus et en dessous ; en dessus elle est cou-
verte d’une plaque écailleuse qui s’avance
entre les antennes, et y forme deux espèces
de cornes; les yeux à réseau sont assez
grands , ils sont placés près de la base de
cette plaque; les antennes sont à filets co-
niques. Au-dessous de la tête, on voit deux
120 HISTOIRE NATURELLE
parties écailleuses, longues .et pointues , un
peu courbées en dehors, qui se terminent
en pointe fine ; elles partent des deux côtés
de la bouche, et s’avancent comme deux
cornes au-devant de la tête; elles sont ar-
ticulées, et mobiles à la volonté de l’insecte :
la bouche est composée d’une lèvre supé-
rieure ; d’une lèvre inférieure et de deux
dents écailleuses à dentelures : le corps est
divisé en dix anneauxs il sort de l'extrémité
du dernier trois filets presque aussi longs
que le corps; dans plusieurs de ces in-
sectes, ces filets sont écartés les uns des au-
tres, et forment une queue remarquable ;
ceux de quelques espèces sont, depuis leur
origine jusqu'à l'extrémité, bordés des
deux côtés d’une frange de poils disposés
comme les barbes d’une plume , et aussi
proches les uns des autres que le sont ces
barbes ; d’autres n’ont de ces poils que jus-
qu'aux deux tiers de leur longueur ; d’autres
n'ont que le filet du milieu barbu, et seule-
ment le côté intérieur des deux autres. La
plupart de ces larves sont brunes ou jau-
nâtres ; elles diffèrent entre elles par les in-
DES ÉPHÉMÈRES. 127
clinations que la nature leur à données ; les
unes passent leur vie dans des habitations
fixes; chacune a la sienne, qui n’est qu’un
trou qu’elle a creusé au-dessous de la sur-
face de l’eau, dans la terre qui en forme le
bassin ; rarement elles quittent ce trou pour
nager, ce n’est guère que dans les circon-
stancés qui demandent qu’elles se creusent
un nouveau logement. Les autres sont pour
ainsi dire errantes; tantôt il leur plait de
uager, et tantôt de marcher sur les corps
qui se trouvent sous l’eau , où elles se ca-
chent sous des pierres ou sous des morceaux
de bois, ou se tiennent tranquilles sur les
mêmes corps. Celles qui ne changent point
de place et qui sont à portée d’être vues,
fixent l'attention de l'observateur; il voit
avec plaisir l'agitation vive dans laquelle
sonttdes espèces de houppes, d’une gran-
deur sensible, placées de chaque côté de
la plus grande partie du corps. Chacune
de ces houppes paraît, au premier coup
d'œil, faite de filets déliés, et il y en a
qui en sont composées. On ne saurait ex-
primer la vitesse avec laquelle chacune dé-
128 HISTOIRE NATURELLE
crit en même temps un arc d’une petite
étendue dans un sens, et ensuite dans un
sens contraire. Si on regarde ces houppes
au microscope, on juge qu’elles sont les
ouïes de l’insecte. Toutes les espèces ne les
portent pas de la même manière; les unes
tiennent les leurs parallèles au plan sur le-
quel elles sont posées; elles sont placées
comme les rames d’une galère; d’autres por-
tent leurs ouïes perpendiculaires au plan de
position, où elles les tiennent droites et éle-
vées au-dessus de leur corps; dans quel-
ques espèces, elles sont couchées sur l’in-
secte , et dirigées vers la queue. Le nombre
de ces ouies n’est pas le même pour toutes
les espèces : les unes en ont six de chaque
côté , les autres sept. La première paire part
du premier ou du second anneau, et cha-
cune des autres paires, d’un des anneaux
suivans : les trois derniers en sont dépour-
vus. Dès que le port des ouïes n’est pas le
même , et que leur nombre varie, on peut
juger que toutes ne sont pas faites sur le
même modèle. Nous renvoyons à Réaumur
pour en voir la description; nous nous bor-
DES ÉPHÉMÈRES. 129
nerons à donner celle de l’espèce la plus
commune aux environs de Paris. Cette es-
pèce est celle dont les ouiïes sont couchées
sur le corps : ces ouïes sont composées de
deux feuilles posées parallèlement l'une à
l’autre , et souvent appliquées l’une contre
l’autre , mais de grandeur inégale : la plus
petite a en tout sens environ un quart de
dimension de moins que la plus grande 3
l’une et l’autre sont plus longues que larges,
et c'est assez près de leur origine qu’elles
ont le. “plus de largeur; un de leurs côtés
est concave , c’est celui qui s'applique sur
le corps obliquement, en se dirigeant vers
la queue; l’autre, le supérieur, est con-
vexé : ce dernier est bordé par une frange
de petits corps oblongs, d’un diamètrerà
peu près égal dans toute leur longueur. Des
carps plus gros et plus pointus partent de
distance en distance de la surface con-
cave, mais ils ne sont pas assez proches
les uns des autres pour former une frange :
enfin, chaque feuille des ouies , comme
celles des plantes, est partagée en deux
parties à peu près égales, par une espèce
130 HISTOIRE NATURELLE
de grosse nervure qui va de son origine à
son extrémité. Cette nervure est creuse, et
est probablement de vaisseau destiné à re-
cevoir l’ainetà le distribuer jusqu'aux fran-
ges, jusqu'aux bords du côté convexe et du
côté concave : de ce principal vaisseau par-
tent des vaisseaux plus petits, qui prennent
leur route vers le-bord ; et qui, en s’en ap-
” prochant ,.se ramifient.
De toutes les larves qui doiventse changer
en éphémères, celles-ci, comme nous l’avons
dit, sont les plus communes aux environs
de Paris; elles offrent, la plupart des an-
nées. Sur la fin de l'été, pendant trois ou
quatre jours, une sorte de phénomène aux
Habitans des bords de la Seine. Les éphé-
mères, qui naissent etmeurenttoutes en peu
d'heures;sont en sigrand nombre, qu'après
leur mort elles couvrent entièrement le
pavé sur lequel elles tombent, et y forment
une couche si épaisse, que la terre n’est
pas mieux couverte en-hiver par la neige.
Les larves de ces éphémères ne nagent
pas dans l’eau; elles sont de celles qui se
tiennent cachées dans des trous percés dans
DES ÉPHÉMÈRES. 131
les bancs d’une terre compacte. Ordinairé-
ment ces trous sont dirigés horizontalement;
la plupart de leurs ouvertures sont un péu
ovales: on peut néanmoins en observer d’au-
tres plus oblongues. Quoïque la distribu-
tion des unes et des autres n'offre d’abord
rien de fort régulier, on remarque cepen-
dant que les ouvertures peu ovales sont
placées deux à deux sur une même ligne
horizontale , et qu'il y en a toujours deux
très proches l’une de l’autre. Après un léger
examen, on reconnaît aussi que ce n’est
pas sans raison que deux ouvertures pres-
que circulaires sont si proches; on recon-
naît qu’elles appartiennent à un seul etmême
logement, et qu'une ouverture très oblongue
tient lieu à d’autres des deux circulaires.
Cette dernière est formée de deux ouver-
tures qui ont été réunies, parce que la
cloïson qui les séparait a été emportée ;
bientôt on apprend que le logement de cha-
cune de nos larves n'est pas aussi simple
que le trou cylindrique dans lequel se tient
un ver de terre. Notre larve loge dans uné
cavité à deux branches, semblable à celle
+
132 HISTOIRE NATURELLE :
qui se trouverait dans un tube de verre
qu’on ‘aurait plié en deux. L’habitation de
chaque larve est composée de deux pièces.
C’est toujours dans une terre de la consis-
tance de celle de la glaise que ces trous
sont percés ; on n’en trouve jamais dans les
bancs de gravier. Le logement est propor-
tionné à la grandeur de l’insecte qui l’ha-
bite mais il a toujours une longueur dou-
ble de celui de son corps. Tous les vides
que le corps de l’insecte y laisse sont rem-
plis par l’eau. Les ouvertures de l’un et de
l'autre trou se trouvent au-dessous de son
niveau : l’insecte en est environné de toutes
parts, comme il le serait au milieu de la
rivière , sans‘courir autant de risque d’être
dévoré par les poissons voraces. Outre que
son habitation sert à le mettre en sûreté,
elle met à sa portée les alimens dont il
se nourrit: la transparence de son corps
permet de voir que ses intestins, qui sont
faits à peu près comme ceux des chenilles ,
sont remplis de terre. Les excrémens qu’on
lui voit rendre en certain temps, ne sont
que des grains d’une terre à qti a été
DES ÉPHÉMÈRES. 133
enlevé ce qu’elle avait de succulent. Ces
larves, qui nous paraissent si faibles, ont
cependant des organes propres à digé-
rer une nourriture aussi grossière, et Ja
nature les a pourvues d’instrumens proprés
à se la procurer et à se creuser un loge-
ment: ce sont les espèces de cornes qu’elles
ont au-devant de la tête. D’autres larves
d’éphémères nous présentent des différen-
ces : celles-ci sont d’une grande vivacité
quand elles nagent, ce qu’elles exécutent
par le mouvement du ventre , en le haus-
sant et le baïissant alternativement avec
beaucoup de vitesse; mais elles marchent
lentement sur le fond des eaux et sur les
plantes aquatiques dont elles se nourrissent.
Lorsque les larves d’éphémères ont ac-
quis toute leur grandeur, les unes après un
an , les autres après deux ou trois; elles de-
viennent nymphes , et ne diffèrent des lar-
ves, comme nous l'avons vu, que par les
fourreaux d'ailes. Pour se transformer en
éphémères, ces nymphes sortent de l’eau et
se rendent dans quelque endroit sec; elles
ne tardent guère à y quitter leur peau de
VII 12
134 HISTOIRE NATURELLE
nymphe, qui se fend au-dessus de la tête
et-du corselet; elles s’en dépouillent avec
la plus grande facilité. Après avoir quitté
la peau de nymphe ; ces éphémères s’envo-
lént et vont se placer sur des murailles, des
arbres, ou dansdes endroitssemblables. Quoi-
qu'elles soient alors pourvues d’ailes , et que
rien ne semble leur manquer, elles ont cepen-
dant encore à se défaire d’une dépouille. Pour
achever cette opération, elles se fixent quel-
que part, au moyen des crochets de leurs pa-
tes: l’éphémèrese tientensuiteforttranquille,
et attend le moment où elle pourra se tirer
de la peau dont elle est couverte: ellese met
le plus souvent dans une position verticale ,
la tête en haut; elle reste dans cette position
des heures entières : enfin, la peau du cor-
selet et de la tête commence à se fendre , et
à mesure que cette fente augmente, l’éphé-
mèreen tire toutes ses parties les unes après
les autres. Les ailes se dépouillent comme
tout le reste : elles sont tirées peu à peu
d’une pellicule qui les couvrait. La première
dépouille que quitte la nymphe tient quel-
quefois aux filetside la queue, surtout à
DES ÉPHÉMÈRES. 135
celles qui naissent les premières ; elles lem-
portent avec elles et s’en débarrassent pen-
dant qu’elles volent, Cette dépouille st un
vêtement auquel restent-attachées toutes les
parties de la nymphe qui a vécu dans l’eau,
et qui deviennent inutiles à l’éphémère qui
doit habiter l'air. La seconde dépouille reste
attachée à l’endroit où l’éphémère l’a quit-
tée. Swammerdam prétend que, dans l’es-
pèce sur laquelle il a donné des observa-
tions, le mâle est seul assujetti à ce second
dépouillement.
Les éphémères ont les mêmes parties
après commeavant cette dernière mue; elles
n’augmentent ni ne diminuent en nombre.
Ii se fait cependant du changement dans
_ quelques unes. Avant cette mue, la peau
qui couvre le corps, les ailes et les pates ,
est mate et terne, d’un brun obscur pres-
que noir , sur laquelle les taches qui parai-
tront après la mue ne sont encore que faibles
et à peine marquées; mais, après le dernier
dépouillement, la peau de l’insecte est lui-
sante ; les ailes, dans quelques espèces, sont
comme vernissées. Les couleurs dercelles de
136 HISTOIRE NATURELLE
là femelle sont presque les mêmes dans les
deux états. Avant le changement de peau ,
les ailes sont molles et flasques : cependant
l'éphémère peut s'en servir pour voler;
mais son vol est lent et pesant : après le
dépouillement , les ailes sont sèches et fria-
bles.
Cern’est qu'après avoir quitté cette der-
nière dépouille que les éphémères sont
dans leur état de perfection et capables de
se reproduire. Parmi les éphémères , il y
en a qui ont-une queue faite de trois filets
égaux en longueur, et d’autres qui n’ont
que deux grands filets ; celui du milieu est
extrémement court, il n’a pas la sixième ou
la huitième partie de la longueur des au-
tres. Celles à qui le filet du milieu manque
presque en totalité, sont les mâles : en
échange de ce filet, ils en ont quatre courts
en dessous du ventre, et qui semblent ana-
logues aux parties données aux autres mâles
pour saisir leurs femelles. A l'extrémité de
l'abdomen, le mâle à deux parties qui lui
sont propres, et qu'on ne voit point à celui
de la femelle; ce sont deux crochets cour-
ii LL. +
DES ÉPHÉMÈRES, 137
bés en arc et attachés au-dessous du neu-
vième ou dernier anneau ; il s’en sert pro-
bablement pour s’accrocher au corps de
la femelle dans l’accouplement. Chaque cro-
chet est composé de quatre pièces : la pre-
mière , qui tient au ventre, est courte et
solide ; elle est comme la base du crochet
qui y est attaché par une articulation ou
jointure au moyen de laquelle il se donne
les mouvemens nécessaires ; car l’insecte se
sert de ces crochets comme de pinces : la
seconde pièce est longue et courbée en arc;
elle a, du côté concave, une infinité de pe-
tites pointes en forme de dentelures, qui
apparemment sont faites pour arrêter le
corps de la femelle : la troisième pièce est
courte, et la quatrième, dont le bout est ar-
rondi, l’est encore davantage : l'inspection
seule de ces crochets du mâle pourrait Ser-
vir de preuve que les éphémères s'accou-
plent comme les autres insectes. L’abdomen
de la femelle diffère de celui du mâle : entre
le septième et le huitième anneau, on y voit
en dessous une ouverture par laquelle elle
pond ses œufs. Les éphémères n’ont point
138 HISTOIRE NATURELLE
de bouche sensible ; on peut croire qu’elles
ne mangent pas, ou si elles prennent de la
nourriture, ce ne peut être que le suc qui
sort des feuilles des plantes; mais on ne peut
l’assurer. Ce qu’on sait, c’est que ce sont
de petits animaux très faibles, qu’on blesse
par le plus léger attouchement.
Les femelles des éphémères sont lourdes ;
elles ne paraissent guère avoir autre chose
à faire dans leur vie, que de pondre leurs
œufs ; elles sont en état de s’en délivrer dès
qu’elles ont l’usage de leurs ailes ; il semble
même que ce soit un besoin dont elles
soient pressées ; c’est à l’eau de la rivière
qu'elles devraient les confier, et à laquelle la
plupart les confient : cependant plusieurs
laissent les leurs sur tous les corps sur les-
quels il leur arrive de tomber ou de se po-
ser. Tout a été ménagé pour qu’un insecte
qui à si peu à vivre püût finir ses différentes
opérations en très peu de temps. Il n’y a
guère de femelles qui doivent mettre au jour
un si grand nombre d'œufs, et les pondre
aussi promptement; ceux de l’éphémère
sont arrangés en deux espèces de grappes ,
DES ÉPHÉMÈRES. 139
dont chacune est composée de grains qui se
touchent. Quelques unes ont trois lignes et
demie, d’autres quatre lignes de longueur ;
leur diamètre est d'environ une ligne. Cha-
cune de ces grappes contient trois cent cin-
quante-à quatre cents œufs. Chaque éphé-
mère a donc sept à huit cents œufs à pondre,
et c’est pour elle une opération d’un moment.
Non seulement les œufs ont été disposés en
grappes, ce qui accélère la ponte, mais,
pour la rendre encore plus prompte, l'éphé-
mère les fait sortir toutes deux en même
temps. Pour se disposer à pondre, la fe-
melle relève l'extrémité de sonabdomen,
auquel elle fait faire un angle presque droit
avec le reste de son corps. C’est alors
qu’elle pousse en dehors les deux grappes
à la fois, par les deux ouvertures dont
nous avons parlé, Les éphémères qui vo-
lent à fleur d’eau s’äppuïient avec les filets
de leur queue sur l’eau même, pendant
qu'elles lui confient leurs deux grappes
d'œufs : elles n’ont pas besoin d’en prendre
d'autre soin ; la pesanteur de ces grappes,
qui surpasse celle de l’eau, les fait tomber
140 HISTOIRE NATURELLE
_ sur-le-champ au fond de la rivière: là les
œufs y sont bientôt séparés les uns des au-
tres; mais comment, dit Réaumur, ces œufs
sont-ils fécondés ? comment ont-ils le temps
de l’étre ? car il semble que chaque femelle
ne s’est pas plus tôt élevée en l'air, qu’à peine
y a-t-elle volé quelques instans, qu'elle se
rabat sur la surface de l’eau pour faire sa
ponte. En quel temps les mâles s’accouplent-
ils avec les femelles ? C’est sur quoi Réau-
mur ne sait rien de précis. Swammerdam ,
qui a observé une autre espèce d’éphémère,
prétend'que les œufs sont fécondés sans ac-
couplement ; que les mâles des éphémères
* jettent sur les œufs que les femelles vien-
nent de pondre, une laite, une liqueur vi-
vifiante, comme on croit communément
que le font les mâles de la plupart des pois-
sons. Mais notre célèbre observateur, qui
n’a pu voir l’accouplement de ces insectes ,
avait de la peine à croire Swammerdam ; il
lui paraissait impossible que des œufs qui
tombent dans l’eau au momeut où ils sor-
tent du corps de la femelle, pussent être
fécondés de la manière que Swammerdam
DES ÉPHÉMÈRES. 1h41
le prétend; mais Degéer, qui a été plus.
heureux que Réaumur, va nous apprendre
comment s’accouplent les éphémères. Il dit
que dans leurs assemblées aériennes, qui
sont composées uniquement de mâles , il a
remarqué que dès qu’une femelle se rendait
dans la mélée, ce qui arrivait fort souvent,
ceux-ci se mettaient d’abord à sa pour-
suite, et semblaient se dispuier deux ou
trois à la fois sa conquéte; qu’enfin l'un
d’entre eux parvenait à s'envoler seul avec
la femelle. Ordinairement ce couple gagne
les airs, et va se placer au haut d’une mu-
raille, ou sur un arbre; mais deux ou trois
couples s'étant posés sur un buisson, il fut
à portée de les observer. Il vit que le mâle
s'étant placé au-dessous de la femelle, re-
courbait son ventre par en haut, et qu’il en
appliquait l'extrémité contre l'ouverture
qui se trouve au ventre de la femelle, entre
le septième et le huitième anneau, et que
nous avons vu plus haut donner issue aux
œufs. L'affaire fut achevée dans un instant,
après quoi le mâle s'envola ; mais la femelle
étant restée sur la feuille, Degéer eut la
"7 — L d LL é
142 HISTOIRE NATURELLE
curiosité de s’en saisir, et faisant au ventre
une légère pression, il vit sortir de l’ouver-
ture une petite goutte d’une liqueur transpa-
rente, qui peut-être était une partie de la
semence que le mâle venait d'y verser.
Enfin, cette action du mâle était très certai-
nement un accouplement réel. Il n’a pu
observer comment le mâle s'était saisi en
l'air du corps de ia femelle avec ses deux
longues pates antérieures, qu'il soupçonne
destinées à cet usage, et comment il em-
brassait le ventre de sa femelle au moyen
des deux crochets qu'il porte au derrière.
On ignore aussi combien les œufs sont de
temps à éclore ; mais on ne doit pas douter
que dès que les larves en sortent, elles sa-
vent se faire des trous dans lesquels elles
sont À l'abri de la voracité des poissons. La
fécondité des mères étant très grande,
comme nous l’avons vu, et les petits peu
exposés, il n’est pas étonnant que certaines
années on voie sur les rivières des nuées et
des pluies de ces insectes , qu’on voit naître
en deux ou trois jours , et dans deux ou trois
heures de temps.
DES ÉPHÉMÈRES. 143
Il en est de ces différentes espèces d’in-
sectes aquatiques, qui sont une sorte de
production de différentes rivières, comme
des fruits de la terre, qui ne sont pas tous à
maturité dans le même temps. Les éphé-
mères de Hollande, ou celies dont Swam-
merdam et celles dont Clusius ont parlé,
sont, par rapport aux nôtres, ce que sont
les espèces de fruits précoces par rapport
aux fruits d’été ou d'automne. C’est vers le
commencement de cette première saison
que paraissent des nuées d’éphémères dans
un pays plus fraid que le nôtre, et ce n’est
guère que vers le milieu de l'été que de pa-
reilles nuées se montrent aux environs de
Paris; enfin, ce n’est qu'à une certaine
heure de chaque jour que ces insectes com-
mencent à sortir de l’eau pour devenir ha-
bitans de l'air, et cette heure n’est pas la
même pour les éphémères des différentes
espèces : celles du Rhin, de la Meuse, du
Lech, de lIssel et du Wabhal; celles, en
un mot, dont a traité Swammerdam, com-
mencent à voler sur ces rivières vers les six
heures du soir, c’est-à-dire environ deux
4
LE LE] Late, iéiinee: :. 1
144 HISTOIRE NATURELLE
heures avant que le soleil se couche. Les
plus diligentes de celles de la Marne et de la
Seine ne s'élèvent en l'air que lorsque le
soleil est prêt à se coucher, et ce n’est
qu'après qu'il l’est que le gros de ces in-
sectes forme des nuées : aussi les Saisons des
différentes récoltes ne sont pas mieux con-
nues des laboureurs, que le temps où les
éphémères doivent paraître sur une rivière
l'est de ses pécheurs; ils savent encore que
ce temps est compris entre quelques li-
mites , et elles ont quelquefois plus d’étendue
qu'ils ne leur en donnent; plus de chaud
ou plus de froid, des eaux plus hautes ou
plus basses, et d’autres circonstances, peu-
vent rendre une année plus avancée ou plus
tardive. Réaumur a observé que, quelle
qu'ait été pendant le jour la température de
l'air, l'heure à laquelle nos éphémères com
mencent à se tirer de leur fourreau est la
méme, et une autre heure pa raît marquée ,
par-delà laquelle il ne leur est plus permis
de le faire. Leur nombre est assez immense
pour former en l'air des nuées, et tomber
comme une grosse pluie. Pendant deux
Nat Eté hété jiéihé qu
2 … +
_ DES ÉPHÉMÈRES. 145
heures, elles obsceurcissent l'air, qui au
bout de ce temps se trouve dépeuplé. d
Les éphémères que Degéer a observées
se font voir vers la fin du printemps , en très
grande quantité, et toujours vers le coucher
du-soleil. Elles se rassemblent au nombre de
quelques centaines, et voltigent continuel-
lement du haut en bas; elles s'élèvent en
l'air, et descendent tour à tour : ordinaire-
ment elles forment des nuées qui voltigent
au-dessus de quelque grand arbre, et qui
s’enécartent rarement : elles représentent des
essaims d’abeilles assez nombreux. Quand
elles veulent s'élever, elles battent l'air fort
rapidement avec les ailes; mais dès qu’elles
sont arrivées à cinq ou six pieds au-dessus
de l'arbre, elles se laissent descendre jusque
fort près de son sommet, en tenant les ailes
étendues et dans un parfait repos; elles
planent alors comme font les oiseaux de
proie. Pendant ce temps, la triple queue
est élevée en haut, et ses filets sont écartés
les uns des autres, au point de faire entre
eux des angles droits. Il semble que cette
queue donne une espèce d'équilibre au corps,
VIT. Ù 13
hits less din agé jme: gs
146 HISTOIRE NATURELLE
qui descend parallèlement à la surface du
terrain : elles voltigent ainsi sans cesse pen-
dant deux ou trois heures. Ces éphémères
commencent constamment à voler les jours
où il fait beau , une heure avant le coucher
du soleil; alors on les voit s’élever en l'air,
et s’attrouper dans différens endroits, mais
toujours peu éloignés d’un canal ; d’une ri-
vière où d’un ruisseau. Elles y restent jus-
qu’à ce que la rosée s'élève en trop grande
abondance ; alors elles disparaissent toutes
les unes après les autres : elles se retirent sur
les murs des maisons; mais le plus ordinai-
rement sur les plantes qui environnent fes
eaux; c'est là qu’elles se tiennent pendant
la journée dans un repos parfait. Elles ne
quittent leur place que quand on les tour-
mente. Dès que le soir arrive, elles com-
mencent À se ranimer et à s'élever de nou-
veauen l'air. Le nombre des mâles surpasse
toujours de beaucoup celui des femelles :
celles-ci voltigent au-dessus de la surface
des eaux, afin d'y déposer leurs œufs. De-
géer croit que les femelles meurent peu de
temps après la ponte : le nombre de celles
Dh LS AS 1 ): à
“DES ÉPHÉMÈRES. An LT
qu'il a observées diminuait de jour en jour; :
de sorte que sur la fin il ne rencontrait plus
que: des mâles. Ainsi, suivant Degéer, les
mâles vivent plus que les femelles. 11 paraît
difficile de faire des observations décisives
sur la juste durée de la vie des éphémères ;
elles sont si délicates et si faibles, qu’elles
meurent au bout de deux ou trois heures,
quand on les renferme dans un poudrier.
Cet observateur croit qu'elles vivent plus
long-temps dans l’airlibre, parce qu'il a vu,
pendant plusieurs soirées de suite, dans le
même endroit, des réunions d’éphémères
qui lui semblaient en même nombre. Mais
cette preuve peut paraître équivoque, parce
que les mortes pouvaient être remplacées
par d’autres nouvellement nées. La vie de
ces éphémères paraît cependant être de plus
longue durée que celles dont Swammerdam
et Réaumur ont écrit l’histoire. Celles-ci ne
vivent que quelques heures, et ne sortent de
l’eau que pendant trois ou quatre jours de
l’année. Celles de Suède se montrent beau-
coup plus de jours desuite, mais ne sortent
pas de l’eau en si grande quantité. La durée
.
148 Du TSTOIRE NATURELLE
de leur vie n’est donc pas la même pour
toutes ; mais elle suffit pour leur donner le
temps de remplir l’objet pour lequel elles
sont nées : elles arrivent à l’état parfait, et
ne paraissent dans les airs que pour perpé-
tuer leur espèce. Mais qu'est devenue, dit
Réaumur, cette prodigieuse quantité d’éphé-
mères, quand il n’en paraît plus dans l’air ?
. Elles sont déjà mortes ou mourantes pour
la plupart : une grande partie est tombée
dans la rivière méme où elles ont vécu. Les
poissons n’ont aucun jour dans l’année où
ils puissent faire une aussi ample chère, où
il leur soit aussi aisé de se rassasier d’un
mets délicat, auquel les pécheurs ont donné
le nom de manne. Celles qui en tombant
dans l’eau n’ont pas été la proie des poissons,
n’en périssent guère plus tard; elles sont
bientôt noyées. Le reste des éphémères
tombe sur les bords de la rivière ou aux en-
virons. La durée de la vie de celles-ci n’est
pas si courte ; mais autant vaudrait-il pour
elles que leur fin eût été plus proche : entas-
sées les unes sur les autres, sans avoir assez
de force pour changer de place, sans se
Dareve del
1.E vigr. grande.
2.Sa Larve.
3.Lrig .rhombifère ,
Demoncley. Jour.
+. Son Fourreau.
CÉ Eple commune,
6. Tête dEphémere.
PPT Laéts m'a di ‘TÉL S de ac
DES ÉPHÉMÈRES. 149
donner aucun mouvement considérable; elles
meurent les unes après les autres ‘celles qui
poussent leur vie le plus loin, et qui sont
par rapport aux autres plus que des cente-
naires, voient tout au plus le lever du soleil.
C’est ainsi que ces ‘insectes singuliers termi-
nent leur vie, qui est si longue tant qu'ils
sont sous la forme de larves, et si courte
sous célle d’insecte parfait. On en connaît
une vingtaine d’espèces, qui toutes habitent
l’Europe : nous décrirons quelques unes de
celles dés environs de Paris.
On les a divisées en deux familles : la pre-
mière est composée de celles qui ont trois
filets à l'extrémité de l'abdomen, et la se-
conde, de celles quien ont deux.
PREMIÈRE FAMILLE.
Queue avec trois filets.
L Éphémère commune, Æ£phemera
vulgata.
Cette espèce est la plus grande de ce pays;
elle a près d’un pouce et demi d'envergure;
elle est brune; ses ailes ont cinq ou six taches
éd ab 2 M ET - ben, us: de, ali dé. Méta à
150 HISTOIRE NATURELLE
d’un brun plus foncé; le corps est mélangé
de jaunâtre et de brun; les pates sont pâles,
avec des taches obscures; les trois filets de
la queue sont beaucoup plus longs que les
ailes.
Elle habite l'Europe, près des lacs et des
rivières : on latrouve aux environs de Paris.
L'Éphémère jaune, Ephemera lutea.
Elle a cinq lignes de long ; le corps est
jaune , avec les yeux noirs, et un peu de
brun à l'extrémité supérieure des anneaux
de l'abdomen ; les trois filets de la queue
sont un peu plus longs que le corps, et
entreconpés de jaune et de brun; les ailes
sont transparentes , blanches, avec les ner-
vures peu obscures.
On trouve cette espèce dans toute l’Eu-
rope, sur le bord des eaux : elle est très
commune aux environs de Paris.
L'Éphémère à ceinture, £phemera
halterata.
Elle a environ trois lignes de long; la tête
et le corselet sont obscurs, sans taches ;
4 de:
Mu ET ET
l'abdomen est blanc, avec l'extrémité ob-
scure; la queue est formée de trois soies
deux fois plus longues que le corps ; les
deux ailes supérieures sont grandes , trans-
parentes, avec le bord extérieur noir; les
pates antérieures sont avancées , blanches.
Cette espèce est commune dans toute l'Eu-
rope.
L'Éphémère marginée, Ephemera
marginata.
Cette espèce ost un peu plus petite que
l’'éphémère commune ; son corps est obscur ;
ses ailes sont réticulées, avec le bord exté-
rieur obscur ; les trois filets de la queue
sont de la couleur du corps.
Commune aux environs de Paris.
DEUXIÈME FAMILLE.
Queue avec deux filets.
L'Ephémère veinée, Ephemeravenosa.
> LP
Elle est à peu près de la grandeur de
l'éphémère vulgaire, et de couleur brune
That
* UD à
noirâtre ; le corselet etl’abdomen sont nuan-
_cés de brun et de gris sur les côtés; le
dessous de l'abdomen est entièrement gris 3.
les filets de la queue sont gris, avec quel-
ques taches brunes; les pates antérieures
sonttrès longues et noirâtres ; les autres sont
grises , avec des taches brunes; les ailes
sont brunes , transparentes, sans taches et
sans couleur ; elles ont toutes leurs nervures
noires.
Ces éphémères, qui n’ont constamment
que deux filets, en ont trois sous la forme
de larves ;-le troisième reste en entier à la
dépouille de nymphe. Avant le dernier dé-
pouillement de peau, les filets ne sont guère
plus longs que le corps, et les pates anté-
rieures n’ont qu'un peu plus de longueur
que les autres ; mais après la dernière mue,
toutes ces parties s’allongent considérable-
ment.
Cette espèce se trouve près des eaux ma-
récageuses du Danemarck.
L'Éphémère spécieuse, Ephemera.
speciosa. :
Elle a près de six lignes de long , depuis
la tête jusqu’à l'anus ; le corps est obscur ;
les pates antérieures sont longues ; avancées ,
bleuâtres ; larqueue a ses deux filetsle double
plus longs que le corps; ; les ailes sont réti-
culées et transparentes.
Elle se trouve communément dans toute
l'Europe.
L'Éphémère horaire, Ephemera
horaria.
Elle a environ trois lignes de long; le
corps est brun ; la tête a deux gros tuber-
cules posés.sur les yeux; les pates sont blan-
châtres , et celles de devant sont très lon-
gues; les anneaux de l'abdomen sont bordés
de blanc; les deux filets de la queue sont
blancs, ponctués de noir; les ailes sont trans-
parentes , blanchâtres, avec le bord exté-
rieur plus épais et noirâtre.
On la trouve dans toute l’Europe on la
.. RE ti. : cd hi. tft ur.
1 "7
154 HISTOIRE NATURELLE
voit souvent à Paris, sur les fenêtres, où
elle laisse sa dépouille.
L'Éphémère à deux ailes, Æphemera
diptera.
Cette éphémère fait une exception à la
règle générale, qui veut que tous les in-
sectes de ce genre aient quatre ailes : celle-
"ei n’en a que deux; elles sont transparentes,
sans couleur ; leurs nervures sont très fines ,
d’un brun obscur ; elles ont extérieure-
ment une large bordure d’un brun pâle ,
marquée de plusieurs taches blanches trans-
parentes près de l’origine de l'aile; cette
bordure est'traversée par une petite ligne
oblique de couleur rousse; le corps est
d’un gris ardoisé obscur, avec quelques li-
gnes d’un rouge foncé; les pates sont d’un
gris clair, un peu verdâtre ; les filèts sont
blancs , avec des points noirs.
Elle se trouve en Europe, sur le bord des
eaux.
Nous croyons devoir parler d’une espèce
dont Degéer fait la description , à cause de
DES ÉPHÉMÈRES. 155
la ressemblance de quelques unes de ses
parties avec celles de la précédente. N’ayant
pas l'individu , nous donnerons seulement
la figure de la tête, telle que nous la trou-
vons dans cet auteur, Cette espèce n’a aussi
que deux ailes extrêmement transparentes ,
avec les nervures blanches , peu marquées ;
le corps est d’un brun obscur, avec de pe-
tites lignes obliques d’un rouge foncé ; ses
pates sont grises , les antérieures très lon
gues; les filets de la queue blancs, avec des
“points noirs. Mais ce que cette éphémère a
de plus remarquable, ce sont deux yeux à
réseau, placés perpendiculairement sur le
dessus de la tête , entre les deux yeux à
réseau qu'ont ordinairement ces insectes ;
ces yeux sont assez élevés , leur partie su-
périeure est convexe , taillée à facettes très
fines; ils donnent à la tête une forme sin-
gulière ; ils sont d’un jaune roux. Outre ces
quatre yeux à facettes, on voit encore sur
‘ le milieu della tête trois petits yeux lisses.
Degéer croit que cette éphémère est le mäle
de l’espèce précédente: elle habite les mêmes
lieux.
156 HISTOIRE NATURELLE
XXIII GENRE.
t# TERMES.
Caractères génériques. Antennes moniliformes, de
la longueur du corselet; quatorze articles arrondis
et distincts. — Quatre antennules égales, fili-
formes; les antérieures composées de quatre ar-
ticles, les’ postérieures de trois. — Abdomen
simple. — Mulets sans ailes, ;
Les termès ont la tête arrondie, placée
verticalement ; leurs ailes sont très gran-
des ;, couchées , horizontales , elliptiques.
La plupart de ces insectes sont exoti-
ques : les mœurs de ceux d'Afrique ne nous
sont connues que par les détails intéressans
que Sparmann nous a donnés sur leur in-
dustrie et leur manière de vivre. Ils cau-
sent des ravages soudains et immenses dans
les propriétés de l’homme sous la zone tor-
ride. La plupart des voyageurs dont ils ont
attiré l'attention par la grandeur et la struc-
ture de leurs logemens, les ont appelés
fourmis blanches. Linné a regardé les ter-
mès comme le plus grand fléau des deux
DES TERMÉS, 15%
Indes. Ils le sont effectivement par les dom-
mages qu'ils font en dévorant et perçant
tous les bâtimens en bois , les ustensiles , les,
meubles, lesétoffes et les marchandises qu'ils
ont bientôt détruits, si on ne les prévient
à temps; car il ne faut pas moins que la
dureté des métaux et de‘lawpierre pour ré-
sister à leurs mâchoires destructives. “Les
termès, dans leur manière de vivre , ont
plusieurs ressemblances avec les fourmis ;
comme elles, ils sont réunis-en société ; ils
bâtissent des nids fort extraordinaires, la
plupart-sur la superficie de la terre, d’où
ils sortent par des passages souterrains, où
des galeries couvertes, qu'ils construisent
dès que la nécessité les y oblige, ou que
l’avidité du butin les y porte; et de là ils
vont faire au loin des excursions et des dé-
gradations. Comme les fourmis, ils sont om-
nivores ; comme elles, dans un certain temps
de leur existence, ils ont quatre ailes, et
font des émigrations et des colonies dans la
même saison. Les termès ressemblent en-
core aux fourmis dans leur activité labo-
rieuse; mais ils les surpassent , elles, les
VIX. 14
158 HISTOIRE NATURELLE
abeilles, les guëpes et les castors , et tous
les animaux connus dans l’art de bâtir. Cha-
_ que communauté est composée d’un mâle,
d’une femelle et d'ouvriers. Sparmann dé-
signe ces derniers par les noms de travail-
leurs et de soldats, parce qu’il a vu les uns
travailler et les autres combattre. Les mâles
et les femelles n’acquièrent des ailes que peu
de temps avant d’être propres à reproduire
leur espèce. Nous sommes porté à croire
que ceux que Sparmann appelle les ou-
vriers , sont les larves, et que les soldats
sont les nymples; dans les termès belli-
fqueux. Le nombre des premiers, suivant
cét auteur, est toujours le plus considérable :
il y a cent travailleurs pour un soldat. Dans
le premier état, ils ont à peu près trois li-
gnes de longueur, et vingt-cinq insectes pè-
sent environ un grain; leur forme exté-
rieure , et leur amour pour le bois, leur
ont fait donner, surtout par les Français, le
nom de poux de bois. Ils courent plus vite
que tout autre insecte de leur grosseur, et
sont sans cesse empressés dans leurs fonc-
tions.
DES TERMÉS. 159
Les soldats ou nymphes ont une forme
différente des travailleurs. Quelques auteurs
ont cru que ceux-ci étaient les mâles, et les
précédens des insectes neutres; mais, sui-
vant Sparmann; c’est une erreur. Les sol-
dats ont seulement subi un changement de
forme, et se sont approchés d’un degré de
l’état parfait. Ils sont alors beaucoup plus
gros , longs d’un demi-pouce, et égaux en
poids à quinze travailleurs. La forme de la tête
et des mandibules , que notre auteur nomme
pinces, présente encore entre ces deux in-
dividus une différence remarquable. Dans
le premier état, ces parties sont évidem-
ment conformées pour ronger et retenir les
corps; mais dans le second, leurs pinces
ont exactement la forme de deux alènes fort
aiguës, un peu dentées; elles ne peuvent
servir qu’à percer ou blesser, objet qu’elles
remplissent parfaitement , car elles £ont
aussi solides que les pinces des écrevisses ,
et placées sur une tête forte, dure comme
la corne, d’une couleur rémbrunie, et plus
grosse que tout le reste du corps; qui paraît
la traîner avec beaucoup de peine. C’est
160 HISTOIRE NATURELLE
peut-être, ajoute Sparmann , ce qui les
empêche de monter sur les plañs perpendi-
culaires.
Le troisième ordre , ou l’insecte dans
sôn état parfait, a changé de forme encore
plus que dans la première métamorphose.
La tète, le corselet et l’abdomen diffèrent
presque entièrement des mêmes parties dans
les travailleurs et les .soldats ; et de plus ;
Ninsectà, est alors pourvu de quatre ailes,
grandes, transparentés , de couleur brune ,
et qui, dans le temps de l’'émigration, doi-
vent lui Servir à aller chercher un nouvel
établissement 1. Cet insecte est très diffé-
rent sous cette yvelle forme de ce qu'il
était dans les deux autres états. On peut
; ‘cependant ouvrix vingt nids sans en trouver
un seul : on ne les y voit «uimmédiate-
ment ayant le comen entente de la saison
pluvieuse; et. c’est à cette époque qu'ils
subissent la dernière métamorphose prépa-
ratoire à leur émigration. L’insecte ailé a
‘Ilyenaune espèce dont les ailes sont rouges.
Cesnsectes sortent des plus grandes fourmilières ,
et sont très actifs et industrieux.
han à à Blé ss À à Li tac Mrs bé de: slt ET Ce im
DES: TERMÉS. 167
aussi changé de grosseur ;"sm Corps à alors
environ huit lignes de longueur, etses ailes
à peu près deux pouces et demi d’une ex-
trémité à l’autre. Ces’ insectes sont égaux
en poids àtrente travailleurs : ils ont deux
grands yeux très saillans placés derchaque
côté de la tête. Si cet organe, dit Spar-
mann, existe dans les deux premiers états ?
il n’est point apparent ; et il ajoute , que,
étant destinés à vivre sous terre, il ne leur
serait d'aucune utilité, mais qu'il leur est
nécessaire sous leûr nouvelle forme , parce
qu'ils doivent parcourir l'immense plaine de
l'air, et découvrir des régions lointaines et
inconnues. L’insecte ailé sort de son nid
lorsque la saison des pluies commence; il
attend rarement la seconde ou la troisième
ondée : si la première arrive dans la nuit,
et laisse après elle beaucoup d'humidité , le
lendemain matin toute la surface de la terre,
et surtout celle des eaux , en sont couver-
tes; car leurs ailes ne sont faites que pour
les porter quelques heures, et après le lever
du soleil on n’en trouve guère qui les aient
conservées, à moins que la matinée ne-con-
_ hé Se à : tte ile ue » : neo ét d'été SL thon.
162 HISTOIRE NATURELLE
tinue d’être pluvieuse. On les voit çà et là
épars et isolés, voltiger d’une place à l’autre.
Une seule inquiétude semble les agiter: c’est
d'éviter leurs nombreux ennemis, surtout
une espèce de fourmis qui, sur chaque ar-
brisseau , sur chaque feuille, donnent la
chasse à cette race infortunée, dont il est
probable que sur plusieurs millions il ne
sera pas donné à un seul couple de trouver
un lieu de sûreté, pour accomplir la pre-
mière loi de la nature, et de poser le fon-
- dement d’une nouvelle république.
Les termès ont non seulement pour en-
nemis les oiseaux, les fourmis de toute es-
pèce, les reptiles carnivores et tous les in-
sectes ; mais les habitans de plusieurs con-
trées, et particulièrement ceux de la Guinée,
qui les mangent ’. Cependant au milieu de
leur détresse, ajoute Sparmann, ils ou-
* M. Kœnig, dans son Essai sur l'Histoire des
Insectes, dit que dans quelques parties des Indes
orientales on fait prendre vivante, aux vieillards,
la reine des termites (c’est ainsi qu'il nomme les
femelles) pour les fortifier, et que les naturels
ont une méthode pour attraper les insectes ailés
— és ds dt dr tb RL ne or de
DES TERMÉS, 163
blient quelquefois le danger ; la plupart n’ont
plus d’ailes, mais ils courent excessivement
vite, les mâles après les femelles, sans son-
ger alors à leurs ennemis. Il a quelquefois
remarqué deux mâles poursuivant une fe-
melle,, et se disputant le prix avec ardeur;
avant 16 temps de l’émigration. Ils font deux trous
au nid, l’un au vent, l’autre sous le vent; à l'oa-
verture sous le vent, ils adaptent un pot frotté,
d’ane herbe aromatique; du côté du vent, ils font
un feu avec des matériaux d’une odeur désagréable ;
qui chassent non seulement les insectes dans lepot,.
mais quelquefois aussi des serpens à chaperon ; aussi
prennent-ils beaucoup de précaution en les délo=
geant. Par cette méthode, ils attrapent beaucoup de
termites, dont ils font, avec de la farine, différentes
pâtisseries, qu'ils vendent à bon marché au peuple.
M. Kœnig ajoute que dans la saison où cètte nour-
riture est abondante, l'abus qu’on en fait produit
une colique épidémique, accompagnée*de dysen-
terie, qui emporte les malades en trois où quatre
heures,
Les Africains sont moïins ingénieux ätles prendre
età les apprêter. Ilssecontententderamasserdansles
eaux, ceux qui y tombent lors de l'émigration. Ils en
remplissent de grandes chaudières, et les font griller
dans des pots de fer, surun feu doux, en les remuant
comme on fait le café, Ils les mangent ainsi sans
1 64 HISTOIRE NATURELLE
mais depuis leur métamorphosé, ils sont
absolument dégénérés.. Un des plus actifs ,
des plus industrieux , des plus ardens à la
proie”, un des plus farouches petits animaux
quisoient au monde, est tout à coup devenu
-leplus innocent; le plus poltron de tous les
saüce et sans autre apprêèt, et les trouvent délicieux.
Fe à portent à la bouche à pleines mains. Notre
ren a goûté plusieurs fois d’apprêtés de cette
manière , et ils lui ont paru un manger délicat,
nourrissant et sain. Ils sont quelquefois plus < doux,
is point aussi gras ni aussi rassassians, ‘ajoute
Sparmann, que le ver palmiste, la larve du cureulio
palimarum , qu’on sert sur les meilleures tables des
Indes oécontalle, et surtout sur celles des Fran-
cais, comme le mets le plus délicienx de ces con-
trées.
A la suite de cette note, nous trouvons que sir
Hans Sloane dit que le ver du cotonnier est estimé
par les Indiens et les nègres au-dessus de la moelle.
C’est un gros ver blanc, qui est la larve du /amia
tribulus de Fabricius, qu’on apporte aussi d'Afrique,
où cet auteur a mangé de ces vers rôtis.
Plusieurs voyageurs sont d'accord sur le goût des
fourmis blanches ; ils trouvent qu ’elles sont un
inanger très délicat et bon. Un d'eux les compare à
de la moëlle sucrée, un autre à de la crême sucréc
et à une pâte d'amandes douces.
ns hs sa put a dd 2 “eu it: Line dé mn +
DES TERMÉS. 165
êtres, incapable de faire résistance au.moin-
dre insecte. On.le voit entouréed’un millier
de fourmis qui traînent à leurs nids cette
victime. Quelques uns cependant ont le bon-
heur d’ échapper à tant.de périls. Ils sont
rencontrés par quelques insectes travailleñrs
qui courent continuellement près de la *sur-
face de la terre, sous-leurs galeries couvet=
tes, et alors ils, sont élus rois et reines de
nouyeaux'états, Tous ceux qui ne sont : pas
ainsi conservés , “périssent. infailliblement
et sans doute dans l’espace.d’un jour.
C'est parce que les travailleurs protégent
ce couple heureux le jour du massacre et
encore long-temps après que Sparmann a
cru devoir employer le terme d'élection.
Aussitôt qu'ils l'ont mis à l'abri du danger,
les travailleurs les enferment dans une pe-
tite chambre d'argile proportionnée à leur
grandeur ; à laquelle ils ne laissent d’abord
qu’une ne entrée, qui ne peut donner
passage qu'aux travailleurs et aux soldats :
ainsi cés sujets Yolontairgs s'imposent l’obli-
gation de pourvoir aux. besoins de leurs
souverains, ct à ceux de leur nombreuse
166 HISTOIRE NATURELLE
lignée; de même que celle de les défendre
jusqu'à ce qu'ils aient produit une famille
capable de partager au moins cette tâche
avec eux. Sparmann, qui n’a jamais vu
l’accouplement de ces insectes, croit que
c’est alors qu'il a lieu; peu après cette épo-
que; l'abdomen dela femelle commence à
s'étendre par degrés, et à s'élargir à un
point, que dans une vieille reine, il est
quinze cents fois ou deux mille fois plus vo-
lumineux que le reste de son corps, et
égale en pesanteur vingt ou trente mille
fois un travailleur. La peau entre les seg-
mens de l’abdomen s'étend dans toutes les
directions, et à la fin, ces segmens sont
éloignés d’un demi-pouce les uns des autres,
quoique d’abord la longueur de l'abdomen
entier ne füt pas d’un demi-pouce., Ces
segmens conservent leur couleur brunâtre,
et la partie supérieure de l'abdomen est
marquée par des raies brunes, transversales,
régulièrement placées. Les intervalles qui
sont entre ceS raies sont couverts d’une
peau transparente. Sparmann présume que
lorsque l'abdomen a atteint la longueur
DES TERMÉS. 167
de trois pouces, la femelle doit étre âgée
de plus de deux ‘ans. Il en a trouvé qui
avaient presque deux fois cette mesure.
L’abdomen est alors d’une forme oblongue
et irrégulière; il est contracté par les mus-
cles de chaque segment, et il est une vaste
matrice remplie d'œufs. Cette singulière ma-*
téice est aussi étonnante, suivant notre au-
teur, par son mouvement péristaltique que
par sa grosseur : elle pousse sans relâche ses
œufs au-dehors, jusqu’au nombre de soixante
dans une minute, et il a vu de vieilles reines
en pondre quatre-vingt mille et plus dans
les vingt-quatre heures. Quelle étonrante
fécondité, si Sparmann ne s’est pas trompé
dans son calcul !
Le roi, après avoir perdu ses ailes, ne.
change plus de forme, et ne parait pas aug-
menter en grosseur : il se tient ordinaire-
ment caché sous un des côtés du vaste ab-
domen de la femelle. Il ne paraît pas être
le principal objet des soins des autres in-
sectes.
À mesure que la femelle pond, les œufs
sont pris par les travailleurs, dont il y a tou-
Ed MORE Les 1 ne AM À DE QUAÉ dé mise Liu
168 HISTOIRE NATURELLE
jours‘un nombretsüffisantfen attente dans la
chambre de la féméllé ét dans les galeries
adjacentes, etsont portés dans des logemens
séparés que Sparmann appelle rowrriceries.
Là, les petits, lorsqu'ils sortent de l’œuf,
sont pourvus de tout jusqu’à ce qu'ils soient
*en étatide se procurer eux-mêmes leur sub-
sistance, ct de prendre palaux travauk de
la société.
Après avoir suivi Sparmann dans l'inté-
ressante description du termite belliqueux ,
térrmès fatal de Linné et dé-Fabricius, es-
pèce la plus grande et la miéux connue en
Afrique, celle qui bâtit les nids les plus
grands, les plus curieux et les plus multi-
pliés dans l’île des Bananes, êt dans toutes
“les parties adjacentes du continent; et dont
les sociétés sont les plus nombreuses, il
nous réste à voir l’industrie de ces insectes
singuliers dans la construction de leurs
nids.
Parmi les cinq espèces de termites que
décrit notre auteur, qui sont le fatal,
V'atroce, le destructeur, le mordant et celui
des arbres, les uns bâtissent leurs nids sur
Léa den Libé c'e nu
nié it Have
DES TERMÈS. 169
la surface de la terre, ou partie dessus,
partie dessous; les autres sur les branches
des arbres, et quelquefois à une très grande
hauteur. La figure extérieure des édifices
du termès fatal est celle d’un petit mont
plus ou moins conique, d’une forme élégante
et approchant de celle d’un pain de sucré;
leur hauteur perpendiculaire est de dix ou
douze pieds au-dessus de la surface de la
terre, souvent recouvert de gazon et autres
plantes dont les graines ont été apportées
par les vents. Chacun de ces édifices est
composé de deux parties distinctes, l’exté-
rieur et l’intérieur. L’extérieur est une large
écaille de la forme d’un dôme, assez vaste
et assez forte pour protéger l’intérieur
contre les vicissitudes de l'air, etles habita
contre les attaques de leurs ennemis. Chacun
de ces édifices est divisé en un grand nom-
bre d’appartemens, qui sont le domicile du
mâle et de la femelle, le lieu où est nourrie
leur nombreuse lignée, et les magasins, qu'on
trouve toujours pleins de provisions. Ces
provisions, au premier coup d'œil, ne sem-
blent être que de la râpure des bois ou
VIT, 15
170 HISTOIRE NATURELLE
plantes que ces insectes détruisent; mais ce
sont des gommes ou jus épaissis des plantes.
Ces gommes sont rassemblées en petites
masses : les unes ressemblent au sucre qu’on
voit autour des conserves de fruits, les au-
tres à de petites larmes de gomme. Les
pièces qui sont occupées par des.œufs et
des petits, sont entièrement composées de
parcelles de boïs, qui semblent unies en-
semble par des gommes. Ces édifices sont
extrêmement serrés et divisés en plusieurs
petites chambres de forme irrégulière; on
n’en trouve pas une de la grandeur d’un
demi-pouce; elles sont placées autour des
appartemens de la mère, et aussi près qu’il
est possible. Quand le nid ne fait que com-
encer à se former, ces pièces sont atte-
nantes à la chambre de la femelle; mais à
mesure qu’elle pond, les ouvriers les élar-
gissent ou en construisent de plus grands.
Les logemens ou rourriceries sont renfermés
dans des enveloppes d'argile, pareilles à
celles qui contiennent les magasins, mais
beaucoup plus larges. A la naissance du nid,
elles ne sont pas plus grandes qu’une coquille
DES TERMÈS. 171
de noix; mais dans les grands monticules ,
elles sont souvent aussi grosses que la tête
d’ün enfant d’un an. .
La chambre royale est à peu près deni-
veauavecla surface de la terre, à unedistance
égale de tous les côtés du corps de logis, et
directement sous le sommet du cône. Tous
les appartemens qui l’environnent compo-
sent un labyrinthe compliqué, qui s'étend
de tous côtés à un pied et à même plus de
distance de cette chambre. Les pièces sont
séparées les unes des autres par des galeries
qui se communiquent, et qui se prolongent
de tous les côtés jnsqu'à la coque supérieure
qui couvre le tout. Les galeries ou conduits
qui sont pratiqués dans les pièces les plus
basses de l'édifice, sont plus larges que
calibre d’un gros canon. Tous sont enduits
d’une couche fort épaisse de la même argile ré
dont le monticule est formé: ils aboutissent
à tous les appartemens tant anciens que
nouveaux : ils descendent sous terre jusqu’à
la profondeur de trois ou quatre pieds..C’est
là que les ouvriers vont prendre le gravier
fin, qui, travaillé dans leur bouche, prend
192 HISTOIRE NATURELLE
la consistance d’un mortier, et devient une
argile s solide et pierreuse; dont le monticule
ét tous les bâtimens sont construits, excepté
lés”nourriceries® Les galeries souterraines
sont les principaux passages par où les tra-
vailleurs et les soldats vont et reviennent ;
M du bois, du mortier; dél’eau ou des
provisions. Ces insectes oht soin de donner
à Ces chemins une pente douce ; parce que
les travailleurs montent très difficilement un
terrain X pic; et leS soldats nesle peuvent
point du tout.
On. voitencoré d’autres nids qui ont une
forme eylindrique; “hauts*d’environ deux
ds; ; ils sont construits par le termès
roce et le termès mordant. Lafigure ex-
jeure de ces nids est plus curieuse que
dés nids du termès fatal ; mais l'inté-
ni nest pas aussi bien distribué, Ces cy-
res Sont si solidement bâtis, qu'on les
renverse plutôt à leur fondèment qu'on ne
Les rompt dans leur-milieu. Ceux que bâtit
le termès ‘des arbres ne ressemblent, ni
pour la forme ni pour la matière, à ces deux
sortes de nids ;ÿilsesont sphériques et bâtis
“+ métis. jé sb
. Re" ET A :
L
DES TERMÈS. 173
dans les arbres, Ils sont quelquefois posés”
entre les tiges, et souvent sur une seule”
branche qu'ils environnent à la hauteur de”
soixante-dix ou quatre-vingts pieds. On ent
voit d'aussi spacieux qu’une harrique de
sucre : cependant ceux de cette grosseur
sont rares. Ils sont composés de parcelles de
bois et. de différentes gommes, et de sucs
d’arbres dont les insectes forment une pâte
avec laquelle ils construisént de petites cel-
lules ivrégulières. Ces nids renferment une
immense quantité d'insectes jeunes et vieux :
les habitans lès recherchent pour en nour-
rir la volaille, Tous ces nids renferment,
comme ceux du fatal, trois sortes d’indi
vidus. Les termès des arbres placent quel-…
quefois leurs nids sur les toits, ou sur quel …
que autre partie des maisons, et y font de
grands dégâts; mais la plus grande espèce
est la plus destructivé :uils s’avancent sous
terre, descendent sous les fondemens des
maisons ét des magasins, pénètrent dans les
poteaux qui forment les côtés des bâtimens ;
ils les percent d’un bout à l’autre, et les
vident entièrement. D'autres entrent dans les
de dite de EE ET
174 HISTOIRE NATURELLE
solives, parviennent jusqu’au toit, mangent
“les feuilles et les branches de palmier qui
“servent de couverture, et en peu de temps
als ruinent une maïson de fond en comble.
On ne voit le mal que lorsqu'il est sans re-
mède, parce que ces insectes ne percent ja-
mais la surface en aucun endroit; de sorte
qu’une planche épaisse d’un pouce, qui pa-
raît solide, n’a pas plus de poids que deux
feuilles de carton. Lorsque les termès des
arbres entrent dans un coffre, ils y font
assez souvent leurs nids# ils le dévastent à
loisir, et détruisent tout ce qu'il contient.
Ils attaquent rarement les arbres vivans;
mais jamais, à ce que présume Sparmann,
avant qu'il ne paraisse aux racines quelques
signes de corruption, Enfin, dit cet auteur,
ñ est presque impossible de rien laisser sur
terre de pénétrable qui y soit en sûreté :
placez-le où vous voudrez, ils sauront le
découvrir avant le lendemain, et sa des-
truction, ordinairement, ne tarde pas à
suivre. Les forêts ne restent pas long-temps
embarrassées des arbres tombés, et la des-
trüction totale des villes abandonnées est si
DES TERMÉS. 175
complétement opérée, que dans deux ou
trois années un boïs épais les a remplacées ;
et à moins qu’on n’ait employé des poteaux
de bois de fer, auquel ils ne touchent jamais,
on ne trouvera pas le moindre vestige d’une
maison. Le premier objet dont on est frappé
à l’ouverture d’un de leurs nids, est la con-
duite des soldats. Si on fait une brèche
dans une des parties les plus minces du moñ-
ticule , et qu’on la fasse brusquement, dans
l’espace de deux ou trois secondes un soldat
paraît et rôde autour de la brèche ;il rentre
quelquefois, comme pour donner l'alarme ;
mais le plus souvent il est suivi par deux
ou trois autres, courant le plus vite qu'ils
peuvent, et en désordre. Ceux-ci sont bien-
tôt suivis par une troupe nombreuse, qui.
sorte aussi promptement que l'ouverture
le permet. Il est difficile, dit Sparmann ,
de décrire la furie de ces insectes "dans leur
précipitation, ils manquent souvent leur
proie, et roulent le long des "côtés du dôme;
mais ils se remettent aussitôt ; ils mordent
tout ce qu'ils rencontrent. Tant que l'attaque
176 HISTOIRE NATURELLE …
continue, ils sont dans la plus violehferagi-
tation. Si l’un d’eux peut s'attacher à quel-
ques parties du corps d’un homme , il fait
sortir en un instant assez de sang pour ba-
lancer le poids de son corps entier. Îs ac-
.…crochent profondémient leurs mâchoires dès
_ le premier coup, et jamais nelâchent prise ;
ils se ra à racher le corps «par mor-
ux säns faire la moindre tentative pour
» se sauver. Mais dès qu’on s'éloigne, en moins
| d'une demi-heure ils sont retirés dans le:
nid. ;
Telleest l’histoire de ces insectes destruc-
teurs dônt on ne peut s'empêcher d'admirer
l'industrie. Nous donnerons la figure du
termès fatal. |
Le Termès fatal, Z'armes fatale.
… Cet inSecte a plus de deux pouces d’en-
vergure , les ailes étendues ; iLest en dessus
de couleur brtifes ses antennes sont de la
longüeur du corsélet ; lé corselet est composé
de trois segmens ; l'abdomen est gros ; cy-
... +
à ! DES TERMÈS. 177
lindri les ailes sont päles, le bord ext.
- térieur des supérieures est testacé ; les pates
sont de longueur moyenne. -
Le mulet a près de six lignes de long; la
tête et les mandibules forment la moitié de
_cette longueur. ;
On le trouve dans les Indes et en Afltée. {
Nousrenvoyons aux généralités pour voir
les mœurs de cet insecte. #
nt, és
Rs: sue
.N" w
à
na he dé
he. de Ve
—_—___—__—_—_—_ = : = - A
HISTOIRE NATURELLE
DES INSECTES.
ORDRE TROISIÈME. *
LES HYMÉNOPTÈRES. |
es
Las
A AR A
CARACTÈRES DES GENRES
DE L'ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES. Y
r
PREMIÈRE SECTION. .
Bouche sans trompe,
G. Fourmi.
Ares filiformes, brisées; premier ar-
ticle très long et cylindrique.
Quatre antennules courtes, filiformes; les …
antérieures un peu plus longues, composées
de six articles égaux ; les postérieures de
uatre.
q s,,
+ _
Av
180 HISTOIRE marunELzR #
1 Ventre attaché au corselet, par un bédis
4 cule; petite écaille saillante entre deux.
à Point d’ailes dans les mulets.
Trois petits yeux lisses.
G. Mutille.
“À Antennes courtes, filiformes ; . prémier
article long.
| Quatre antennules inégales; les antérieures
1 un peu plus longues, composées de six ar-
| ticles, dont le troisième conique est assez
“gros, le dernier cylindrique et plus mince;
* + les postérieures composées de quatre articles
- « moniliformes, dont le dernier plus petit,
Da Aiguillon simple et très fort caché dans
_ l’abdomen.
| Point d’ailes dans les mulets.
Trois petits yeux lisses.
G. Frélon.
Antennes courtes, filiformes ; premier ar-
ticle long et cylindrique; les autres très
L
Fe
gr
te antennules inégales; les antérieures
composées de six articles, dont le second, le
doddléé > sil Li , a
DES HYMÉNOPTÈRES. 187
troisième et le quatrième gros et coniques ;
les postérieures composées de quatre ar-
ticles , dont le premier très mince à sa base.
Aïguillon simple, pointu, caché dans
l'abdomen.
Trois petits yeux lisses,
G. Guépe.
un
Antennes filiformes , brisées ; premier ar-
ticle long et cylindrique; le second long et
presque conique.
Quatre antennules filiformes; les anté-
rieures un peu plus longues, composées de
six articles; les postérieures de quatre, dont
le dernier très court et très petit.
Aiguillon simple et très pointu, caché
dans l’abdomen.
Corps ras.
Trois petits yeux lisses.
G. Leucopsis.
Antennes courtes, droites, un peu plus
grosses par le bout; articles courts, peu
distincts.
Quatre antennules courtes; les antérieures
Vi 16
_-
#
_
un 0m MÉRÈR AE DE A dd, à dé matt Abd à lon
182 HISTOIRE NATURELLE
composées de quatre articles, les posté-
rieures de trois.
Ventre attaché au corselet par un pédi-
cule court.
Aiguillon triple, recourbé, releyé et ap-
pliqué sur le ventre dans la femelle.
Trois petits yeux lisses.
G. Chrysis.
Antennés courtes, filiformes; premier ar-
ticle un peu plus long, les autres courts et
égaux.
Quatre antennules filiformes, inégales; les
antérieures une fois plus longues, composées
de cinq articles; les postérieures de quatre,
dont le premier à peine distinct.
Ventre attaché au corselet par un pédi-
cule court.
Aiguillon simple, pointu, caché dans
l'abdomen.
Trois petits yeux lisses.
.G. Tiphie.
Antennes courtes, filiformes, roulées en
spirale ; premier article un peu plus gros et
” plus long.
DES HYMÉNOPTÈRES. 183
Quatre antennules inégales, filiformes ; les
antérieures un peu plus longues, composées
de six articles égaux ; les postérieures de cinq.
Ventre attaché au corselet par un pédi-
cule court.
Aiguillon simple, caché dans l'abdomen.
Trois petits yeux lissés.
G. Évanie.
Antennes filiformes , assez longues ; pre-
mier article très long, presque cylindrique ;
les autres courts, égaux, peu distincts.
Quatre antennules inégales; les anté-
rieures plus longues, filiformes, composées
de six articles; les postérieures de quatre,
dont le dernier en masse.
Ventre comprimé, presque triangulaire,
attaché au corselet par un long pédicule.
Aiguillon très petit, caché dans lab-
domen.
Trois petits yeux lisses. Û
G. Zchneumon.
Antennes sétacées, longues, vibratiles ;
articles nombreux, très courts, peu dis-
tincts,
‘ui 1 Vin dt 8 ( dus de nt ‘6 à de de. LA Shen. és AR dan St : lo
184 HISTOIRE NATURELLY
Quatre antennules inégales, filiformes ; les
antérieures un peu plus longues, composées
de six articles; les postérieures de quatre.
Ventre attaché au corselet par un pédi-
cule long et mince.
Aiguillon flexible, long et divisé en trois
pièces dans la femelle.
Trois petits yeux lisses.
G. Urocére.
Antennesfiliformes ; articles courts, égaux,
cylindriques et distincts,
Quatre antennules très courtes, inégales ;
lés antérieures composées de deux articles
égaux, les postérieures de quatre articles,
dont les derniers plus gros.
Ventre joint au corselet, et terminé par
une pointe forte, un peu aiguë.
Aïguillon dentelé, caché sous une gaine
creusée en gouttière , dans les femelles.
Trois petits yeux lisses.
G. Cimbex.
Antennes en masse, un peu plus courtes
que le corselet,
tai Re at M dd ide al
DES HYMÉNOPTÈRES, 185
Quatre antennules filiformes; les deux an-
térieures un peu’plus longues, composées de
cinq articles; les deux postérieures de quatre.
Ventre joint au corselet.
Aiguillon dentelé, caché dans l'abdomen
dans les femelles.
Trois petits yeux lisses.
G. Tenthrède.
Antennes filiformes, plus longues que le
corselet; articles égaux, distincts, cylindri-
ques.
Quatre antennules inégales, filiformes; les
antérieures plus longues, composées de six
articles; les postérieures de quatre.
Ventre joint au corselet.
Aiguillon dentelé, caché dans l'abdomen.
Trois petits yeux lisses.
G. Diplolèpe.
Antennes filiformes, longues; quatorze
articles cylindriques, égaux , très distincts.
Quatre antennules courtes; les antérieures
filiformes, composées de cinq articles égaux;
les postérieures de trois, dont le dernier en
masse,
Le. + 1 ME, chi né cts és ur dE dt ds |
186 HISTOIRE NATURELLE
Ventre un peu comprimé: :
Aiïguillon caché entre deux lames du
ventre. *
Trois petits yeux lisses.
.
G. Cinips.
Antennes filiformes, brisées ; premier ar-
ticle très long et cylindrique, le second pe-
tit, les autres courts, égaux, peu distincts.
Quatre antennulés courtes, inégales,
presque en masse; les antérieures un peu
plus longues, composées de six articles; les
postérieures de cinq.
Ventre un peu comprimé.
Aiguillon courbé et caché entre deux
lames du ventre.
Trois petits yeux lisses,
DES MYMÉNOPTÈRES. 187
DEUXIÈME SECTION.
Bouche avec une trompe.
G. Chalcis. k
Antennes courtes, filiformes, un peu
plus grosses par le bout; premier article
plus long et cylindrique.
Quatre antennules filiformes;, les anté-
rieures un peu plus longues, composées de
six articles presque égaux; les postérieures
de quatre. ;
Ventre presque globuleux, attaché au
corselet par un long pédicule.
Aiguillon caché dans l'abdomen.
Cuisses postérieures renflées.
Trois petits yeux lisses.
G. Spheæ.
Antennes un peu plus Aongues que le cor-
selet, filiformes, en spirale ; onze articles
égaux, cylindriques, distincts,
Quatre antennules filiformes, presque
égales; les antérieurestun peu plus longues,
composées de six articles; les postérieures
dé quatre,
188 HISTOIRE NATURELLE
Ventre attaché au corselet par un pédi-
cule plus ou moins long.
Aiïguillon pointu, simple, caché dans
l'abdomen.
Trois petits yeux lisses.
G. Scole.
Antennes épaisses, filiformes, un peu
renflées au milieu ; premier article allongé,
les autres à peine distincts, courts, égaux
et cylindriques.
Quatre antennules courtes, un peu plus
épaisses à leur base; les antérieures compo-
sées de six articles, les postérieures de quatre.
Ventre attaché au corselet par un pédi-
cule court.
Aiïguillon simple, très fort, très pointu,
caché dans l’abdomen.
Trois petits yeux lisses.
G. Thinne.
_ Antennes courtes, cylindriques; premier
article court, gros, presque rond ; les autres
égaux , peu distincts.
Quatre antennules égales, filiformes ; les
h HOT Die ee Su mbit nd LL
DES HYMÉNOPTÈRES. 189
antérieures composées de quatre articles,
les postérieures de trois. -
Ventre attaché au corselet par un pédicule
court,
Aiïguillon petit , simple, caché dans l’ab-
dome.
G. Bembex.
Antennes filiformes, courtes ; premier ar-
ticle long et cylindrique, les autres courts
et égaux.
Quatre antennules courtes , inégales, fili-
formes; les antérieures composées de six
articles, dont le pénultième très court ; les
postérieures composées de quatre, dont les
deux derniers plus courts que les autres.
Ventre attaché au corselet par un pédi-
cule court.
Aiguillon simple et pointu, caché dans
l'abdomen.
Tarses antérieurs ciliés.
Trois petits yeux lisses. d
G. Andrène.
Antennes courtes, filiformes; premier
ER ES nn rend Mat
: Âge
w
190 HISTOIRE NATURELLE
article long, mince à sa base; le second
très petit; les autres égaux, cylindriques.
Trompe divisée en trois pièces ; Suçoirs
enfermés dans une gaîne.
Quatre antennules filiformes , inégales ;
les antérieures composées de six articles, les
postérieures de deux.
Aiguillon simple, caché dans l’abdomen.
Trois petits yeux lisses,
G. Abeille.
Antennes filiformes , courtes, brisées ;
premier article très long , les autres courts,
égaux:
Trompe divisée*en cinq pièces ; suçoirs
libres, enfermés à leur base dans une
gaîne.
Quatre antennules sétacées, très courtes ;
les antérieures composées de six articles,
les postérieures de cinq.
Aiguillon simple, très pointu , cäché
- dans l'abdomen. \
Trois petits yeux lisses.
os dit ci teste fie crie din dons,
| La
DES HYMÉNOPTÈRES. 197
G. ÆEuccre.
Antennes longues, filiformes; articles
égaux, presque cylindriques:
Trompe divisée en sept pièces ; suçoirs
libres.
Quatre antennules courtes, filiformes,
inégales; les antérieures un peu plus longues,
composées de six articles; les postérieures
de deux.
Aiguillon simple et pointu, caché dans
l'abdomen.
Trois petits yeux lisses.
G. Nomade,
Antennes filiformes, courtes; premier ar-
ticle un peu plus long que les autres.
Trompe divisée en cinq pièces ; suçoirs
libres.
Quatre antennules filiformes, très courtes;
les antérieures composées de six articles, et
les postérieures de quatre.
Aiïguillon simple, pointu, caché dans
l'abdomen.
Trois petits yeux lisses.
w
192 HISTOIRE NATURELLE
tt tt tt dattes
ORDRE TROISIÈME.
DES: HYMÉNOPTÈRES.
Ls insectes les plus industrieux , les plus
courageux, les plus intéressans , sont pla-
cés dans l’ordre nombreux des hyméno-
ptères; c'est surtout parmi ces animaux que
se rencontrent ces espèces remarquables par
un instinct voisin de l'intelligence; c'est ce
qui les a fait étudier de tout temps avec plus
d'attention, et ce qui a rendu plusieurs d’en-
tre eux l’objet d’une admiration devenue
quelquefois exagérée. Les abeilles, les gué-
pes , les ichneumons , les sphex, les cinips ,
n'offrent-ils pas assez de faits singuliers et
vrais, pour piquer la curiosité de l’homme
le plus indifférent aux phénomènes de la
nature? Fallait-il rendre la vérité suspecte,
en l’enveloppant de tous les ornemens de la
fable ?
Nous allons présenter l’histoire des hymé-
noptères dépouillée de tous ces ornemens
DES HYMÉNOPTÈRES. 193
étrangers et inutiles : nous espérons qu'il
restera encore assez de faits singuliers pour:
intéresser l’homme le plus léger, et faire
méditer celui qui est accoutumé à réfléchir
sur les phénomènes de la nature.
Quoique plusieurs hyménoptères aient
des couleurs métalliques assez éclatantes,
ce ne sont cependant pas les plus brillans
des insectes ; ils n’approchent point, par
cette qualité, des papillons et-des coléo-
ptères. Dans les plus petits animaux comme
chez les hommes, l'éclat extérieur se trouve
rarement réuni dans le même individu avec
de grandes qualités morales. Les abeilles ,
les fourmis, les bombyces à soie, ne sont
point couverts de l’or ui des brillantes cou-
leurs que l’on voit sur les lourdes cétoines,
sur les buprestes, les cantharides , etc. La
vertu, l'esprit , ne sont pas une suite néces-
saire des grandes richesses; c’est une von-
solation que la nature semble avoir réservée
pour le pauvre, et dont elle lui offre sans
cesse des exemples parmi les animaux. Les
plus brillamment habillés sont rarement les
plus industrieux ou les plus-utiles.
VII. 17
194 HISTOIRE NATURELLE
Mais si les couleurs de la plupart des
hyménoptères sont ternes , leurs membres
sont déliés, ce qui rend leurs mouvemens
légers et faciles.
Ils ont quatre ailes membraneuses; les
nervures qui soutiennent la membrane
mince et transparente qui forme ces ailes
sontmoins nombreuses, moins anastomosées
que dans les névroptères; elles partent de
la base de l'aile en divergeant, et forment
seulement entre elles quelques anastomoses,
C’est cette structure de leurs ailes qui leur
a fait donner le nom: d’.yménoptères, qui
veut dire ailes membraneuses par excel-
lence. C’est aussi un des caractères distinc-
tifs de ces insectes. Les limites sont diffi-
ciles à établir, il est vrai, entre ces deux
structures des ailes; maïs aussi ce caractère
n'est pas le seul, comme nous le verrons.
Ces quatre ailes sont de grandeur bien diffé-
rente. Lesinférieures, qui sont aussi un peu
postérieures , sont beaucoup plus petites que
les supérieures : elles sont l’une et l’autre
étroites, rétrécies à leur insertion, et peu
grandes relativement à celles des névroptè-
Le bé: “ji PEUT TU
DES HYMÉNOPTÈRES. 195
res; cequin’empéche pas ces insectes de voler
avec légèreté et rapidité, et beaucoup mieux
que certains névroptères à grandes ailes,
tels que les panorpes, myrméléons, ascala-
phes, perles, etc. ,
La tête des hyménoptères est grosse, sou-
vent plus large que le corselet les yeux
sont saillans, surtout ceux à réseau ; * de
petits yeux lisses, au nombre de trois, sont
placés sur le sommet de cette tête.
Les antennes’ sont rarement filiformes ;
elles sont peu longues et presque toujours
coudées , comme brisées dans leur milieu.
Les différentes parties qui composent gé-
néralement le: corps des insectes sont ici
très distinctes. .
La tête , dont nous venons de parler, est
tronquée net postérieurement Let ne tient
au corselet que par un tube gréle et fort
court,
Le corselet est souvent bombé ; quelque-
fois comme partagé lui-même en deux par-
ties : la partie la plus mince est postérieure ;
elle n’est séparée de l’antérieure que par un
sillon transversal assez profond.
_ MAR die rte ._ cé LL
F ;
196 HISTOIRE NATURELLE
L'abdomen est presque toujours ovoide
et allongé, formé d’anneaux écailleux, très
distincts, qui sont à recouvrement les uns
sur les autres.
Dans quelques hyménoptères , cet abdo-
men, long et étroit, très mobile, et cepen-
dant susceptible d’une action assez forte,
ne tient au corselet que par un pédicule
si délié, qu'on peut le comparer à un fil. Il
est ainsi dans quelques guëpes, quelques
sphex, quelques ichneumors. On conçoit
difficilement qu'un tuyau si grêle puisse
donner passage à l’œsophage, à des nerfs,
à des vaisseaux aériens et à des tendons qui
doivent être forts et assez nombreux , puis-
que les mouvemens de cet abdomen sont
très variés.
Cette disposition donne aux hyméno-
ptères cette sorte de grâce qui accompagne
presque toujours la légèreté et la vivacité.
Ces facultés sont augmentées par la forme
et la position des pates ; elles sont toujaurs
assez longues, et semblent partir d’un même
point, de la partie postérieure du corselet.
Cette pièce des pates que nous avons nom-
ve , = 1 ‘LS
DES HYMÉNOPTÈRES. 197
mée la hanche, est plus longue et plus vi-
sible dansles hyménoptères que dans la plu-
part des autres insectes ; les pates sont dé-
liées , les postérieures sont quelquefois un peu
renflées ; dans d’autres espèces, ce sont les
antérieures qui sont dilatées ; et on doit de-
viner quelle est la cause ou la suite de cette
disposition, d’après ce que nous enavons dit:
dans le discours préliminaire. La dilatation
des pates antérieures ne se voit que dans les
mâles de quelques espèces, et sert à faciliter
l’accouplement de, ces insectes. Le renfle-
ment des cuisses postérieures donne aux ci-
nips et aux chalcis, qui les ont ainsi, la fa-
culté de sauter.
Aux parties que nous venons de décrire ,
s’en ajoute une qui ne se trouve dans au-
cune autre espèce d’insectes ,et qui devient,
par cela même , un très bon caractère dis-
tinctif des hyménoptères, c’est l’aiguillon
souvent très piquant que les femelles de tous
ces insectes portent à l'extrémité de leur
abdomen.
Nous avons déjà décrit d’une manière gé-
nérale la structure de cet aiguillon : nous
L'aca Le. MMA En Dhs. on à i Ge di ls, >
VA
198 HISTOIRE NATURELLE
n’y reviendrons point. Nous nous contente-
rons de répéter que’dans les hyménoptères ,
il est tantôt caché dans l’intérieur de l’ab-
domen, et son principal usage est d’être alors
une arme défensive; que dans d’autres es-
pèces , il reste constamment visible, et qu’il
est quelquefois même fort allongé; il sert
alors decanal conducteur des œufs. C'est à
l’aide de cet instrument, dont la forme et
la position varient, que les hyménoptères
entament les végétaux, percent la peau des
animaux ou pénètrent dans les trous et les
fentes profondes, et dans tous les autres
lieux où ils veulent déposer leurs œufs.
D'après ce que nous venons de dire, on
se représente facilement la plupart des hymé-
noptères ayant un corps léger et mobile,
porté sur de longues jambes , enlevé par des
ailes dont la rapidité dés mouvémens supplée
à l'étendue; on conçoit combien la longue
et bonne vue dont ils sont doués , ét l’aiguil-
lon poignatit dont leur abdomen mobile
est armé, doivent augmenter leur hardiesse.
Voyons actuellement quel usage ils font de
ces membres pour la conservation et la mul-
tnt iltés. el, -1hiéhlé sut. sdééin :
DAS MYMÉNOPTÈRES. 199
üiplication de leur espèce car les animaux
n’ont point d'autre but. IIS ne font servir
les moyens qu'ils ont reçus de la nature qu’à
satisfaire les besoïns peu nombreux qu'elle
leur a donnés. On a fait l’histoire d'un ami-
mal, quand on a dit comment il se conserve
et se multiplie.
Les alimens des hyménoptères sont,
comme ceux de presque tous les autres in-
sectes, de deux sortes, animaux et végé-
taux; mais tous ne les prennent pas de la
même manière : les uns les prennent solides,
tandis que d’autres les prennent liquides ;
cela établit dans leurs organes de la man-
ducation deux modes destructure différens.
Mais comme les hyménoptères forment
un ordre d'insectes très naturel, et qu'il
est bien reconnu que la bouche est un or-
gane assez important pour ne point différer
considérablement dans les insectes de même
ordre, la nature a su adapter celle des
hyménoptères À dés usages qui paraissent
opposés, sans cépendant changer le principe
sur lequel elle a construit la bouche de ces
insectes. Ainsi, quoiqu'il y ait réellement
hé die dit tte: -d/. dites. di ét
‘200 HISTOIRE NATURELLE
de ces insectes qui mâchent leurs alimens ,
tandis que d’autres les prennent liquides ,
ils n’ont cependant pas pour cela les uns une
bouche à mâchoires , et les autres une bou-
che à trompe ou à suçoir. La bouche de
tous est composée des mêmes parties : ces
parties seules sont modifiées, comme nous
allons le voir, en prenant d’abord une guêpe
pour exemple.
On voit à la partie supérieure , ou plutôt
antérieure , une lèvre supérieure concave ;
ensuite deux mandibules très fortes et den-
telées ; au-dessous sont deux mâchoires pres-
que entièrement membraneuses sur leur dos,
et dans une échancrure très sensible, sont
les palpes antérieurs; enfin , la bouche est
fermée postérieurement par la partie que
nous avons nommée la lèvre inférieure ;
elle est aussi presque entièrement membra-
neuse , et porte à son extrémité les palpes
postérieurs.
Jusqu'à présent cette bouche ne paraît
pas différer de celle des insectes à mâchoires
nommés coléoptères. Mais on remarquera,
dans les hyménoptères, que les mächoires
di éieisits . ‘udéont) cé she,
DÉS HYMÉNOPTÈRES. 201
et la lèvre inférieure sont soudéesipar leur *
base, et forment, par ce moyen, une espèce
de canal.
La différence qui existe entre la bouche
des abeilles, qui lèchent, pour ainsi dire, les
matières sucrées dont elles se nourrissent, et
celle des guëpes , semble énorme aû premier
moment. Les premières paraissent avoir une
longue langue ou trompe. Ce n’est point ici
le lieu de décrire la structure curieuse de
la bouche des abeilles; mais nous verrons
alors que cette différence n’existe que dans
les proportions des mâchoires et de la lèvre
inférieure, qui sont très allongées dans les
hyménoptères qui, comme les abeilles, sem-
blent avoir une langue.
Quoique tous les hyménoptères ne se
nourrissent point de matières solides , ainsi
que nous venons de le dire, tous cependant
ont des mandibules cornées très fortes. Mais
si elles ne leur servent point à broyer leurs
alimens , ils en font usage pour préparer les
matériaux dont ils se servent dans la con-
struction de leurs nids.
L’accouplement de la plupart des hymé-
202 HISTOIRE NATURELLE
- noptèresest très peu. connu ; et l'ignorance
où l’on est, à cet égard, est d’autant plus
fâcheuse, que cette fonction doit présenter
certainement des singularités remarquables
dans une classé d'insectes dont les femelles,
souyent plus grosses que les mâles, sont ar-
mées d’aiguillons dangereux ou incommodes.
Elles sont aussi presque toujours beaucoup
moins nombreuses. La mature multiplie or-
dinairement ses productions en raison des
difficultés qu’elles doivent éprouver à rem-
plir l’objet pour lequel elles sont créées, et
de l’importance qu’elle met à le voir exé-
cuté. Elle semble donc nous indiquer, par
cette multiplicité des mâles parmi plusieurs
espèces d’hyménoptères, que la réunion des
sexes éprouve, chez ces insectes, plus de
difficulté que chez les autres animaux.
Les femelles sont, en général, remar-
quables parleur grosseur, la petitesse de leurs
yeux et de leur tête. Les mâles, au con-
traire, ont la tête et les yeux plus forts;
mais ils sont constamment privés de laï-
guillon dont les femelles surtout sont très
bien armées.
DES HYMÉNOPTÈRES, 203 *
Si le soin que l’on prend des objets est
souvent une suite des difficultés que l’on a
trouvées à les acquérir, la nature semble en-
core nous donner uneindication des entraves
qui existent dans l’accouplement des hymé-
noptères , par la prévoyante et industrieuse
tendresse qu’elle a inspirée aux mères de
beaucoup de ces insectes pour leurs enfans.
C’est en effet parmi les hyménoptères, et
peut-être seulement parmi eux, que l’on
trouve dans les mères une tendresse presque
égale à celle que nous observons avec plai-
sir chez les animaux à sang chaud. Nous
aimons à retrouver en eux ce sentiment,
parce qu’il semble fait pour amener le bon-
heur, étqu’il y paraît même si inhérent, que
les chagrins qui résultent de son excès
portent souvent avec eux leur consolation.
La plupart des hyménoptères femelles
s'occupent non seulement de chercher un
lieu où leurs larves puissent vivre dans
l'abondance et la tranquillité; mais elles
leur construisent des habitations aussi cu-
rieuses que solides, et propres aux usages
auxquels elles sont destinées. Une femelle
sr hé bai déni SE ES os D. 2 où Le
ni - ds ho. dt dos dd.
. 204 HISTOËRE NATURELLE
toute seule, privée, par conséquent, de.tout
secours, n'ayant pour instrument que ses
dents et ses pates, jette les fondemens d’une
habitation spacieuse qui doit un jour nous
étonner par sa régularité et par sa structure.
Tantôt c’est dans de semblables habitations,
dont nous connaissons quelques unes sous
le nom de ruche , que cette mère laborieuse
dépose ses œufs ; tantôt plus courageuse
qu'industrieuse, c’est dans le corps d’autres
insectes, ou dans l’intérieur des végétaux ,
qu’une mère d’une autre espèce va déposer
ses œufs.
On peut établir comme une règle à la-
quelleje ne connais peut-être point d’excep-
tion réelle, que jamais les œufs des hymé-
noptères ne sont déposés à découvert; et
les tenthrèdes ne seraient point ceux qu’on
pourrait citer contre cette espèce de loi,
ainsi que nous le verrons. Mais si, dans ce
cas, ces hyménoptères n’établissent point
d'exception, ce sont aussi presque les seuls
dont les larves s’éloignent des autres hymé-
noptères.
Les larves des insectes de cet ordre sont
TRS Te LÈ. , ji m6 di à
DES HYMÉNOPTÈRES. . 20%.
la plupart privées.de pates, ou, quand elles
en ont, elles sont si faibles, qu’elles ne peu-
vent leur être d’aucun usage. On conçoit
que ces animaux, dépourvus de tous moyens
de se mouvoir, privés du secours de leurs
parens, qui, suivant la loi établie pour tous
les insectes, meurent avant la naissance de
leurs petits, on conçoit, dis-je, qu'ils seraient
morts de faim si la nature n'avait pourvu à
leur subsistance par des moyens nouveaux,
même inattendus , et qui nôus prouvent en-
core la fécondité de ses ressources.
On remarque parmi plusieurs genres d’hy-
ménoptères, des individus plus petits que
les autres, mais armés, comme les femelles,
d'un aiguillon; lorsqu'on les dissèque, on
les trouve privés d'organes sexuels, et lors-
qu'on les observe, on voit bientôt qu’ils ne
remplissent ni les fonctions demäle ni celles
de femelle. Ces individus , que l’on a nom-
més mulets où neutres, ne pouvant jouir
des plaisirs qui épuisent si promptementles
insectes pourvus de sexe, puisqu'ils meu-
rent peu après les avoir goûtés, ont une vie
plus longue, et peuvent voir se succéder
VIx, 18
dr. “A Rd li à à AL »; sé Mu" it Ts. 2 L 4
206 HISTOIRE NATURELLE
plusieurs générations de mâles et dle fe-
melles.
Lanatüre, en les privant du plaisir de
donner l'existence À de nouveaux êtres,
leur a confié le soin de les élever et de les
mettre en état de remplir leur place dans
l'univers.
Ce sont eux qui remplissent les véritables
et. honorables fonctions de la paternité,
puisque ce sont eux qui ont toutes les solli-
citudes de la tendresse paternelle et tous
les soins de l'éducation. Ces individus ap-
partiennent aux espèces d’hyménoptères qui
vivent en société et qui construisent de
grandes habitations. Ce sont eux qui travail-
lent à ces constructions, ce sont eux qui
vont chercher des alimens pour les larves,
qui, privées de pates , ainsi que nous l'avons
dit, ne peuvent sortir de la place où leur
mère a déposé l’œuf qui les contenait; co
sont eux aussi qui les défendent et les soi=
gnent avec tous les signes de l'attachement
leplus vif.
Tel est le premier moyen employé par la
nature pour nourrir les larves apodes de
DES HYMÉNOPTÈRES. 207
plusieurs hyménoptères. Le second est plus
simple, et se retrouve chez des insectes
- d’autres classes : il consiste à placer les larves
au milieu même de la substance qui doit
leur servir de nourriture. Les hyméno-
ptères obtiennent ce résultat de deux ma-
uières : les uns percent la peau d’un insecte
mou, où l'écorce d’un végétal ; ils déposent
dans ces lieux des œufs d’où sortent de pe-
tites larves qui se nourrissent des sucs qui
les environnent; elles font périr l'insecte
qui les leur fournit, où font naître sur les
végétaux des excroissances où ces suc$,vien-
nent S'épancher plus abondamment.
D’autres mères, douées d’une prévoyance
encore plus admirable, renferment leurs
œufs dans des cellules solides qu’elles con-
struisent exprès. Elles remplissent ces cel-
lules de la nourriture végétale où animale
qui doit convenir et suffire À la larve qui
naîtra pour attoindre son entier accroisse-
ment. Elles referment la cellule hermé-
tiquement, et meurent après avoir pourvu,
par cet ingénieux moyen, à la nourriture
de petits incapables d'aller chercher des
208 HISTOIRE NATURELLE
alimens que personne ne peut leur ap-
porter.
Il résulte de ce que nous venons de dire,
que les larves des hyménoptères , à l’excep-
tion de celles des tenthrèdes et genres
semblables, sont des espèces de vers mous,
blanchâtres, ovoides et apodes; que leur
bouche est ordinairement une simple ou-
verture, un simple suçoir; que presque
Loutes, par conséquent, se nourrissent de
matières liquides qu’elles trouvent dans les
corps où leur mèréles a déposées, ou dans
ceux qu’elle a mis en provision à côté d’elles,
ou enfin qu’elles vivent d’alimens également
liquides, qu’une troisième sorte d'individus
nommés zeutres, leur apporte et leur dé-
gorge dans la bouche, après leur avoir fait
subir une altération convenable.
Les larves de quelques hyménoptères ont
la faculté de se filer une coque composée
d’une soie très fine et toujours peu épaisse.
D'autres se changent en chrysalide à nu :
leur chrysalide est de l'ordre de celles qui
sont immobiles, mais dans lesquelles les
parties de linsecte parfait sont non seule-
à 4 LOS don 4 dd do É — —_ AR to ie Mid. Mind:
DES HYMÉNOPTÈRES. 209
ment visibles, mais encore très distinctes et
séparées les unes des autres, quoique enve-
loppées dans une pellicule commune. La
métamorphose des hyménoptères est donc
complète dans l’acception que nous sommes
convenus de donner à ce mot.
Les hyménoptères sont peu abondans au
printemps : la plupart des espèces se repeu-
plent chaque année au moyen de mères fé-
condées qui ont passé l'hiver cachées dans
quelques trous. Il faut donc qu’elles aient
eu le temps de construire à elles seules une
habitation, d’y pondre, d'élever leurs pe-
tits, pour que ces insectes puissent paraître
en nombre remarquable. Aussi est-ce à la
fin de l'été qu'on les voit en grand nombre
voltiger sur les fleurs , dont la plupart su-
cent la matière sucrée, ou auprès des fruits
qu'ils dévorent; aucun ne se nourrit de ma-
tières corrompues ou desséchées.
Cet ordre est fort nombreux en espèces;
les genres sont difficiles à caractériser, et
les espèces, privées de couleurs tranchées et
distinctives, le sont encore plus. Cequi ajoute
à la difficulté, et ce qui a produit un grand
“
210 HISTOIRE NATURELLE
nombre d’erreurs et de doubles emplois, ce
sont les différences très singulières qui
existént entre les mâles, les femelles et les
mulets,
Ces errêurs seront encore pendant long-
temps difficiles à éviter; car l'observation
de ces insectes est pleine de difficultés : nous
ne pouvons en apporter de plus fortes
preuves que l’histoire des abeïlles. Depuis
plusieurs siècles, les hommes les plus in-
struits, les plus patiens, les meilleurs ob-
servateurs, étudient les abeilles, insectes
domestiques, que l’on à enfermés comme
on a voulu dans des maisons de verre : ce-
pendant leurs habitudes ne sont point en-
core parfaitement connues. Il s'élève tous
les jours des dotés sur divers points de
leur histoire, et leur génération est encore
enveloppée des voiles du mystère, quel-
ques efforts que Réaumur, Schirac, Hu-
bért, otc., aient faits pour les lever.
M. Latreille (Règne animal) divise les
hyménoptères en deux sections. (
DES HYMÉNOPTÈRES. 211
A A A A AA TA A A A AT A A AV
PREMIÈRE SECTION.
LES TÉRÉBRANS, TEREDRANTIA.
Une tarière dans les femelles.
Cette section est partagée en deux grandes
familles.
PREMIÈRE FAMILLE.
Les Ponre-Scre, Securifera.
Abdomen sessile , ou dont la base s’unit
au corselet dans toute son épaisseur, et
semble en étre une continuation et ne pas
avoir de mouvement propre; larves aÿant
toujours six pieds écailleux, et souvent un
plus ou moins grand nombre de pieds mem-
braneux. Ces larves sont connues sous le
nom de fausses chenilles,
I. Mandibules allongées et comprimées; languette
divisée en trois et comme digitée; tarière composée
de deux lames dentées en scie, pointues, réunies et
logées dans une coulisse sous l'anus.
3 S'OÉLEMRS 1 mt St Se ds ÉÉ Ou DL hé RS de
212 HISTOIRE NATURELLE
a. Labre saillant et très apparent; tête parais-
sant plus large que longue, vue en dessus.
1% G. Cimsex, Cimbex.
Antennes de cinq à sept articles, termi-
nées en bouton , ou en massue épaisse, et
presque ovoïde ; fausses chenilles ayant en
tout vingt-deux pates.
2° G. Hyrorome, Hylotoma.
Antennes de trois articles, dont le der-
nier beaucoup plus long, formant, dans les
mâles, une massue grêle prismatique, et
quelquefois une fourche; fausses chenilles
ayant dix-huit à ‘vingt pates.
3° G. TENTHRÈDE, T'enthredo.
Antennes tantôt légèrement plus grosses
vers le bout, ou filiformes, tantôt sétacées ;
simples dans les deux sexes, de neuf articles
dans le plus grand nombre, et de onze dans
les autres.
Fausses chenilles ayant dix-huit à vingt
pates.
ira die daté Lb nb jhee | de dt on
CEA
.
DES HYMÉNOPTÈRES. 213
4° G. Lornire, Lophirus.
Antennes en peigne, ou en panache dans
les mâles, et en scie dans les femelles.
&. Labre caché ou peu saillant; tête, vue en
dessus, paraissant presque carrée. +
be G. Mécarononre, Megalodontes.
Antennes en scie ou en peigne.
6° G. Paume , Pamphilius.
Antennes simples dans les deux sexes;
larves n'ayant point de patés membraneuses.
7° G. Cernus, Cephus.
Antennes insérées près du front, plus
grosses vers le bout.
8° G. Xrpmipries, Xéphidria.
Antennes insérées près de la bouche, ct
plus gréles vers le bout.
II. Mandibules courtes et épaisses; languette en-
tière; tarière des femelles tantôt très saillante et
composée de trois filets, tantôt roulée en spirale
daus l’intérieur de l'abdomen, et sous une forme
capillaire.
NT —
.
21/ HISTOIRE NATURELLE
10 G. OnyssE, Orrssus.
Antennes insérées près de la bouche, de
dix à onze articles ; mandibules sans dents ;
palpes maxillaires longs de cinq articles ;
extrémité postérieure de l'abdomen presque
arrondie, ou faiblement prolongée, et dont
la tarière est capillaire et roulée en spirale
dans l’intérieur de l’abdomen.
2° G. Sirex , Strex.
Antennes insérées près du front, de
treize à vingt-cinq articles; mandibules
dentelées au côté interne; palpes maxillaires
très petits, presque coniques, de deux ar-
ticles, avec l'extrémité du dernier segment
* de l'abdomen prolongé en forme de queue
ou de corne, et la tarière saillante, de trois
filets,
DES HYMÉNOPTÈRES. 21
DEUXIÈME FAMILLE.
Les Puprvores, Pupivora.
Abdomen attaché au corselet par une
simple portion de son diamètre transversal,
et même plus souvent par un très petit filet
ou pédicule, de manière que son insertion
est très distincte, et qu’il se meut sur cette
partie du corps ; femelles ayant une tarière -
qui leur sert d’oviducte,
I. Les quatre ailes veinées; antennes presque tou-
jours filiformes ou sétacées, vibratiles, composées
d'un grand nombre d’articles; palpes maxillaires
apparens ; tarière des femelles toujours de trois
filets.
1% G, PÉLÉGINE, Pelecinus.
Abdomen inséré À l'extrémité postérieure
et inférieure du corselet, filiforme et très
long ; languette à trois divisions.
2° G. Évanre, Evania.
Abdomen inséré à l'extrémité postérieure
et supérieure du corselet, très petit, fort
comprimé, triangulaire ou ovoïde, avec
-
216 HISTOIRE NATURELLE
un pédicule brusque à sa base jqtntennes
coudées.
3° G. FoENE, Fœnus.
Abdomen inséré comme dans les évanies,
mais allongé en forme de massue , avec les
jambes postérieures en massue ; les antennes
roites, filiformes, et la tête portée sur
un cou. :
4° G AULAQUE, Aulacus.
Très voisin des fœnes, mais ayant l’ab-
“domen ellipsoïide et comprimé, les antennes
sétacées , et les jambes grêles.
be G. Icaweumon, Zchneumon.
Antennes de vingt articles; tête globu-
leuse; mandibules toutes terminées par une
seule dent, ou sans échancrure sensible,
tantôt refendues et terminées ainsi par
deux dents.
IT. Ailes inférieures n'étant point veinées; tarière
filifoume , naissant de la partie inférieure de l’abdo-
men , et n'ayant point d’aignillon an bout; palpes
très courts, et quelquefois nuls; antennes droites
ou sans coude, filiformes ou un peu plus grosses
vers le bout, et ordinairement composées de treize
à quinze articles.
F - + A
DES HXMÉNOPTÈRES. 217 à
# 1% G. Cynirs, Chips
x
Antennes de treize à quinze Au ;.pal-
pes, mâchoires et lèvre très distincts ; pé-
dicule de l'abdomen très court. %
2° G. Evcranis, Eucharis.
Antennes de douze articles grenus; mas
dibules seules distinctes; abdomen porté
sur un long pédicule.
UT. Antennes brisées et formant, à partir du
coude, une massue allongée on en fuseau; elles
n’ont pas au-delà de deux articles.
1% G. CnaLcine, Chalcis. |
Jambes des pieds postérieurs très ar-
quées, avec les cuisses très grandes ; abdo-
men attaché au corselet par un pédicule
apparent, ovoïde ou conique, pointu au
bout, avec la tarière cachée ou extérieure;
ailes étendues.
2° G. Leucosris, Zeucospis.
Pieds postérieurs semblables à ceux des
chalcides ; abdomen paraissant appliqué con-
tre l'extrémité postérieure du corselet, com-
VI, 19
218 HISTOIRE NATURELLE
primé dans toute sa hauteur, arrondi pos-
térieürement, avec la tarière recourbée
sur le dos; ailes supérieures doublées.
3° G. Eurorne, Eulophus.
Pieds postérieurs simples, ou n’ayant ni
les cuisses à la fois très renflées et lenticu-
lairés , ni les jambes très arquées.
TV. Ailes inférieures sans nervures; abdomen des
femelles terminé par ane tarière tubulaire, conique,
ou en forme de queue, soit d’ane pièce, soit de deux
où trois réunies longitadinalement; palpes maxil-
laires longs et pendans.
1e" G. BéraxLe, Bethylus.
V. Ailes inférieures sans nervures; tarière formée
par les derniers anneaux de l'abdomen, à la manière
des tubes d’une lunette d'approche, et se terminant
par an petit aiguillon; abdomen voüté on plat en
dessous, et pouvant se replier sous la poitrine, ce
qui donne à l’insecte la faculté de prendre la forme
d'une boule,
19 G. Parnorès, Parnopes.
Mächoires et lèvre très longues, compo-
sant une fausse trompe, fléchie en dessous ;
palpes très petits, de deux articles.
india cl s e. : La dte de l dihd Ar
DES HYMÉNOPTÈRES. 219
2e G. Curysis, Chrysis.
Point de fausse trompe; palpes maxillaires
de grandeur moyenne, ou allongés et com-
posés de cinq articlés ; corselet point rétréci
antériéurement ; abdomen de trois segmens.
3° G. Cuerre , Cleptes. .
*
LA KL La %
Corselet rétréci en avant; abdomen de
quatre segmens dans les mâles, et de cinq
dans les femelles.
de témmttlés hu, dé DOS À Di de ét à DR | d nt
220 HISTOIRE, NATURELLE
PR A A A A A
. DEUXIÈME SECTION.
LES PORTE-AIGUILLON, ACULEATA.
Tariére des femelles remplacée par ur
aïguillon de trois pièces, caché et ré-
tractile. .
Nota. Quelques fourmis font exception
à cette règle, et se défendent en éjaculant
par l'abdomen une liqueur acide renfermée
dans des réservoirs spéciaux.
Cette section est partagée en deux grandes
familles.
PREMIÈRE FAMILLE.
Les Hérérocynes, Heterogyna.
Antennes coudées ; languette petite, ar-
rondie et en cuiller ; deux ou trois sortes
. d'individus, dont les plus communs, les
neutres ou les femelles, n’ont point d'ailes,
et rarement des yeux lisses très distincts,
s
DES HYMÉNOPTÈRES. 221
I. Insectes vivant en société, composés de trois
sortes d'individus, dont les mâles et les m3
ailés, et les neutres aptères.
1 G. Fourmr, Formica.
ET
IT. Insectes vivant solitaïrement; chaque espèce
composée de deux sortes d’i ndividus, de mâles ailés
et de femelles aptères, et toujours armées d'un ai-
guillon. ÿ
&
1% G. Murmre, Muxilla.
DEUXIÈME FAMILLE.
Les Fouisseurs, Fossores.
Hyménoptères à aiguillon; des individus
de deux sortes, ailés, vivant solitairement;
:
pieds exclusivement propres à marcher,
et dans plusieurs à fouir; ailes toujours
étendues.
I. Premier segment du corselet tantôt en forme
sdare, et prolongé latéralement jusqu'aux ailes,
tantôt en carré transversal ou en forme de nœud ou
d'article; pieds forts et épineux; antennes sensible-
ment plus courtes que la tête et le corselet, dans les
femelles,
D st pubs. A à dé à À éd | à
222 HISTOIRE NATURELLE
10 G: Tiwmie, Téphia.
palpes maxillaires longs, composés d’ar-
" tiéles sensiblement inégaux ; premier article
des antennes presque conique.
: .
2° G. Scouré, Seolia. » \
Palpes maxillaires courts, composés d’ar-
ticles presque semblables, ayec le premier
article des anfénnes allongé, et presque
cylindrique.
Nous réunissons à ce genre les myzires
et les méries de M. Latreille.
IT. Très voisins des précédens par la forme du
corselet; pieds courts, grêles, point épineux ni for-
tement ciliés; antenñes aussi longues au moins que
la tête et le corselet, dans les deux sexes, tantôt
filiformes et sétacées (rhyrnes et polochres) , tantôt
plus grosses vers leur extrémité.
1° G, SarxcE , Sapyga.
Auquel nous réunissons les #4ynnes et les
polochres.
III. Encore semblables aux précédens quant au
premier segment du corselet; pieds postérieurs une
fois au moins aussi longs que la tête et le tronc;
ie. Me RE... SE on ral ait és Dé cité
DES HYMÉNOPTÈRES. 4 223
antennes le plus souvent grêles, formées d'articles
allongés, peu serrés on lâches, et très arqués on
contournés, du moins dans les femelles,
1% G. Pompie, Pompilus.
Premier segment du. corselet carré , soit
transversal , soit longitudinal ; abdomen at-
taché au corselet par un pédicule ‘très court ;
jambes" postérieures ayant ordinairement
une brosse de poils äu côté interne.
2° G. SpHEx, Spheæ.
Premier segment du corselet rétréci en
devant, en forme d'article ou de nœud ;”
premier anne4u de l’abdomen, et quelque-
fois même une partie du suivant, rétréci
en un pédicule allongé.
IV. Premier segment du corselet ne formant
qu’un simple rebord linéaire et transversal, dont
les deux extrémités latérales sont éloignées de l'ori-
gine des ailes supérieures ; pieds toujours courts ou
de moyenne longueur; tête paraissant transverse,
vue en dessus; abdomen formant un demi-cône
allongé, arrondi sur les côtés de la base; labre en-
tièrement à nu ou très saillant,
1° G. Bemsex, Bembex.
224 HISTOIRE NATURELLE
V. Labre caché en totalité ou en grande partie;
mt souvent filiformes ; port des précédens.
w
19 G. Larre, Larra.
Une profonde échancrure au côté infé-
rieur des mandibules.
” .
: 2° G. ASTATE, As/ata.
Point d’échancrure au côté inférieur des
mandibules ; yeux entiers.
. Nous réunissons à ce genre les oxybéles
et les gorytes. .
: 3e G. TryroXYLON , Trypoxylon.
} A
. Yeux échancrés. .
WI. Corselet comme dans les précédens; pieds
- courts ou de longueur moyenne; tête très grosse,
_ paraissant presque carrée, vue en dessus; yeux très
grands, se terminant, en dessus, à quelque distance
du bord postérieur; abdomen ayant toujours une
forme ovale ou elliptique. ”
zer G. Mere, Mellinus.
Antennes insérées près de la bouche, fili-
formes , point où peu coudées ; mandibules
tridentées dans les femelles ; palpes maxillai-
res beaucoup plus longs que les labiaux; lan-
DES HYMÉNOPTÈRES, 225
guette divisée distinctement en trois parties ;
base de l’abdomen toujours rétrécie en ma-
nière de long pédicule.
2° G. CraBroN, Crabro.
Antennes comme dans le genre précé-
dent, mais très brisées ; mandibules termi-
nées simplement en une pointe bifide ou
échancrée ; palpes courts , presque égaux ;
languettepresque entière.
3° G. PairanTme, Phianthus.
1
Antennes insérées au milieu de la face de
la tête, à une distance sensible de la bouche,
et terminées en massue > Ou plus grosses
vers le bout.
TROISIÈME FAMILLE.
Les Drecorrères , Diploptera.
. .
Aïles supérieures doublées longitudinale-
ment dans le repos.
I. Antennes composées de douze'à treize articles
distincts, selon les sexes, terminées en pointe; lan-
guette soit divisée en trois pièces dont celle du mi-
lieu plus grande, en cœur, avec deux petites taches
L
De MRORPAT dt: sd dés 2e
HISTOIRE NATURELLE
arrondies et glanduleuses à son extrémité, et les
latérales étroites, pointues, ayant aussi chacune
une tache semblable; soit tomposéé de quatre filets
plumeux et longs.
Mandibules plus longues que larges, rapprochées
en devant, en forme de becy languette étroite et
allongée ; chapéron presque en forme de cœur, ou
ovale, avec la pointe en avant et plus ou moïns
tronquééà espèce vivant solitairement; des mâles ct
des femelles seulement.
1 G. SyNAGRE , Syragris.
Languette de quatre filets longs et plu-
meux.
2° G. EumÈène, Æumenus, »
Lañguettédivisée en trois pièces glandu-
leuses à leur extrémité; abdomen ayant son
premier anneau étroit et allongé en forme
de poire, ét le second en cloche. k
IT. Méffdibules guère plus longues que larges,
avec une troncature large et oblique’ à leur extré-
mité; ; languette coürte ou peu allongée;"chaperon
presque carré,
19 G. Guère , Vespa. ,
Individus réunis en sociétés, composées
-
de mâles, de-femelles et de neutres.
û f .
DES HYMÉNOPTÈRES, 227
IT. Antennes terminées en bouton on en massue
très obtuse, et arrondie au bout, n’offrant que huit
à dix articles distincts; languette composée de
deux filets très longs, avec la base molle, en forme
de tube cylindrique, les recevant dans là contrac-
tion, et retirée alors dans la gaîne du menton.
Ta G. Masai, Masaris.
QUATRIÈME FAMILLE.
Les MeLrirèRes, Arnthophila.
Pieds postérieurs propres à ramasser le
pollen des étamines , ayant le premier ar-
ticle des tarses de ces pieds très grand, fort
comprimé, en palette carrée, ou en forme
de triangle renversé; ailes toujours éten-
dues.
I. Division intermédiaire de la languette en forme
de fer de lance, plus courte que sa gaine, et placée
en dessus dans les uns, presque droite dans les autres.
1 G. Hyrée, Hyleus.
Division moyenne de la languette évasée
à son extrémité, presque en forme de cœur,
et doublée dans le repos.
228 HISTOIRE NATURELLE
2° G. ANDRÈNE, Andrena. 4
Languette en forme de fer de lance.
I. Division moyenne de la languette aussi longue
au moins que le menton ou sa gaïne tubulaire, et
en forme de filet ou de soie; mächoires et lèvre très
allongées, et formant une sorte de trompe coudée
et repliée en dessous, dans l’inaction.
a. Les deux premiers articles des palpes la-
biaux ayant, le plus souvent, la figure d’une
soie écailleuse comprimée, qui embrasse les côtés
de la languette; pieds postérieurs des femelles
sans enfoncement bordé de poils (la corbeille)
au côté extérieur de leurs jambes, ni duvet (la
brosse) à la face interne du premier article de
leurs tarses; mandibules petites, étroites, ar-
quées, avec une dentelure au plus; labre mem-
braneux; divisions latérales de la languette en
forme de soies.
Second article des tarses postérieurs des fe-
melles inséré au milieu de l’extrémité du pré-
cédent; abeilles vivant solitaires,
1% G. PANURGE, Panurgus.
Pieds postérieurs garnis de poils servant
à la récolte du pollen; tige des antennes, à
prendre du troisième article, formant dans
DES HYMÉNOPTÈRES, 229
les femelles une sorte de fuseau, ou de massue
allongée, presque cylindrique, amincie vers
sa base. :
2° G. Nomane, Nomada.
Antennes filiformes dans les deux sexes ;
abeilles ne ramassant pas le pollen des fleurs,
“et déposant leurs œufs dans les nids des
autres mellifères.
b. Différant des précédentes par le labre, qui
est carré, souvent même très long dans les
uns, transversal et presque corné dans les autres;
divisions latérales de la languette né formant
qu’une petite écaille; femelles ramassant pres-
que toutes le pollen des fleurs, le plus souvent
avec ün duvet soyeux qui garnit le dessous de
leur ventre.
3° G. Mécacmire, Megachile.
Labre en forme de quadrilatère ou de
parallélogramme , crustacé au plus, et tom-
bant perpendiculairement entre les mandi-
bules.
4 G. XxLocore , Xylocopa.
Labre très dur , corné ou écailleux, trans-
versal , échancré, et cilié en devant.
Ir. 20
ble EE OT TE, TL V4 TS VS
230 HISTOIRE NATURELLE
c. Insertion du second article des tarses pos-
térieurs paraissant être plus rapprochée de
l'angle interne"de l'extrémité de l’article précé-
dent que de $on angle extérieur, celui-ci étant
plus avancé.
5e G. Eucère, ÆEucera.
Une seule dentelure au côté interne des
mandibules; palpes maxillaires composés
de cinq à six articles.
6e G. Cenrris, Centris.
Plusieurs dentelures au côté interne des
mandibules ; palpes maxillaires n'ayant au
plus que quatre articles, ou en manquant
même tout-à-fait. r
d. Apiaires vivant en sociétés, composées de
mâles, de femelles et d’une quantité considé-
rable de mulets ou d’ouvrières; pieds postérieurs
de ces derniers ayant à la face externe de leurs
jambes (la palette) un enfoncement lisse (la
corbeille), où ils placent une pelote de pollen,
qu’ils ont recueilli avec le duvet soyeux, ou la
brosse , dont la face interne du premier article
des tarses des mêmes pieds est garnie.
* Jambes postérieures terminées par deux épines,
PT QU SPORE NS ET CURE. SE USE NN, SAT DE
DES. HYMÉNOPTÈRES, 231
7° G. Eucrosse, Euglossa.
Labre carré; fausse trompe de la lon-
gueur du corps; palpes labiaux terminés
en une pointe formée par les deux premiers
articles.
8° G. Bourpon, Bombus.
Labre transversal; fausse trompe nota-
blement plus courte que le corps ; second
article des palpes labiaux terminé en pointe ,
portant sur le côté extérieur les deux au-
tres,
** Point d'épines à l'extrémité des jambes anté-
rieures,
9° G. Anirzx, Apis.
Premier article des tarses postérieurs des
ouvrières en carré long, garni à sa face
externe d’unduvetsoyeux, divisé en bandes
transversales, ou strié.
10e G. Mévrront, Melipona.
Premier article des tarses postérieurs des
ouvrières plus étfoit à sa base, ou en triangle
renversé, et sans stries sur la brosse soyeuse
de sa face interne.
———
stétr es + 2 à en. Lis coul sûre IR “di “ose. ds .. :
232 HISTOIRE NATURELLE
tt t tot tetes
ORDRE TROISIÈME.
LES HYMÉNOPTÈRES.
._ PREMIÈRE SECTION,
Bouche sans trompe.
XXIV° GENRE.
FOURMI.
Caractères génériques. Antennes filiformes, cou-
dées; premier article très long. — Mandibules
grosses, multidentées. — Trompe très courte,
formée de trois pièces presque écailleuses. —
Quatre antennules filiformes; les antérieures
composées de six articles, et les postérieures de
quatre. — Pédicule de l'abdomen allongé , nodu-
leux, ou muni d’une écaille droite, élevée. —
Trois petits yeux lisses.
Lys fourmis ont deux antennes filiformes ,
coudées : le premier article, fort long, les
distingue des tiphies ; les mâles et les fe-
melles portent quatre ailes membraneuses ,
, détls hésité , bit fé he : john 5 j'a > Cdi
DES FOURMIS. 233
veinées, inégales ; l'abdomen est uni ,au
corselet par un pédicule long’ #noueux, ou
muni à sa partie supérieure d’une ‘pièce
écailleuse droite. » : “. * Le
Ces insectes ont beaucoup detrapport
avec les mutilles; mais ces dernières ont le
premier article des antennes plus court, le
pédicule de l'abdomen sans écaillesni nodo-
sité , et l'anus armé d’un aiguillon très fort,
caché dans le ventre. :
Les antennes, composées de onze ou
douze articles, dont le premier très long et
les autres courts; cylindriques, presque
égaux, sont.insérées à quelque distance des
yeux, et forment un angle droit À Ja réu-
nion du premier et du second article.
La lèvre supérieure est courte, coriacée;
les mandibules cornées, grandes, fortes et
arquées.
La tête est de moyenne grandeur dans
les mâles et dans les femelles ; elle paraît
beaucoup plus grande dans le mulet; effet
produit par la forme du corselet, que celui-
ci a très étroit et souvent épineux , tandis
que les premiers l'ont large et convexe.
234 HISTOIRE NATURELLE
L'abdomen ést ovale et composé de cinq
ou six anneaüX distincts ; les pates sont sim-
ples ;'de | grandeur; les tarses sont
posés de. einq articles, èt terminés par
: crochets. # ;
Les fourmis vivent en sôciété;relles res-
sémblenten cela aux abeilles et aux guêpes;
elles travaillent comme elles d’un même ac-
éord à des ouvrages qui ont pour but l’uti-
lité générale de la pétite république, dont
elles Sont membres. /**
. Les habitudes de ces insectes Yqui vivent
en société , ne pouvaient manquer d’exciter
la curiosité : aussi ont-elles*eu beaucoup
d’historiens, dont quelques uns se sont laissé
entraîner par l’amour du merveilleux. En
donnant quelques détails.sur leur manière
de vivre, nous chercherons àtécarter le
faux, sans nuire à l'admiration que doivent
exciter les procédés industrieux de ces pe-
tits insectes.
Les fourmis, ainsi que la plupart de leurs
habitations , sont connues de tout le monde,
On trouve parmi elles des individus de trois
sortes, des mulets, des mäles et des fe-
DES FOURMIS. 235
melles. Les premiers sont chargés de tous
les détails du travail, comme parmi les
abeilles : aussi est-il plus que probable qu’ils
sont, comme dans ce genre, de véritables
femelles privées de toute faculté généra-
trice, ainsi que l’indiquent les rapports exis-
tans entre les organes sexuels extérieurs des
fourmis reconnues pour fécondes, et ceux
de celles que l’on nomme improprement des
mulets, Ils sont de la plus petite taille, et
dépourvus d’ailes. Les mâles, qui sont aïlés,
sont plus grands, moins cependant quelles
femelles, qui sont de la plus grande taille,
et dont l’abdomen est très gros : celles-ci
portent.aussi des ailes, mais faciles à ar-
racher, et quileur manquent très souvent
après l’accouplement.
Les fourmis placent leurs habitations
dans différens endroits. Les unes élèvent
dans les bois des cônes de deux pieds en-
viron de hauteur ; d’autres creusent des sou-
terrains assez. profonds. Le centre pourri
d’un arbre, ou les fentes d’une vieille mu-
raille, servent de demeure à celles-ci; celles-
là la trouvent sous une pierre.
236 HISTOIRE NATURELLE
Là vient aboutir cette longue suite de
fourmis que l’on voit toujours en activité,
etsuivant toutes le même chemin. Les unes
reviennent chargées de fardeaux immenses ;
les autres partent sur les traces de celles-ci
pour aller prendre leur part du butin.
. Cependant les femelles restent dans l’in-
térieur occupées seulement à pondre, et n’en
sortent jamais que pour s'accoupler. Cet ac-
couplement a lieu dans différentes saisons ,
selon les espèces. Il varie depuis le prin-
temps jusqu’à la fin de l'automne. On n’a pas
encore la certitude que cette sortie donnelieu
à des essaims comme dans les abeilles.
L’accouplement fini , les mâles meurent,
où au moins ne rentrent plus dans la four-
milière. Les femelles, au contraire, y ren-
trent au moins en partie : les ouvrières alors
leur arrachent leurs ailes pour les forcer, en
quelque sorte, à ne point abandonner la ré-
publique, et à y faire leur ponte. Elles se
chargent denourrir les larves qui sortiront
de leurs œufs, et de les défendre des atta-
ques extérieures. Ces œufs sont très pelits ,
arrondis, d’un blanc jaunâtre, rassemblés
D : Li sb. és
DES FOURMIS. 237
par tas. Ceux.qui ont été déposés dans l’ar-
rière-saison n'éclosent qu'au printemps;
les larves qui en sortent sont de petits vers
blancs , apodes, gros, courts, de douze an-
neaux. Ce sont ces larves que l'on appelle
ordinairement œufs dé fourmis; leur tête,
s’il faut donner ce nom à une partie menue,
recourbée sur la poitnine, est munie de deux
dents, de quelques cils et d’un mamelon
mou, rétractile, par lequel la larve reçoit
la becquée. La fourmi ouvrière dégorge
dans ce canal des sues nécessaires à*sa crois-
sance. Celui des fruits, et la liqueur miel-
leuse qui se trouve auprès des pucerons,
paraissent en fairé la base.
Au bout dequelque temps, cette larve se
change en une nymphe, sur laquelle on
aperçoit, comme dans les chrysalides des
coléoptères, toutes les: parties de l’inseete
parfait.
Les nymphes et les larves sont incapables
de tout mouvement; mais la fourmilière est-
elle attaquée par l’homme ou par quelque
autre ennemi , les ouvrières empontentsaus-
sitôt dans les souterrains les plus reculés de
238 HISTOIRE NATURELLE
leur habitation, ces précieux gages de la
prospérité future de état. On croit commu-
nément que les matériaux entassés par les
fourmis sont destinés à leur servir de nour-
rituré pendant l'hiver; en conséquence,
on à beäucoup loué*leur industrieuse pré-
voyance: cependant c’est un fait connu au-
jourd’hui, et confiemé par les meilleurs
observateurs, que le froid «engourdit les
foürmis de manière. à ne point leur laisser
la faculté d’user de ces provisions. C’est donc
à tort qu’en leur attribuant nos vertus, on
les a comparées au père de famille qui sème
et recueille dans la belle saison pour les be-
soins de l'hiver, ou à Phomme sage qui
profite de sa jeunesse pour semprocurer, par
son travail, de quoi soutenir sa vieillesse.
Il est également probable,qu’exemptes de
nos défauts , ce n’est point une avarice mal
entendue qui les engage à faire ces énormes
amas. Il se peut que des observations sui-
vies découvrent un bututile à ce rassemble-
ment informe de matériaux ; mais la nature
ne prodigue pointses secrets à ceux qui veu-
lent la deviner sans sortir de leur cabinet,
DES FOURMIS. 239
Les liqueurs sucrées, légèrement acidu-
lées, que certains arbres laïssent échapper
des parties intérieures, celles que les puce-
rons laissent suinter, paraissent être parti-
culièrement du goût des fourmis, et leur
fournir leur principale nourriture. Malheur
au hanneton (melolontha ) qui tombe awmi-
lieu d’elies, au carabe (carabus) étourdi
qui traverse leur sentier. Attaqué de toutes
parts, il succombe bientôt sous une multi-
tude de plaies ; il périt, et ses débris, sucés
entièrement, vont accroître le monticule
qu'habitent les vainqueurs. C’est ainsitque
Vunion triomphe de la force.
Quelques expériences faites sur les four-
mis sembleraient faire croire, contre ce que
nous avons dit, que le sens de l’odorat ré-
side dans les antennes; si l’on passe le bout
du doigt sur le sentier suivi par ces insectes,
elles se trouvent déroutées, ne reconnais-
sent plus leur chemin ; alors on les voit tou-
jours porter sur la terre le bout de leurs
antennes, et ce n’est qu'après avoir cherché
de tous côtés de cette manière qu’elles fran-
chissent lentement l’espace sur lequel a
RAR LS SS D . On 4‘, SAS. ds LS 4
Se : ,
240 HISTOIRE NATURELLE
passé le doigt, pour retrouver leur trace
habituelle. Si l’on fait l’amputation de cette
partie à une fourmi, elle paraît étourdie, et
erre çà et là, sans pouvoir retrouver son
chemin.
Les espèces comprises dans ce genre sont
nombreuses et ont entre elles des diffé-
rences remarquables. En effet, les nymphes
de quelques unes sont nues, tandis que celles
de quelques autres restent au moins quelque
temps enfermées dans une coque d’un blanc
mat. Cette coque ne paraît point composée
de fils comme celle des bombyces; on n’ÿ
découvre aucun tissu; elle ne paraït être
qu’une pellicule. 11 paraît que les ouvrières
la déchirent peu avant la transformation. Il
ne reste plus à l’insecte qu’à se défaire d’une
pellicule fort mince qui enveloppe immé-
diatement toutes ses parties.
; Quelques éspèces de fourmis ont un ai-
guillon assez fort pour percer notre peau,
déposent dans la plaie une liqueur acide
qui occasionne une douleur assez forte.
D'autres sont privées de tout aiguillon :
celles-ci seringuent une liqueur rouge, trans-
Inwectes 2e PL, 45.
Let
Thermes Fatale
PBaraband del. . Milliew Seufr}
‘1. F. Hercule, 4. T. Fatal.
2.2.1. l'auve. 5. Sa Nympbhe.
5.. Sa Coque
AA) DES FOURMIS. EVE
parente, qui, s'attachant à la peau de l’ob-
servateur inconsidéré, y cause des pustules
douloureuses ressemblant à celles qu’occa-
sionne Ja ‘piqüre de l’ortie (urtca ).
Au resté, toutes sont munies de mä-
choires qui pincent assez fortement. +
Les espèces de ce genre sont nombreuses.
Nous allons donner la description de quel-
ques espèces remarquables de fourmis ; nous
les diviserons , d’après noire savant maître
M. Latreille, en deux sections.
PREMIÈRE SECTION.
"+ CE »
Corselet des ouvrières ayant le dos arqné, et sans
interruption dans sa courbure ; ailes supérieures
des autres individus sans nervures récurrentes.
La Fourmi ronge-bois, Formica
herculeana.
Cette espèce est la plus grande d'Europe;
elle a quelquefois jusqu’à sept lignes de lon-
gueur. Le mulet est noir, avec le corselet et
les cuisses d’un rouge sanguin foncé ;le mâle
et la femelle en diffèrent peu pour les cou-
VIr, 21
, ont | TN OS ep
242 HISTOIRE NATURELLE
leurs. Cette fourmi établit sa demeure dans
l'intérieur des parties mortes des vieux ar-
bres, sous leur écorce ; on'ne la trouve pas
dans les champs; elle vit en sociétés peu
nombreuses, et paraît plus propre au midi:
on la trouve rarement auxenvirons de Paris.
La Fourmi bi-épineuse, Formica
bi-spinosa.
Elle est longue de trois lignes, noire,
avec le corselet bi-épineux en devant, et
l’écaille terminée par une pointe longue.
Cette espèce, qui se trouve à Cayenne, fait
son nid avec une matière qui ressemble au
premier coup d'œil à de l’amadou; elle est
composée d’un duvet cotonneux qui paraît
être formé de petits brins de semence du
fromager globuleux d’Aublet. L'animal les
empile, et en fait une espèce de feutre, qui
= est très efficace dans les hémorrhagies.
LAN PUS PSS 7
DES FOURMIS, 243
DEUXIÈME SECTION. «
" x
Dos du corselet des ouvrières ayant des enfonce-
mens qui le rendent sindeux; ailes supérieures
des autres individus ayant une nervure récurrente
et reçuespar la première cellule cubitale; la se -
conde nervure récurrente nulle,
La Fourmi fauve, Formica rufa.
L'ouvrière a trois lignes de longueur;
elle est noirâtre , avec une grande partie de
sa tête; de son corselet, et l’évaille, fauves ;
la tête"a trois petits yeux lisses égaux. La
femelle est plus longue d’une ligne ; sa tête
ressemble à celle de l’ouvrière ; on voit seu-
lement du noir au milieu de sa partie anté-
rieure près de la bouches l’écaille est grande
et ovée; l'abdomen est court, presque glo-
buleux, d’un noir un peu Hobbs avec le
devant fauve; les ailes sont Efoméas4 ; les
pates sont noirâtres , avec les cuisses rouges.
Le mâle est à peu près de la méme longueur,
mais plus étroit, avec l’écaille épaisse, pres-
que carrée, et l'abdomen courbé à l'anus,
Le
0 ter, péliess
244 HISTOIRE NATURELLE
qui est noirâtre ; les ailes ont les nervures
jaunûtres.
La fourmi fauve est très commune dans
toutes les parties de l’Europe; c’est elle
qui élève dans les bois ces monticules re-
marquables par leur grandeur et leur forme
en cône très large à sa base. Cette habita-
tion est composée de brins de chaume , de
fragmens ligneux, de coquillages, de cail-
loux ; et, comme elles ramassent souvent,
dans le même dessein, des grains de blé,
d’orgeet d'avoine, on a cru qu’elles faisaient
des provisions pour l’hiver ; mais il est re-
connu qu’elles ne s’en servent que pour leur
habitation , car elles passent l'hiver engour-
dies, ainsi que toutes les autres espèces, et
ne prennent, par conséquent ; aucune nour-
riture. Le monticule qu’elles forment ne pa-
raît, au premier coup d'œil, qu’un amas
confus de matériaux ; maïs, si on l’examine
ävec attention , on voit qu’il est arrangé de
manière à “éloigner les eaux de la fourmi-
lière, à ménager la chaleur du soleil , ou la
conserver dans l'intérieur du nid. T7assem-
blage des divers élémens dont il est com-
DIS FOURMIS, 245
posé présente toujours l’aspect d’un dôme
arrogdi , dont la base , souvent couverte de
. terre et de petits cailloux, forme une zone
au-dessus de laquelle s'élève, en pain de
sucre , la partie ligneuse du bâtiment. Cette
couverture cache la portion la plus consi-
dérable de l'établissement, qui s'étend à
des profondeurs assez grandes sous terre ;
des avenues, ménagées soigneusement en
forme Ménétats. conduisent du faîte dans
l'intérieur de la fourmilière ; leur ouverture
est plus ou moins large, et leur nombre
varie selon que la population est plus ou
moins étendue, Ces portes étaient néces-
saires pour donner issue À l'immense quan-
tité d’ouvrières dont ces peuplades sont com-
posées; elles semblent préférer de vivre en
pleinair , et ne pas craindre de faire en notre
présence la plupart de leurs opérations, ce
qui les distingue des autres espèces, qui se
tiennent volontiers dansleurs nids, et à l’ abri®. %
du soleil. Le soir, les fourmis fauves fev.
ment peu à peu leurs portes ; elles apportent
pour cela de petites poutres qu’elles placent
auprès des galeries pour en diminuer l'entrée;
4
246 HISTOIRE NATURELLE
elles les placent au-dessus de l'ouverture , et
les enfoncent même quelquefois dans le
massif du chaume en les croisant dans
tous les sens; elles finissent par:y mettre
d’autres parcelles plus petites, et parvien-
nent à boucher entièrement le trou par où
elles entraient. Le matin, elles défont ce
qu’elles ont fait le soir ; il n’y a que les jours
de pluie où elles ne: fassent pas cette opéra-
tion ; elles se contentent alors de pratiquer
une ouverture beaucoup plus petite, et, s’il
vient à pleuvoir, elles la ferment tout-à-
fait.
« Pour concevoir , dit Hubert, la forma-
tion du toit de chaume, voyons ce qu'était
la fourmilière dans son origine : elle n’est,
au commencement , qu’une cavité pratiquée
dans la terre; une partie de ses habitans va
* chercher aux environs des matériaux pro-
pres à la construction de la charpente exté-
“rieure; ils les disposent ensuite dans un
ordre peu régulier , mais suffisant pour en
recouvrir l’entrée; d’autres fourmis appor-
tent de la terre qu’elles ont enlevée au fond
du nid, dont elles creusent l’intérieur , et
Le ot de ent à dite ‘0 dr, à be ce. Ré à
DES FOURMIS. DTA
cette terre, mélangée avec les brins de bois
et de feuilles qui sont apportés à chaque
instant, donne une certaine «consistance À
l'édifice : il s’élève de jour en jour; cepen-
dant les fourmis ont soin de laisser des es-
paces vides pour ces galeries qui condui-
sént au-dehors, et comme elles enlèvent, le
matin, les barrières qu’elles ont posées à
l'entrée du nid la veille, les conduits se
conservent, tandis que le reste de la four-
milière s'élève; elle prend déjà une forme
bombée; mais on se tromperait si on la
croyait massive. Ce toit devaitencore servir,
sous un autre point de vue, à nos insectes ;
il était destiné à contenir de nouveaux
étages, et voici de quelle manière ils sont
construits ( je puis en parler pour l'avoir vu
à travers un carreau de verre que j'avais
ajusté contre une fourmilière ) : c’est par
excavation, en minant leur édifice même,
qu’elles y pratiquent des salles très spacieu-
ses, fort basses, à la vérité, et d’une con-
struction grossière ; mais elles sont commodes
pour l'usage auquel elles sont destinées,
celui de pouvoir y déposer les nymphes et
M : Can dé 2e do - CU Oh RS ÉD ES à
248 HISTOIRE NATURELLE
les larves à certaines heures du jour, Ces
espaces vides communiquent entre eux par
des galeries faites de la même manière. Si
les matériaux du nid n'étaient qu’entrelacés
les uns avec les autres, ils céderaient trop
facilement aux efforts des fourmis, et tom-
. beraiïent confusément lorsqu'elles porteraient
atteinte à leur ordre primitif; mais la terre
contenue entre les couches dont le mon-
ticule est composé, étant délayée par l’eau
des pluies, et durcie ensuite par le soleil,
sert à lier ensemble toutes les parties de la
fourmilière, de manière cependant à per-
mettre aux fourmis d’en séparer quelques
_ fragmens sans détruire le reste : d’ailleurs,
elle s'oppose si bien à l'introduction de l’eau
dans le nid, que je n’en ai jamais trouvé
( même après les plus longues pluies ) l’in-
térieur mouillé à plus d’un quart de pouce
| de la surface, À moins que la fourmilière
_ n'eût été dérangte, ou ne füt abandonnée
_ par ses habitans.
«Quant À la partie souterraine de la
_. fourmilière,onne peut la voirque lorsqu'elle
_ est placée contre une pente; alors, en sou-
+
DES FOURMIS. 249
levant le monticule de chaume , on aperçoit
toute la coupe intérieure du bâtiment : ces
souterrains présentent des étages composés
de loges creusées dans la terre, et pratiquées
dans un sens horizontal. »
Les fourmis fauves, et même plusieurs
autres, espèces , changent quelquefois d’ha-
bitation si leur fourmilière est mal ex-
posée , ou trop près d’une fourmilière en-
nemie ( c'est ce que Hubert appelle migra-
tion); alors , la nation entière se transporte
dans un autre lieu plus favorable, et y
fonde une nouvelle cité. Dans cette occa-
sion, les fourmis se portent les unes les
autres; celles qui s’en vont de l’ancienne
habitation à la nouvelle, emportent leurs
compagnes, et celles qui reviennent sont
toujours seules. Les premières qui ont formé
le projet de changer de demeure, et qui
ontdécouvertun endroit favorable, viennent
engager les autres à les suivre; tantôt elles
les invitent par de simples caresses, tantôt
elles les enlèvent de force, et bientôt toute
la fourmilière passe dans le nouveau local,
ct y transporte ses œufs et ses larves.
#
CRE: 2 PP TI OU NO TO ENS © TA SOIT
250 HISTOIRE NATURELLE
Si les fourmis fauves aperçoivent un de
leurs ennemi à une distance assez grande
pour qu’elles ne puissent l’atteindre, elles
se redressent sur leurs pieds de derrière ,
font passer leur abdomen entre leurs jambes,
et lancent avec force des jets de leur acide;
elles attaquent à force ouverte , en pinçant
fortement avec leurs mandibules, et versant
dans les plaies produites par leurs mor-
sures , leur acide formique; elles y parvien-
nent en courbant l’extrémité postérieure de
leur abdomen , où il est contenu, et en l’ap-
pliquant contre la partie offensée. Ces four-
mis dissèquent en très peu de temps les ca-
davres des divers animaux de petite taille
qu’on leur présente.
Hubert donne une description fort inté-
ressante d’un combat entre deux fourmi-
lières de la même espèce ; les deux armées
s'étaient rencontrées à moitié chemin de leur
habitation respective , c’est là que se don-
nait la bataille. Elles occupaient un espace
de deux ou trois pieds carrés, et il s’en ex-
halait de toutes parts une odeur péné-
trante: À l’approche de la nuit, après s'être
w-
ET, NON AN NT : ” tél ” NW
. 3
DES FOUKMIS. 251.
bien battu, et avoir laissé un grand nom-
bre de morts sur le lieu de la scène, chaque
parti rentrait graduellement dans sa cité ;
mais ils retournaient au combat avant l’au-
rore, et le carnage recommençait avec-plus
de fureur. Les fourmis sanguines, qui sont
souvent attaquées par les fourmis fauves ,
se défendent en partisans, et font une pe-
tite guerre fort amusante pour l’observa-
teur. Les deux partis sè mettent en embus-
cade, et fondent l’un sur l’autre À limpro-
viste; si les fourmis sanguines se voient
moins en force , elles réclament du secours,
et aussitôt une armée sort de la cité, s'avance
en masse , et enveloppe le peloton ennemi.
Les fourmis fauves ont présenté à M. Hu-
bert quelques faits singuliers, et dont le trait
suivant retrace une sorte de scène gymnasti-
que: S’étant approché un jour d’une deleurs
habitations exposée au soleil, et abritée du
côté du nord, il vit ces insectes amoncelés
en grand nombre sur sa surface, et dans un
mouvement général , qu’il compare à l’image
d’un liquide en ébullition ; maïs, s'étant ap-
pliqué à suivre séparément chaque fourmi,
52 HISTOIRE NATURELLE
il découvrit qu’elles jouaient entreelles, deux
à deux, et se livraient des combats simulés,
pareils à ceux dont les jeunes chiens nous
donnent souvent le spectacle.
La Fourmi sanguine, Formica
sanguinea.
L’ouvrière ressemble beaucoup à celle de
l'espèce précédente; mais les antennes-et la
tête sont entièrement d’un fauve sanguin;
les‘yeux lisses sont apparens; le corselet et
les pates sont fauves; l'abdomen est d’un
noir cendré. Ces fourmis présentent un
exemple des sociétés mixtes ; aussi allons-
nous donner quelques détails particuliers
sur leurs mœurs.
Elles ont de grands rapports avec les
fourmis fauves, tant par la forme et la cou-
leur de leur corps, que par leur manière
de bâtir. Nous allons laisser parler M. Hu-
hert, qui donne des détails fort curieux.
« Une des occupations ordinaires des four-
missanguines, ést d'aller à la chasse de cer-
tainés petites fourmis dont elles font leur
pâture; elles ne sortent jamais seules, on
Cite Li dde”: Li 4.1
FD 27 + + LM 4
DES FOURMIS. 253
keswoit aller par petites troupes, s’'embus-
quer près d’une fourmilière , attendre XPen-
trée qu'il en sorte quelque individu, et
s’élancer aussitôt pour s’en saisir, Les in-
sectes qu'elles rencontrent sur leur chemin
deviennent aussi leur proie quand elles peu-
vent les arrêter.
« On ne trouve point chez les sanguines,
non plus que dans les autres fourmilièrés
mixtes, de mâles et de femelles de fourmis
auxiliaires. Les femelles sanguines sont fe-
marquables par la vivacité de leurs couleurs.
Les mâles ressemblent beaucoup à ceux de
la fourmi noir-cendrée, si ce n’est qu’ils ont
le corps plus allongé ; on les voit partir en*
même temps que les femelles, et ils sont alors
accompagnés d’un double cortége, comme
ceux des fourmis légionnaires.
« Tant de rapports entre ces fourmis me”
faisaient soupçonner que les sanguines s’ ap-
provisionnaient de noir-cendrées, de laméme
manière que les roussâtres ; je les épiai de
jour en jour; et je fus témoin de plusieurs
expéditions. En voici un exemple qui pourra
donner une juste idée de leur tactique.
VII. 22
+ #
v
"254 HISTOIRE NATURELLE
«Le 15 juillet, à dix heures du matins la
fourilière sanguine envoïe en avant une
poignée de ses guerriers. Cette petite troupe
marche à la hâte jusqu’à l’entée du nid des
fourmis cendrées, situé à vingt pas de la
fourmilière mixte : elle se disperse autour
du nid. Les habitans aperçoivent ces étran-
gères, sortent en foule pour les attaquer ,
et en emmènent plusieurs en captivité; mais
les sanguines ne s’avancent plus , elles pa-
raïissent attendre du secours; de moment
en moment je vois arriver de petites bandes
de ces insectes qui partent de la fourmilière
sanguine, et viennent renforcer la première
“brigade. Elles s’avancentalors unpeu davan-
tage, et semblent risquer plus volontiers
d'en venir aux prises; mais plus elles ap-
rochent des assiégées, plus elles paraissent
empressées à envoyer à leur nid destespèces
de courriers. Ces fourmis, arrivant en hâte,
jettent l'alarme dans la fourmilière mixte ,
et aussitôt un nouvel essaim part et marche
à l’armée, Les sanguines ne se pressent point
encore de chercher le combat ; elles nalar-
ment les noir-cendrées que par leur seule
DES FOURMIS. 255
présence; celles-ci occupent un espace de
deux pieds carrés au-devant de leur four-
milière ; la plus grande partie de la nation
est sortie pour attendre l’ennemi.
« Tout: autour dw camp on commence
à voir de fréquentes escarmouches, et ce sont
toujours les assiégéesiqui attaquent les as-
siégeantes. Le nombre des noir= cendrées,
assez considérable, annonce une vigoureuse
résistance; mais elles se défient de leurs
forces , songent d’avance au salut des petits
qui leur sont confiés, et nous montrent en
cela un°des plus singuliers traits de pru-
dence dont l’histoire des insectes nous four-
nisse l'exemple : Long-temps ayant que»
le succès puisse être douteux; elles appor-
tent leurs nymphes au-dehors de leurs sou-
terrains ; et les amoncellént. à l'entrée du
nid; ducôté opposé à celüi d'où viennent les
fourmis sanguines, afin de pouvoir les em-
porter plus aisément si-le sort.des armes
leur est contraire. Leurs jeunes femelles
prennent la fuite du même côté; le danger
s'approche; les sanguines se trouvant en
force se jettent au milieu des noir-cendrées.,
256 HISTOIRE NATURELLE. A
les attaquent sur tous les points , et parvien-
nenË jusque sur le dôme de leur cité, Les
noir:cendrées’, après une vive résistance,
renoncent à la défendre, s'emparent des
nymphes.qu'elles avaient rassemblées hors
dela fourmilière , etrles emportent au loin.
Les sanguines les poursuivent et cherchent
à leur ravir leur trésor. Toutes les noires
sont en fuite; cependant, on en voit quel-
ques unes se jeter avec un véritable dé-
voñment aumilieu des ennemis, et péné-
trer dans les souterrains, dont elles sous-
traient encore au pillage quelques larves
qu’elles emportent à la hâte.
” « Les fourmis sanguines pénètrent dans
l'intérieur , s'emparent de toutes les. ave-
nues, et paraissent s'établir dans le nid dé-
vasté. De petites troupes arrivent alors de
la fourmilière mixte, et l’on commence à
enlever ce qui restesde larves et:de nym-
phes. Il s'établit une chaîne continue d’une
demeure à l’autre, et la journée se passe de
cette manière. La nuit arrive avant qu’on ait
transporté tout le butin : un bon nombre de
sanguines restent dans la cité prise d'assaut,
DES FOURMIS, | 257
etle lendemain, à l’aube dou jour , elles re-
commencent À dnstéher leur proie. Quand
elles ont enlevé toutes les nymphes, elles
se portent les unés les'autres dans la four-
milière mixte, jusqu’à ce qu'il n’en reste
plus qu'un petit nombre: Mais j'aperçois
quelques couples aller dans un sens con-
traire; leur nombre augmente, Une nou-
velle résolution a säns ‘doute été prise chez
ces insectes vraiment belliqueux; un recru-
tement nombreux s'établit sur la fourmi-
lière mixte, en faveur de la ville pillée,
et celle-ci devient la cité sanguine. Tout y
est transporté avec promptitude : nymphes,
larves, mâles et femelles ; auxiliaires et ama-
zones, tout ce que renfermait la fourmi-
lière mixte est déposé dans l'habitation con-
quise, et les fourmis sanguines renoncent
pour jamais à leur ancienne patrie. Elles
s’établissent en lieu et place dés noir-cen-
drées, et là entreprennent de nouvelles in-
Vasions. »
Les fourmis sanguines ne font pas leurs
expéditions contre les noir-cendrées aussi
souvent que les roussâtres. Ellesn’attaquent
258 HISTOIRE NATURELLE
que cinq ou six fourmilières dans un été,
et se contentent d’un certain nombre de
“domestiques. M. Hubert remarque que les
noir-cendrées , attaquées par les sanguines,
se conduisent différemment que lorsqu'elles
ont affaire aux fourmis roussâtres, L’impé-
tuosité de ces dernières ne leur laisse pas le
temps de se défendre ; la tactique des assié-
geans étant différente, celles des assiégés
devait l'être aussi; très carnassières et tou-
jours occupées de chasse, les sanguines ne
péuvent se passer de ces auxiliaires, car
leurs petits se trouveraient alors sans dé-
fense. Les fourmis mineuses enlevées de la
fourmilière, dans leur jeune âge, leur ren-
* dent aussi les mêmes services. Mais ce qui
est bien remarquable , c’est qu’il existe des
fourmilières sanguines, où l’on voit ces deux
espèces d’auxiliaires. |
Cette espèce se trouve en France, et est
plus commune en Suisse.
mit | LA 1 usb 2"
DES FOURMIS, 259
La Fourmi noir-cendrée, Formica
Jusca. :
L'ouvrière a un peu plus de deux lignes
de long ; elle est d’un noir cendré, avec la
partie inférieure des antenñes et les pates
rougeâtres; la femelle est d’un noir très
luisant, avec un léger reflet bronzé ; le mâle
est noir, avec l’anus et les pates d’un rouge
pâle.
Cette espèce est une de celles qu'Hubert
appelle fourmis maconnes ; les monticules
qu'elle élève offrent toujours des murs épais
formés d’une terre grossière et raboteuse,
des étages. très prononcés, et de larges.
votes soutenues par des piliers solides ; on
n’y trouvera ni chemin, ni galeries propre-
ment dites; mais des passages en forme
d’œil-de-bœuf, partout de grands vides,
de gros massifs de terre , et l’on remarquera
que les fourmis ont conservé une certaine
proportion entre les piliers et la largeur des
voûtes auxquelles ils servent de support,
260 HISTOIRE NATURELLR
ET HS
La Fourmi jaune, Formica-flava.
Elle est d’un roux jaunâtre luisant;
l’écaille est presque carrée, entière.
Cette espèce choisit les parcelles les plus
fines des arbres daus lesquels elle s’est
établie, les mélange avec un peu de terre et
des toiles d’araignée ; et forme une matière
de la consistance du papièr mâché, et avec
laquelle elle construit des étages entierstde
son habitation ; elle sert de boussole aux
habitans des Alpes, parce que son nid se
dirige constamment de l’est à l’ouest; ces
fourmilières sont très multiples et plus éle-
vées dans les montagnes que partout ailleurs;
_ leur sommét ét la” pente la plus rapide sont
tournés au levant d’hiver ; mais elles vont en
talus au côté opposé; ces faits ont été com-
muniqués à Hubert par des montagnards;
il les a vérifiés lui-même sur des milliers de
ces fourmilières.
La Fourmi brune, Formica brunnea.
Elle est d’un brun rougeûtre clair; son
abdomen est obscur; cette espèce, qui n’a
CT » 4 cab tunhiriss TT ft CN MÉRS V2 +
DES FOURMIS. 26x
pas plus d’une ligne et demie de longueur ,
se fait remarquer par son industrie, et la
perfection de son travail ; c’est une de celles
qu'Hubert appelle fourmis maçonnes.
Cette fourmi construit son nid par étages
de quatre à cinq lignes de haut, dont les
cloisons n’ont pas plus d’une demi-ligne
d'épaisseur ; ces étages sont égaux, et sui-
vent laspente de la fourmilière; il y en a
quelquefois plus de vingt dans la partie su-
périeure, et au moins autant au-dessous
du sol. h
M: Hubert a observé que cette espèce sort
la nuit, et presque jamais le jour ; il les a
vues travailler; pour cela elles choïsissent
un temps de pluie; c'est alors qu'on peut
les voir déployer tout leur talent pour lar-
chitecture + alors elles apportententre leurs
mandibules de petites parcelles de terre;
elles les placent à l'endroit où elles doivent
rester, les divisent, et les poussentavec leurs
dents, de manière à remplir les plus petites
inégalités de la muraïlle. Quand elles ont
construit assez de ces petites murailles, et
qu’elles ont à peu près quatre ou cinq lignes
262 HISTOIRE NATURELLE
de haut, elles les réunissent en faisant un
plafond de forme cintrée; pour cela elles
placent leurs parcelles de terre dans un sens
horizontal, de manière à faire au-dessus
de chaque mur un rebord qui, venant bien-
tôt à rencontrer celui du mur opposé, forme
le plafond; tout cela se fait toujours pendant
la pluie, qui, au lieude diminuer la cohésion
des particules de terre, semble l’augmenter
encore; ces parcelles de terre mouillée,
qui ne tiennent encore que par juxta-
position, sont liées étroitement; les inéga-
lités disparaissent, le dessus de ces étages ,
composé de tant de pièces rapportées, ne
présente plus qu’une seule couche de terre
bien unie, et n’a besoin pour se consolider
entièrement; que de la chaleur du soleil.
Cette espèce est assez commune; elle
place sa fourmilière dans les herbes, sur le
bord des sentiers,
é
-
°.
+
Ë
»
DES MUTILLES. 263
XXV: GENRE.
MUTILLE.
Caractères génériques. Antennes courtes, filiformes;
premier article long. — Quatre antennules iné-
gales; les antérieures un peu plus longues, com-
posées de six articles ; dont le troïsième conique,
assez gros , le dernier cylindrique, assez gros; les
postérieures composées de quatre articles moni-
liformes, dont le dernier plus petit. — Aïgaillon
simple et très fort caché dans l’abdomen.— Trois
petits yeux lisses.
Les mutilles ont deux antennes filifor-
mes, point coudées; les antennules posté-
rieures à quatre articles les distinguent des
tiphies, qui en ont cinq à ces mêmes anten-
nules.
Ils ont souvent quatre ailes membra-
neuses,.veinées, inégales; quelquefois ils
n’en ont point, L’abdomen est uni au cor-
selet par un pédicule court, qui n’est jamais
chargé d’écaille, caractère qui peut servir
à les distinguer des fourmis.
Les antennes sont insérées au milieu du
- front, et rapprochées,
v# : + F
La
264 HISTOIRE NADURELLE
La lèvre supérieure est avancée , de con-
‘ sistance cornée, presque conique; les anten-
nules sont insérées sur son extrémité.
La tête est petite, ronde,. penchée ;
l'abdomen sessile renferme un aïguillon pi-
quant.
| Les tarses sont composés de cinq ar-
ticles.
Le corps des mutilles est toujours velu.
La France ne produit que peu d'espèces
de ce genre. Faute d'observations, nous ne
pouvons rien dire de leurs mœurs ; tout ce
qu’on sait c’est qu'ils se trouvent courant
dans les sablonnières, où cachés sous des:
pierres, où même sur les fleurs. Ces der-
e niers sont les individus ailés : ceux-ci sont
mâles ou femelles. Plusieurs auteurs ont re-
"FM lesmutilles aptères comme des mulets.
. Cetteassertionaété contredite par d’autres.
On n’en trouve que trois ou quatre es-
pèces aux environs de Paris; mais les par-
ties chaudes des cinq parties du monde en
produisent beaucoup d’espèces qui atteignent
d'assez grandes tailles.
EL ÉCÉ UL AÉ. ZES Lis :
A D, Pt
? DES MUTILLES.. | 265
La Mutille européènne, Mutilla
europæa. à ù
La tête de cettemutille est noire; son'cor-
selet roux, un peu noïr dans sa partie an-
térieure; l'abdomen est noir, mais sa base
et le bord des segmens sont d’un blanc bril-
lant, imitant presque l'or. .
Le mâle est d’un noir bleuâtre , avec le
dessus du corselet rouge ; l'abdomen a trois
bandes blanches , dont la dernière plus rap-
prochée.
La Mutille mélanocéphale, Mutilla
melanocephala.
Elle est plus petite que la précédente ; les L
antennes sont fauves ; la tête est un peu ve-
lue, pointillée, noire, ou d’un brun plus -
ou moins foncé ; le corselet est fauve; l’'ab= ,
domen a le premier et le second anneau
fauves, etles autres noirs ; le second anneau
n’est pas si grand que dans les autres espèces;
les pates sont fauves.
Elle est rare aux environs de Paris.
ir. 23
+
266 HISTOIRE NATURELLE
La Mutille rufipède, Mutilla rufipes.
Elle est encore plus petite que la précé-
dénte; les antennes sont fauves, avec l’extré-
mité noirâtre ; la tête est velue, pointillée,
noire ; le corselet est peu velu, pointillé,
fauve; l'abdomen est noir, avec le premier
anneau fauve, et quelquefois noir; le se-
cond’ a un point blanc, et le bord cilié de
blanc; le ‘troisième a une bande blanche;
leswpates sont fauves.
Commune aux environs de Paris.
DES FRELONS. 267
XXVI GENRE.
FRELON.
G. Crabron. LarTR.
Caractères génériques. Antennes filiformes, guère
plus longues que la tête, composées de douze ar-
ticles. — Mandibules arquées, minces , cornées,
très dures, terminées par trois dents. — Trompe
très courte, presque cornée, composée de trois
pièces. — Quatre antennules; les antérieures
composées de six articles, dont les.trois premiers
plus gros, presque rhomboïdaux; les postérieures
de quatre articles. — Trois petits yeux lisses. —
Corps ras. $
Lxs frelons ont beaucoup de ressemblance
avec les guêpes ; mais les mandibules des
guépes sont larges, voütées, obliquement
tronquées et multidentées ; celles des frelons
sont , au contraire, minces et terminées par
trois dents inégales; les ailes supérieures
des guépes sont pliées , et celles des frelons
sont étendues. :
Les antennes des frelons sont filiformes ,
guère plus longues que la tête, et compo-
sées de douze articles, dont le premier est
268 HISTOIRE NATURELLE
cylindrique, un peu plus gros et un peu
plus long que les autres ; le second est très
court ; le troisième est allongé, un peu plus
mince à sa base; les autres sont cylindriques,
égaux, peu distincts; elles sont rapprochées
et insérées à la partie antérieure de la tête.
La bouche est composée d’une lèvre su-
"périeure coriace, courte, très large, de deux
mandibules, d’une trompe, et de quatre
antennules.
La tête est ordinairement grosse , un peu
plus large que le corselet auquel elle est
unie par un cou très mince; les yeux sont
grands, ovales, peu saillans; au sommet
dela tête, on aperçoittrois petits yeux lisses,
arrondis , saillans , disposés en triangle.
Le corselet est convexe, assez gros,
simple.
L'abdomen est ovale, plus ou moins
oblong, et composé de six anneaux distincts ;
il est armé d’un aiguillon fort, semblable à
celui d’une guêpe ; l’insecte le fait sortir à
son gré; la piqûre en est douloureuse
comme celle des abeilles et des guépes.
Les ailes sont membraneuses, veinées ,
DES FRELONS. * 269
inégales ; les supérieures sont étendues, une
fois plus longues que les inférieures, et dé-
passent un peu l’abdomen ; elles ont leur
attache à la partie latérale du corselet:
Les pates sont de longueur moyenne; les
cuisses simples ; les tarses à cinq articles.
.
Le Frelon criblé, Crabro cribrarius.
Ce frelon a les antennes noires, un peu
renflées , et comprimées au milieu; avec le
premier article aminei à sa base; la tête est
noire, un peu velue, avec un léger duvet
argenté sur la lèvre supérieure ; le corselet
noir a deux lignes interrompues , l’une à sa
partie antérieure, l’autre sur l’écusson ; l’ab-
domenest oblong, noir, luisant ; le premier
anneau porte une bande jaune , ‘ainsi que
les deux derniers ; le second, deux taches
presqueréunies, et le troisième deux taches
transversales de même couleur.
Les pates sont d’un jaune fauve et les
cuisses noires; la jambe des pates anté-
rieures est large, difforme, terminée par
une lame écailleuse, concave, et parsemée
270 HISTOIRE NATURELLE
de petits pointsitransparens, et qui au pre-
mier coup d'œil paraissent comme percés.
M. Rolander/les croyant réellement percés,
a supposé que c'est dans la concavité de ces
lames que ce frelon, qu'il appelle , ainsi que
Degéer, guépe-ichneumon, rassemble les
poussières des étamines des fleurs de toute
espèce, et que ces poussières leur ser-
vent de nourriture. Il dit avoir vu le plus
fin de cette poussière farineuse ‘passer par
les’ petits trous , et tomber sur les pistils des
fleurs en forme de petite pluie pour les fé-
conder apparemment. Cette hypothèse pour-
rait paraître plausible aux amateurs des
causes finales, qui, sans consulter la nature,
veulent assigner un üsage à tout, et expli-
quent ses intentions dans leur cabinet. Ce
bel édifice s'écroule par sa base; les lames
demotre frelon ne sont point percées, mais
parsemées de points transparens, ainsi
qu’un examen moins superficiel en a con-
vaincu Degéer, qui soupçonne qu’elles ont
été données au mâle pour tenir sa femelle
plus étroitement embrassée au moment de
l’accouplement.
DES FRELONS. 297
Quoïque les tarses de ses pates antérieures
aient le même nombre de pièces que ceux
des postérieures, leur singulière conforma-
tion les fait paraître presque monstrueux ;
ils sont comme comprimés ou raccourcis,
et gagnent en largeur ce que ceux des au-
tres ont en longueur; la première partie
de ce tarse singulier, la plus longue de
toutes, est torse ou courbée ; les trois sui-
vantes sont de la même largeur que la pré-
cédente l’est à son extrémité ; elles sont
courtes, et aboutissent vers un des côtés en
pointe assez longue; la cinquième et der-
nière partie à une figure très irrégulière “à
c’est à elle que sont attachés les deux ero-
chets, et les deux pelotes qui sont comme la
plante du tarse : l’un des deux crochets est
fort court ; mais l’autre est long et comme
difforme; ces pates antérieures sont très
garnies de poils, excepté la lame écailleuse.
Cet insecte a environ sept lignes de long.
272 HISTOIRE NATURELLE
Le Frelon à bouclier, Crabro cly-
peatus.
Cet insecte n’a guère que quatre lignes de
long; les antennes sont noires, avec un peu
de jaune au-dessous du premier article; la
tête estnoire, avec un léger duvet argenté
sur la dèvre supérieure; elle n’est pas si
grande que dans les espèces précédentes, et
se termine en cône postérieurement; le
corselet est noir, légèrement velu, marqué
d’un petit point jaune de chaque côté au-
devant des'ailes; l’abdomen est noir, avec
une tache transversalehde chaque côté sur
les trois premiers anneaux (quelquefois ces
taches forment des bandes par leur réu-
nion), et une bande sur chacun des autres;
ces taches et ces bandes sont jaunes; les
pates sont jaunes, avec un peu de noir sur
les cuisses, et les tarses bruns; la jambe
antérieure est un peu dilatée, ciliée et ter-
minée par une lame écailleuse concave ,
d’un jaune blanchâtre , sans points transpa-
rens; cette pièce, dans cette espèce, n’est
DES FRELONS. 273
que la dilatation du premier article du
tarse.
&
Le Frelon trident, Crabro tridens.
La forme de ce frelon est absolument dif-
férente de celle des précédens ; il n’a que
deux lignes de long ; mais il est plus large
en proportion que ceux que nous venons
de décrire ; sa tête est noire; sa lèvre est
bordée d’un léger duvet argenté ; le corse-
let est noir, sans tache. L’écusson est armé
de deux petites dents de couleur jaune, et
en dessous d’une pointe plus grande, cana=.
liculée, noire ; l'abdomen est noir, glabre;
tous les anneaux ont de chaque côté une
tache jaune; les pates sont rousses, et les
cuisses noires.
Il se trouve au midi de l’Europe.
Le Frelon souterrain, Crabro sub-
terraneus.
Il a cinq lignes de long; la tête est noire,
avec la lèvre supérieure argentée ; les an-
tennes sont noires, avec le premier article
274 HISTOIRE NATURELLE
jaune en dessous ; le corselet est noir, avec
un petit point sous les ailes, et deux à la
place de l’écusson; l'abdomen est glabre ,
noir, luisant , avec cinq taches oblongues ,
jaunes, et placées de chaque côté, dont les
deux dernières sont réunies; pates ferru-
gineuses ; ailes légèrement obscures.
Commun aux environs de Paris.
XXVII GENRE.
GUÊPE.
Caractères génériques. Antennes filiformes , presque
coudées; premier article allongé, cylindrique. —
Mandibules cornées, dentées, — Trompe courte,
formée de trois pièces;/celle da milieu, trifide;
division intermédiaire large , échancrée. — Quatre
antennules filiformes ; dernier article plus mince.
— Yeux entaillés. — Aïles plissées. — Trois pe- ,
tits yeux lisses. — Corps ras.
Les guépes diffèrent des abeilles par le
corps moins velu, et la trompe très courte ;
des bembex, par la lèvre supérieure plus
courte, et les mandibules larges et dentées.
Les frelons se distinguent des guépes par
leurs mandibules minces, la tête ordinai-
DES GUÈPES. 275
rement grosse, et par les trois premiers ar-
ticles des antennules Mag ge etpresque rhom-
boïdaux.
Les antennes sont filiformes, composées
de douze articles; elles sont insérées à la
partie antérieure de la tête au-devant des
yeux. |
La bouche est composée d’une 1ère su-
périeure coriacée, assez grande, arrondie ,
ou un peu anguleuse et ciliée À sa partie
antérieure ; de deux mandibules, d’une
trompe courte, de deux antennules anté-
rieures , composées de six articles, et de
deux postérieures , composées de quatre.
La tête est à peu près de la largeur du
corselet , et unie à celui-ci par un cou très
mince; les yeux oblongs, peu saillans, un
peu entaillés à leur partie antérieure; la
partie supérieure porte trois petits yeux
lisses disposés en triangle.
Le corselet proprement dit, désigné par
quelques entomologistes sous le nom d’épau-
lettes est très court, et s’élargit un peu sur
les côtés ; le dos est un peu convexe, de
forme ovale.
276 HISTOIRE NATURELLE
” L'abdomen est oblongs il renferme un
aiguillon caché, très piquant; le pédicule
qui unit l'abdomen au éorselet est quelque-
fois court quelquefois allongé en forme de
poire:
Les pates sont minces , assez longues ; la
hanche > grande; les jambes antérieures ter-
minées par une épine droite, etrles autres
par deux.
Les ailes sont membraneuses, veinées ,
desgrandeur inégale; les supérieures sont
plissées longitudinalement dans leur milieu.
Quelques guépes , ainsi que les fourmis
et les abeilles, vivent en société. Compara-
bles à celles-ci par leur industrie, elles se
rapprochent des autres par leurs ravages.
L’abeille , continuellement occupée de ses
travaux, ne vit aux dépens d’aucuneêtre, et
l'aiguillon terrible dont elle est armée, n’est
pour elle qu’une arme défensive et pro-
tectrice de ses foyers. La guêpe, au con-
traire, est féroce, et ne vit que de rapines
et de brigandages. Son aiguillon est une
arme offensive, un moyen d’opprimer les
animaux plus faibles qu’elle. Cependant elle
DES GUÈPES. 277
n’enest pas môïfs policée, ni moins remplie
de tendresse pourses petits. Réunies dans'üne.
seule république , les guêpes n’épargneït ni
soins, ni travaux ; les ouvrages qu’elles exé--
cutent font honneur à leur patience, à leur
adresse, à leur industrie. Elles ont leur
architecture partieulière , et vraiment digne
d’admiration.
D'autres espèces sont solitaires, et exé-
cutentégalement d’admirables travaux, mais
plus difficiles à remarquer, parce qu'elles
vivent isolées : elles ont moins excité la cu
riosité de l’observateur, et les habitudes
de plusieùrs sont restées inconnues,
Nous allons passer à la description de
quelques espèces de ce genre nombreux.
L
La Guépelliserée , Vespa limbata.
G. Philanthe (Philanthus apivorus). Lawr.
Il est long de plus de six lignes ; la tête
est noire, avec une tache frontale échan-
crée, et les parties de la bouche jaunes; le
corselet est tacheté; l'abdomen est jaune ,
le bord antérieur des premiers anneaux a
VI, 24
278 HISTOIRE NATURELLE
ue bande noire, triangulaire, et placée
en dessus.
: On le trouve aux environs de Paris.
M. Latreille, dans un Mémoire lu à l’Ix-
stitut, a décrit les mœurs de cette espèce;
elles sont si remarquables, que nous don-
nerons ici-un court extrait de ce Mémoire,
en regrettant de ne pouvoir laisser, parler
ce savant.
Ce philanthe place son nid dans la terre;
il choisit un terrain d’une nature légère, et
exposé au levant; il creuse un trou de
plus d’un pied de profondeur, presque ho-
rizontal; c’est avec ses mandibules que ce
philanthe détache la terre ; il transporte
chaque parcelle hors de l'habitation, et
quand il est parvenu à creuser un trou suf-
fisamment profond, il va rôder sur les
fleurs des environs pour tâcher d’attraper
une abeille; aussitôt qu'il en voit une, il se
jette sur elle avec la plus vive impétuosité ;
celle-ci résiste, mais elle est bientôt piquée
par son adversaire, qui l’a saisie au corselct,
et cherche à la renverser sur le dos; quand
il y est parvenu , il enfonce son dard à la
DES GUÈPES. 279
jointure du corselet avec l'abdomen , où à
celle de la tête avec le corselet ; l’'abéïlle
tombe bientôt en convulsions ét meurt.
M. Latreille a vu le philanthe sucer le miel
attaché à la trompe d’une abeille qui l’éten=
dait en mourant : enfin, il saisit sa proie
entre ses pates , l'emporte dans son nid , et
la dépose au fond de sa galerie. Un œuf est
déposé sur cé cadavre, et la larve qui en
sortira doit s’en nourrir.
La Guépe rétréeie, Vespa coarctata.
G. Eumène. Lan.
Cette guëpe a la tête noire , avec un point
jaune à la base des antennes , et une tache
de même couleur à la base de la lèvre su-
périeure ; les antennes soht noires, jaunes à
la base; le corselet est noir, avec des taches
jaunes antérieurement, postérieurement et
sur les côtés ; le pétiole est allongé, noir,
avec deux points, et l'extrémité jaune ; le
premier anneau dé l'abdomen est très grand,
renflé, noir, avec une bande oblique jaune
de chaque côté; les autres anneaux sont
:
280 HISTOIRE NATURELLE
très courts , bordés de jauné; les pates sont
F4 avec un peu de noir aux cuisses; les
ailes sont noirâtres, avec un point jaune
à leur base.
Elle habite l’Europe : on la trouve aux
environs de Paris.
Cette guëpe construit sur les tiges des
plantes, principalement sur les bruyères,
de petit nids sphériques, avec de la terre :
elle remplit de miel chacun de’ces nids par
une ouverture qu’elle laisse en haut; elle y
dépose un œuf, et le referme ensuite; la
larve qui sort de l'œuf se nourrit avec le
miel, et ne sort de son nid que sous la forme
d’insecte parfait, par une ouverture qu’elle
fait àœun des côtés.
La Guépe mexicaine , Vespa mexicana.
G. Eumène. Lame.
Cette espèce a près d’un pouce de lon-
gueur; sa tête est noire , large , aplatie en
devant : on y voit en dessous, dans une
cavité; deux petites pièces écailleuses, re-
courbées , terminées en pointe, dont l’ex-
LÉ ML. “tds d Rs n.. de he...
bad’ p "*.
a
LES GUÈPES. # ati
trémité test Drivers le corselét, e ui
forment à l’insecte une espèce de trom
Les antennes sont noires, dela longueur du
corselet; le corselet est noir en dessus, uns
peu roux sur les côtés; le pétiole est al.
longé, renflé, d’un brun rougeâtre ; lab
domen est noir, allongé, conique; le pre-
nier anneau est très grand ; les pates sont
noires ; les ailes d’un bleu foncé noirâtre.
On la trouve à Cayenne et à Surinam.
» #
La Guëpe échancrée, Y’espa emar-
ginala.
G. Eumène. Lave.
Cette guépe, ainsi que la précédente, dif-
fère un peu, pour la forme, des guépes
d'Europe, surtout par la longueur du pé-
tiole; elle a les antennes ferrugineuses ,
noirâtres à l'extrémité, de la longueur du
corselet; la tête d’un brun noirâtre, la
lèvre supérieure ferrugineuse , le corselet
d'un brun ferrugineux, l'abdomen brun ,
allongé, conique, le premier anneau beau
coup plus grand que les autres ; le pétiole
fre
a $ msrorné NATURELLE |
Tong , arqué,.un peu renflé à l'extrémité ;
il a en dessous ,-vers son milieu , deux pe-
tites pointes peu visibles; les aïles sont d’un
- brun violet.
_… Onla trouve dans l'Amérique méridio-
- male et à Surinam.
La Guëpe Frelon, Fespa Crabro.
Cette espèce a les antennes obscures, avec
la base ferrugineuse ; la tête est ferrugineuse,
pubescenté, et la lèvre supérieure jaune ;
les mandibules sont jaunes, avec l’extré-
mité noire; le corselet est noir, pubescent ;
sa partie antérieure, et quelquefois l’écus-
son, sont d’un brun ferrugineux; le pre-
mier anneau de l’abdomen est noir , avec la
base ferrugineuse, et le bord légèrement
jaune; les autres anneaux sont noirs à la
base, jaunes à l'extrémité, avec un petit
point noir latéral sur chaque anneau : ce
point est contigu au noir de la base ; les
pates sont d’un brun ferrugineux; les ailes
ont une légère teinte roussätre.
Cette espèce vit en société; elle fait son
Insectes. PE 46.
FRE É :
À
al
e
Baraband del. 3 iles ii
1. M. Luropcen. 4.G. Frelon F,
2.F. Crible’, 4. G. Commune.
5.G. Frelon M.
LE
ns- 220 SC OS:
x s VE F
# o # ? Le À
DES GUÊPES. 263 "07
nid dans le creux dés vieux troncs d'arbre.
Ces sociétés sont composées d'individus de
trois sortes : les mâles , les femelles, et les
ouvrières. Ces dernières ont environ un
pouce de long; la taille desmâles et des
femelles va jusqu’à quatorze lignes. »
Le nid de cette espèce de guêpes est cou-
leur feuille-morte, ou plutôt de cette couleur
jaunâtre qu'ont assez souvent les poudres
d’un bois à moitié pourri. Dans différentes
saisons de l’année, on trouve quelquefois
une grande quantité de menues branches
de frêne dépouillées en partie de leur
écorce, et l’on enteñd voltiger autour un
grand nombre de nos frelons , probablement
occupés à récolter les filamens de cette
écorce, qui, broyés par leurs mandibules,
fourmiront la matière la plus propre à la n
construction de leur nid. Ils y récoltent en
même temps une liqueur claire et sucrée qui &
s'écoule des endroits nouvellement rongés.
Nos frelons semblent savoir que la ma-
tière dont leur guëpier doit être fait, ne
résistérait pas à de grandes pluies à de
forts vents. Ils le construisent à l'abri, soit
28% HISTOIRE NATURELLE
dans des greniers , soit dans les trous de
quelque vieux mur, mais le plus souvent
dans de gros troncs d’arbre dont l’intérieur
est pourri; là, ils parviennent sans peine
à faire une grande cavité, en détachant des
fragmens d’un bois prêt à tomber en pous-
sière, Le trou, qui est la porte pour y ar-
river, n’a souvent qu'un pouce de diamètre,
ebme laisse pénétrer, par conséquent, que
très peu d'humidité.
La grosseur des frelons leur donne une
grande supériorité sur la plupart des mou-
ches qu'ils attaquent; «mais ce qui sauve
beaucoup de celles-ci, et en particulier beau-
coup d’abeilles , c’est que le vol des frelons
est un peu lourd; il est accompagné d’un
bourdonnement qui doit également avertir
leur victime de les fuir. Les frelons sont
armés d’un aiguillon très fort ; leur piqüre
esb très douloureuse, mais ils ne se jettent
sur l’homme que lorsqu'ils sont inquiétés.
… Revenons à la description de leur nid,
en le prenant dès son origine , pour mieux
fairessentir son développement et sa con-
struction. Au printemps, les femelles fre-
DES GUÈPES: 285
lons, rahimées par la chaleur de, l’atmo-
sphère’, sortent de leur retraite, et se met-
tent en quête d’un endroit convenable pour
y établir leur guépier. Ce lieu trouvé ; elles
y posent les prefhiers fondemens de l’édi-
fice, c’est-à-dire un prémier pilier gros et
solide , de même matière que le reste , maïs
beaucoup plus dur et beaucoup plus com-
pacte. Il est toujours placé dans la partie
la plus élevée de la voûte. À ce pilier,
elles attachent une espèce de calotte de
méme matière, qui doit servir de toit à
Védifice, et empêcher que les ordures qui
se détacheraient de la voûte ne tombent sur
les gâteaux. C’est en dedans de cette voûte
qu elles posent un deuxième pilier, qui
n’est en quelque sorte que la continuation
du premier; c'est celui qui va servir de
base au premier yâteau de cellules. Ces.
cellules sont hexagones, et leur ouverture
est tournée par.en bas. La mère en con-
struit quelques unes. Comme on ne trouve”
au printemps. que des femelles, il est pro-
bable qu’elles ont été fécondées avant Mhi-
ver. Ce qui est certain, c’est que nos fc-
286 HISTOIRE NATURELLE
melles commencent leur ponte dès qu’elles
ont quelques cellules à leur disposition. :
Bientôt ces œufs éclosent, et la mère nourrit
de sa chasse les petits vers qui en sortent.
Ceux-ci , après avoir pris tout leur accrois-
sement, tapissent de soie leur cellule lors-
qu'ils se disposent à la transformation , et
la bouchent d’un couvercle de soie C’est
sous cette enveloppe qu'ils subissent leur
métamorphose ; ils en sôrtent insectes par-
faits, c’est-à-dire avec leurs ailes dévelop-
pées. Ces premiers nés sont dé ceux que
Réaumur et les añiciens auteurs ont règardés
comme privés de sexe, et qu'ils ont appelés
mulets. L’analogie nous porte à croire que
ce sont des femelles dépourvues d’ovaires.
Au reste, ce sont les ouvrières, c’est-à-
dire ce sont elles qui s’occuperont doré-
navant des travaux de construction , et de
lanourriture des vers. La femelle continuant
à pondre, la. famille s’'augmente, et le loge-
- ment se trouvant trop petit, nécessite des
augmentations; les ouvrières augmentent
l'enveloppe et le gâteau qu'il contenait ; et
quand celui-ci estpoussé jusqu'au bord
DES GUÈPES. 287
‘dé cetté enveloppe, un autre est sur:le-
champ commencé. Ce dernier est attaché
au premier par, un ou plusieurs piliers.
Bientôtl’enveloppe est achevée, de nouveaux
gâteaux la remplissent ; alors il nè reste
plus qu'une ouverture au nid qui correspond
à l'ouverture du trou où il est logé. Ce n’est
que dans le mois de septembre, et dans le
commencement d’octobre, que de jeunes
femelles et de jeunes mâles quittent leur
état de nymphe. Toutes les guépes de ces
deux sortes, et celles de la troisième, c’est-
à-dire les ouvrières, qui ne pourraient pa-
raître hors des gâteaux que vers le com-
mencement de novembre, sont ordinaire-
ment mises à mort avant la fin d'octobre,
surtout si les froids ont commencé à se faire
sentir.
Les frelons, au lieu de continuer à nour-
rir les vers, ne s'occupent alors qu’à les ar-
racher de leurs cellules, et à les jetemhor
du nid; ils ne font pas plus de grâce ail
uymphes. Les mulets et les mâles périssent
eux-mêmes journellement; de sorte qu'X la
fin de l'hiver, il ne reste que des femelles
288 HISTOIRE NATURELLE
qui ont passé celte saison ego dede fond
du nid.
On rencontre en automme les mâles et jé
femelles «sur les arbres d’où découlent des
liqueurs acides et sacrées. Elles né retour-
nent plus au nid, et périssent misérablement
aux premiers froids. Ainsi finit cette société,
dont la plus grande population n'excède
guère cent à cent cinquante individus.
La Guépe commune, Vespa vulgaris.
La femelle a de huit à neuf lignes de
long; les antennes sont noires ; la tête est
noire, avec le tour” des yeux et la lèvre su-
périeure d’un jaune obscur; les mandibules
sont jaunes’, avec l’extrémité noire; le cor-
selet est noir, légèrement pubescent, avec
une tache oblongue irrégulière, de chaque
côté, au-devant des ailes; un point calleux
à-l’origine des ailes, une tache au-dessous
*. quatre sur l'écusson , jaunes ; l'abdomen
est jaune, avec la base des anneaux noire,
et un point noir distinct de chaque côté ; le
premier a une tache noire en losange au
LE
\
DES GUÉÊPES. 28ÿ
_ milieu ; et les aûtres ont une tache presque
triangulaire, contiguë au noir de la base;
les pates sont d’un jaune fauve, avec la base
des cuisses noire,
Le mâle est plus petit, et a une forme
plus allongée; les antennes sont plus longues
que le corselet, et le point latéral de chaque
anneau est souvent réuni au noir de la base.
Cette espèce, qui fait son nid sous terre,
n’est pas seulement avide de fruits, elle est
au rang des insectes les plus carnassiers,
Elle fait une guerre cruelle À toutes les au-
tres mouches ; mais surtout à celles du genre
des abeilles.
* On les voit souvent auprès des ruches se
saisir d’une abeille prête à rentrer dans son
habitation, et la porter par terre. Elle sé-
pare ensuite l'abdomen du corselet, et em-
porte celui-là apparemment comme plus
succulent, en ce qu’il renferme le miel*et
les intestins.
Elles ne se contentent pas &u petit gibier
que leur chasse leur peut fournir,nosviandes
les plus solides sont à leur goût; elles savent
trouver les lieux où nous allons les prendre;
VI. 25
h.
a j Libé ed rt be. à à fc fief “hé ST SL Sd de né à:
290 HISTOIRE NATURELLE
elles se rendent en grand nombre dans les
boutiques des bouchers de campagne. Là,
chacune s'attache à la pièce qu’elle aime le
mieux : après s’en être rassasiée, elle en
coupe ordinairement un morceau pour le
porter à son guépier. Ce morceau surpasse
souvent en volume la moitié du corps de la
mouche. Les bouchers sont obligés de leur
abandonner un morceau de rate ou de foie,
pour les empêcher de gâter leurs autres
viandes.
Après avoir pris un bon repas , et s'être
chargées de proie, élles retournent à leur
nid. La porte est un conduit d'environ un
pouce de diamètre ; il va rarement en ligne
droite, ct n’est pas toujours de la même
longueur, parce que le guépier est tantôt
… plus près, tantôt plus loin de la surface
de la terre. Il est rare cependant de trou-
ver des guépiers dont la partie supérieure
m soit à moins d’un demi-pied; les bords
extérieurs de ce conduit sont comme la-
bourés.
Ce’ trou est le chemin qui conduit à une
petite ville souterraine, qni n’est pas bâtie
a
ES TO CT NE LS ST ESS ST à, =
DES GUÉPES. 291
dans le goût des nôtres , mais qui a sa sy-
métrie : les rues et les logemens y sont régu-
lièrement distribués; elle est entourée de
murs de tous côtés, murs de papier, mais
forts du reste pour les usages auxquels ils
sont destinés, et qui ont quelquefois plus
d’un pouce et demi d’épaisseur,
Cette enveloppe extérieure a différentes
figures et grandeurs, selon celle des ouvrages
qu'elle renferme; leur figure extérieure la
plus commune cest celle d’une boule de
treize à quatorze pouces de diamètre.
C’est un papier, avons-nous dit, qui sert
à la former : et en effet, l’on connaît peu de
matière à quoi elle ressemble davantage,
quoique ce papier diffère un peu du nôtre,
Sa couleur dominante est un gris cendré,
mais de diverses nuances ; quelquefois elle
tire sur le blanc, et quelquefois elle ap-
proche du brun ou du jaunâtre; ces cou-
leurs, disposées par bandes, donnent une
singularité à tout l'extérieur du guépier. M
La surface de cette boule creuse est ra=
boteuse; elle paraît faite de coquilles bi-
valves, cimentées les unes sur les autres,
métis ni db, Dh cnd à … : D... se" ON Si) SEE LL à à
292 HISTOIRE NATURELLE
de façon qu'on ne voit qué leur extérieur
convexe.
Quand cette enveloppe est finie, elle a au
moins deux portes qui ne sont que deux trous
ronds. Les guêpes entrent continuellement
dans le guépier par l’un de ces trous, et
sortent par l’autre; en sorte qu’elles n’éprou-
vent aucun retard dans leurs travaux.
L'intérieur est occupé par plusieurs gâ—
teaux , parallèles et à peu près horizontaux.
Ils ressemblent À ceux des mouches à miel,
en ce qu'ils ne sont qu'un assemblage de
cellules hexagones très régulièrement con-
struites ; mais ils en diffèrent par beaucoup
de circonstances. Ils sont faits de la même
matière que l'enveloppe du nid, et la cire
n’y entre pour rien. En outre, les gâteaux
… des abeilles ont deux rangs de cellules qui
ont leursouvertures les unes opposées aux
autres ; celles de nos guépes n’ont qu'un
rang, et leurs ouvertures sont dirigées en
. bas. Les gâteaux des abeilles sont perpen-
diculaires à l'horizon, tandis que ceux-ci
sont horizontaux.
Les guépiers ont quelquefois jusqu'à
DES GUÈPES. 293
quinze ou seize gâteaux d’un diamètre pro-
portionné à celui de l'enveloppe. Tous ces
gâteaux sont comme autant de planchers
disposés par étages, qui fournissent dequoi
loger un nombré prodigieux d’habitans. Ils
laissent entre eux des chemins libres. Ces
intervalles sont décorés par un grand nom-
bre de colonnes, qui ne sont autre chose
que les liens nécessaires pour soutenir les
gâteaux. Ici les fondemens de l'édifice
sont à sa partie la plus élevée ; c’est toujours
en descendant que nos guêpes bâtissent. Ces
liens, faits de même matière que le reste des
gâteaux , sont massifs ; leur base et leur cha-
piteau ont plus de diamètre que le reste.
Il fallait aux guéêpes des chemins pour
arriver à ces étages. Ces chemins ont été ré-
servés entre les bords des gâteaux et les
parois intérieures de l’enveloppe : celles-ci
ne tiennent qu’en quelques endroits à la cir-
conférence des gâteaux.
Après avoir pris une idée grossière de
l'édifice, il est temps de voir comment les
guépes le bâtissent, de quel usage il leur est,
et à quoi elles s’occupent dans son intérieur.
Las
294 HISTOIRE NATURELLE
Mais ce sont des mystères qui se passent
sous terre, et qu’il a été impossible de dé-
voiler sans les tirer des lieux où elles ont
fait leurs établissemens. Mais il est facile
d’enlever le guépiers et de le transporter
sous une ruche vitrée. Un dérangement plus
considérable encore, ne forcerait point les
guépes à l’abandonner : une fois mises dans
une ruche, elles sont pacifiques, elles n’at-
taquent point l’observateur qui se contente
de les regarder.
Après qu’elles ont été logées, elles com-
mencent par travailler à réparer les désor-
dres qui ont été faits au guépier. Elles trans-
portent toutes les ordures qui peuvent être
tombées dans la ruche, attachent solidement
le nid contre les parois de cette ruche, et
travaillent à en réparer les brèches, à le
fortifier et à augmenter considérablement
l'épaisseur de son enveloppe.
Cette enveloppe est un ouvrage particu-
lier à nos mouches; il mérite une descrip-
tion plus étendue, Son épaisseur a souvent
un pouce,et demi : mais elle n’est point mas-
sive; elle est formée de plusieurs couches
EF DOS US De 2 2 à md ne. LR à L.
DES GUÊPES. 295
qui laissent des vides entre elles, de petites
voûtes mises les unes sur les autres. Cha
cune de ces voûtes est aussi mince qu'une
feuille de papier. À mesure que les guêpes
épaississent cette enveloppe, elles bâtissent.
une autre couche sur celles qui sont déjà
formées, et le nombre de ces couches ex-
cède quelquefois quinze ou seize. Cette en-
veloppe est une espèce de boîte, faite pour
renfermer les gâteaux.
Rien n’est plus amusant que de voir nos
guépes travailler à l’étendre ou l'épaissir ;
un grand nombre sont occupées à cet: oOu>
vrage, qu’elles font avec la plus grandescé-
lérité et sans confusion. Elles vont chercher,
dans la campagne, les matériaux, nécess
saires : la guépe qui les.a ramassés, revient
chargée d’une petite boule faite d’une pâte,
molle; elle la. tient entre ses, mâchoires, 2
Arrivée dans le guépier, elle la porte à
l'endroit où. elle. veut travailler, et l'y ap-
plique aussitôt; La guépe marche à reculons;
à chaque pas qu’elle fait, elle laisse devant
elle une portion de la boule, sans la déta-
cher du reste qu’elle tient entre ses deux
RÉ R.- - din d mnt dsl é …_ : Do RE
296 , HISTOIRE NATURELLE
premières pates. Lorsqu'elle l’a appliquée
entièrement, elle l’unit, en repassant plu-
sieurs fois dessus de la même manière. Les
matériaux qu'elle emploie sont des filamens
du boïs qu’elle enlève avec ses mâchoires ;
elle les humecte et les pétrit avant de les
mettre en œuvre.
Les guépiers, de méme que les ruches des
abeilles, renferment trois sortes d'individus,
qui sont les mâles, les femelles et les ou-
vrières. Ces dernières sont incapables de
contribuer à perpétuer leur espèce : leur
nombre surpasse de beaucoup celui des
mäles et des femelles; les plus grands tra-
vaux roulent sur elles. Ce sont elles qui bâ-
tissent, qui nourrissent les mâles, les femelles
et même les petits. Celles qui sont chargées
de l’approvisionnement, sont continuelle-
ment à la chasse : les unes attrapent de vive
force des inséctes qu’elles portent quelque-
fois tout entiers au guépier; les autres pil-
lent les boutiques des bouchers; d’autres
rävagent les fruits de nos jardins; elles les
rongent, les sucent, et en rapportent le suc.
Toutes font part de ce que leurs courses
RE at ne He. sed er à. on ts nétnéhts sd cotés
DES GUÊPES. 297
leur ont produit, aux mâles, aux femelles
et même à d’autres ouvrières qui, pour
avoir été occupées dans l’intérieur, n’ont
pu aller chercher de quoi vivre. Dès qu’une
, de celles qui sont chargées de l’approvision-
nement est arrivée » plusieurs guêpes s’as-
semblent autour d'elle, chacune prend sa
part de ce qu’elle apporte, mais tout se fait
de gré à gré sans combat. Celle qui n'a
trouvé que des fruits ne pouvant rapporter
une nourriture solide, régale quelques ha-
bitans du guépier de deux ou trois gouttes
d’uneliqueur sucrée qu’elle fait sortir de sa
bouche.
Les ouvrières sont les plus petites, les
plus vives et les plus actives; les femelles
sont les plus grosses et les plus pesantes;
dans de certains temps, il »’y en a qu'une
seule dans le guépier ; mais quelquefois il y
en à plus de trois cents. Les mâles sont de
grosseur moyenne; ils sont aisés À recon-
naître par leurs antennes, qui sont plus
longues que celles des mères et des ouvrières,
et recourbées à l’extrémité ; leur abdomen
kr
208 HISTOIRE NATURELLE
est composé de sept anneaux, celui des
mères et des ouvrières n’en à que six.
Les mères ne volent dans la campagne
qu'au printemps et en automne; pendant
l'été, elles sont renfermées dans l'intérieur
du guépier , occupées à pondre, et surtout
à nourrir leurs petits.
Un guépier qui a tous ses gâteaux, con-
tient ordinairement quinze à seize mille
cellules, dont chacune est remplie par un
œuf, un ver où une nymphe; ce sont les
vers qui occupent principalement les gué-
pes qui se tiennent dans l’intérieur du gué-
pier; celles-ci les nourrissent de la même
manière que les oiseaux nourrissent leurs
petits, en leur donnant de temps en temps
la becquée , après avoir ramolli dans leur
bouche les alimens que les vers ne pour-
raient digérer.
Vingt jours après que les œufs ont été
pondus, les vers sont prêts à se métamor-
phoser en nymphes; alors ils bouchent l’ou-
verture de leur cellule avec un couvercle
de soie qu'ils filent, comme font les che-
RS à M cn vol me. da “nt OS | de. es dd do. “à
na SO D de #7 2] . “à or St à
DES GUÈPES. 299
nilles en construisant leur coque. Là, ils se
changent en nymphes, et restent sous cette
forme huit ou neuf jours, au bout desquels
les guêpes se débarrassent de leur enve-
loppe; dès qu’elles l'ont quittée, elles font
usage de leurs dents pour se faire un pas-
sage en rongeant le couvercle de leur cel-
lule ; après l'avoir détaché, elles le pous-
sent en dehors, et sortentaussitôt, Ia cel-
lule ne reste pas long-temps vacante; dès
qu’elle-a été abandonnée, une wieille guêpe
la nettoie, et la rend propre à recevoir un
nouvel œuf,
Les cellules destinées à recevoir.les œufs
d’où doivent sortir les ouvrières, ne se
trouvent jamais placées parmi celles qui
renferment les œufs qui donnent les mâles
et les femelles; des gâteaux ‘entiers sont
composés de ces premières, ‘qui sont plus
petites que les autres.
Mais tout l'édifice des guépes, qui est un
ouvrage de quelques mois, ne doit durer
qu'une année; ‘cette habitation si peuplée
pendant l'été, est:presque déserte pendant
l'hiver, et entièrement abandonnée au prin-
ile cé ie, (nd ds à re Sd di ln
300 HISTOIRE NATURELLE
temps; le plus grañd nombre de ses habi-
tans périt en automne; quelques femelles,
destinées à perpétuer l'espèce, passent l’hi-
ver engourdies , et au printemps suivant,
chacune d'elles devient la fondatrice d’une
nouvelle république, dont elle est la mère;
alors elles n’ont pas une seule ouvrière à
leur disposition; c’est à elles à creuser, ou
à trouver sous terre un trou, à y bâtir des
cellules propres à recevoir leurs œufs, et à
nourrir les vers qui éclosent, jusqu’à ce que
quelques uns de ceux auxquels elles ont
donnénaissance, soient devenusinsectes ailés,
et puissent les seconder dans leurs travaux.
Comme les ouvrières sont les plus utiles, ce
sont elles qui naissent les premières ; les
mäles et les femelles ne paraissent que vers
la fin de l'été, et au commencement de
l'automne; leur accouplement a lieu dans le
guêépier même où ils sont nés.
L’occupation des mâles dans le guépier se
borne à le nettoyer et à en enlever les corps
morts. De même que les mâles des abeilles,
ils sont privés d’aiguillon; il n’y a que les
mères et les ouvrières qui en soient pour-
DES GUÉPES. 307
vues : celui des mères est plus long que ce-
lui des ouvrières, et la piqüre de ces armes
est beaucoup plus forte, et cause une dou-
leur plus vive que celle des abeilles ; la vio-
lente cuisson dont elle est suivie, est pro-
duite par une liqueur vénéneuse très lim-
pide introduite dans la plaies
La paix ne règne pas toujours dans les
républiques des guêpes; il y a souvent des
combats entre les ouvrières, ou entre celles-
ci et les mäles; ces derniers , quoique plus
grands, sont plus faibles ou plus lâches ;
mais les combats y vont rarement à mort.
Enfin, lorsque les premiers froids se font
sentir, nos guêpes, de même que les précé-
dentes, de mères si attentives qui nourris-
saient avec tant de soins leurs petits, de-
viennent des marâtres impitoyables ; elles
arrachent de leurs cellules tous les vers qui
ne s’y sont pas encore renfermés; les ou-
vrières et les mâles les portent hors du gué-
pier; rien n’est épargné , le massacre est
général. Il paraît qu’elles craignent que
leurs petits ne puissent supporter le froid
et la faim pendant cette saison, où elles
VIT, 26
0 ne bals tant dt ue | sd Gas dé Mt E dé
302 HISTOIRE NATURELLE :
trouvent à peine une nourriture peusolide ;
elles finissent ‘elles-mêmes par mourir Îles
unes après les autres , et de cette nombreuse
ille,, il me reste au printemps que quel-
ques mères.
Elle habite l’Europe: elle est très com-
mune aux environs de Paris.
. La Guépe cartonnière, Vespa
chartaria.
Cette espèce a environ ‘cinq lignes de
longueur ; ‘elle est noire ; élle a seulement
unpeu de jaune à la lèvre supérieure, à la
base desmandibules, derrière les yeux, à
la ‘partie antérieure du corselét, derrière
l’écusson et aux bords des einq'premiers an-
meaux ‘de l’abdomen; ses pates et ses an-
tennés sont noires.
Ælle est très commune à Cayenne.
Ces guêpes vivent ‘en société, dans ‘un
guépier qu'elles bâtissentsurune petite bran-
che d’arbre à laquelleäl tient par une espèce
. de tuyau placé à sa partie supérieure ; la
forme:de ces guépiers est un/peu conique;
/nwectes
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1.1. Guêpier de la
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2.L. Dorsigere :
3. Chrysis cnflamme .
+
PET REA ONE
él nt + nm dl te ÉS . - AS. ARS RS D à À
DES GUËPES. 303
celui que nous décrivons, a sept pouces de
longueur, et douze de circonférence ; mais *
on en trouve, de beaucoup plus grands. Ils,
sont entièrement recouverts d’une espèce de
carton fait de filamens de bois ramollis par
les guêpes ; elles forment avec ces filamens
différentes couches qu’elles collent parfaite-
ment les unes sur les autres. Ce carton a
plus d’une demi-ligne d’épaisseur ; il est
d’un blanc jaunâtre marbré de brun. C’est
sous cette enveloppe que sont renfermés les
gâteaux qui contiennent les cellules : le
nombre de ces gâteaux varie suivant la
grandeur du guépier ; on en trouve qui en
contiennent dix ou douze. Chaque gâteau
est convexe en dessous; c’est sur ce côté que
sont placées les cellules. Ces gâteaux ne
tiennent point les uns aux autres, il se trouve
un espace vide entre eux; mais leurs bords
sont solidement attachés à la couverture
dont ils paraissent faire partie. Chaque gâ-
teau est bâti à mesure que la république
augmente : la partie inférieure de l’enve-
loppe est la base sur laquelle sont placéés
les nouvelles cellules , après que les guêpes
sd — ST — … fiches à à
304 HISTOIRE NATURELLE
ont prolongé l'enveloppe de ce côté. Une
seule ouverture donne entrée aux guépes ;
elle est placée à la partie inférieure du
guépier, qui se termine en pointe mousse.
Les mœurs de ces guêpes ne nous sont
pas connues; mais on peut présumer qu’elles
diffèrent peu de celles des guëêpes d’Eu-
rope qui vivent en société.
>»
XXVIII GENRE.
LEUCOPSIS.
Caractères génériques. Antennes courtes, droites,
un peu plus grosses vers le bout; articles courts,
peu"distinéts. — Quatre antennules courtes; les
antérieures composées de quatre articles, les pos-
térieures de trois. — Ventre attaché au corselet par
“un pédicule court, — Aiguillon triple, recourbé,
relevé et appliqué sur le ventre dans la femelle.
— Trois petits yenx lisses.
Les leucopsis ont les antennes coudées,
placées au-devant de la tête, dans une pe-
tite cavité qui se trouve entre les deux
yêux ; elles sont composées de dix articles;
le premier beaucoup plus long que les au-
TS RSS ST ee
DES LEUCOPSIS, 305
tres; ellés vont en grossissant de la base au
sommet, et sont presque de la longueur du
corselet.
La tête est aplatie, de forme triangulaire ,
placée verticalement, appliquée contre le
corselet.
Le corselet est grand, convexe en des-
sus : il paraît formé de deux pièces; l’anté-
rieure est plus large que longue; la première
paire de pates y est attachée.
Les leucopsis sont très faciles à distin-
guer des guépes par la forme de leur abdo-
men, qui est comprimé, renflé vers le milieu,
obtus à l’extrémité. 11 paraît n'être composé
que de deux anneaux, dont le premier est
beaucoup plus court que le dernier, et at-
taché au corselet par un pédicule peu vi-
sible. Mais ce que l'abdomen des leucopsis
a de plus remarquable , c’est la séparation
de ces deux anneaux dans la plus grande
partie de leur circonférence : ils ne sont
joints ensemble qu’en dessous par une es-
pèce de charnière, qui laisse à l'insecte la
facilité de mouvoir son dernier anneau à
volonté. Cette séparation n’est visible que
..
PORT NT CS TO ENT PE D I a <— +
306 HISTOIRE NATURELLE
lorsqu'on cherche à la voir, parce qu’ordi-
_ nairement l'extrémité du premier anneau
recouvre entièrement la partie antérieure
du dernier; de sorte que ces deux anneaux
paraissent réunis, On remarque à la partie
supérieure du bord du dernier une échan-
coure assez profonde,
La conformation de l’aiguillon de cesin-
sectes n'est pas moins singulière que celle
de l'abdomen, au-dessous duquel il estplacé.
Il prend naissance près de sa base; il y est
appliqué et recouvert par une pièce étroite
qui se termine au-delà de l'extrémité de l’ab-
domen, où l’aiguillonse recourbe sur le dos,
ets’étend jusqu’au corselet, Dans cette partie,
il est renfermé dans une espèce de gaîne
composée de deux pièces. La femelle est
en outre pourvue d’une tarière de la lon-
gueur de l’aiguillon, qui a également son
insertion au-dessous et près la base de l’ab-
domen : elle est recouverte à son origine par
une pièce membraneuse qui s'étend jusque
vers le milieu de l'abdomen. Cette tarière
est filiforme, et recourbée sur le dos de
même que l’aiguillon.
DES LEUCOPSIS. 307
Les ailes supérieures sont à peu près de.
la longueur du corps; les inférieures sont
plus courtes.
Les pates antérieures sont countes; les
postérieures sont plus longues ; les euisses
postérieures sont très larges , aplaties inté-
rieuremént , convexes extérieurement : elles
sont dentées et arquées.
La manière de vivre de.ces, insectes n’est
point connue.
Ce genre ne renferme que trois espèces.
Nous décrirons celle qu’on trouve aux en-
virons de Paris.
La Leucopsis dorsigère, Leucopsis
dorsigera.
Elle a les antennes noires, jaunes à la
base, la tête noire, le corselet noir, avec
deux lignes jaunes à sa partie antérieure,
une à sa partie postérieure au-dessus de
l’écusson , et une de même couleur au-des-
sous de la base des ailes; l’abdomen est
presque sessile, comprimé, obtus, d’un
noir brillant, avec deux bandes jaunes obli-
at te nt LA A, ed 2. ne ss iii OR us
308 HISTOIRE NATURELLE
ques, la première interrompue dans son
milieu, deux taches de même couleur entre
ces deux bandes , et l'extrémité jaune; les
pates sont jaunes ; les cuisses postérieures
très larges, dentées, jaunes, avec une grande
tache noire ; les autres cuisses sont noires ;
les ailes sont brunes.
Elle habite l'Italie et les départemens mé-
ridionaux de la France. On la trouve, vers
le milieu de l’été, aux environs de Paris.
Des deux ‘autres espèces qui composent
ce genre, l’une se trouve sur la côte de
Coromandel, et l’autre en Allemagne. Elles
ont beaucoup de ressemblance avec la leu-
copsis dorsigère.
.
DES CHRYSIS. 30g
XXIX° GENRE.
CHRYSIS.
»
Caractères génériques. Antennes courtes, filifor-
mes; premier article un peu plus long de autres
courts et égaux. — Quatre antennules liformes,
inégales; les antérieures une fois plus longues,
composées de cinq articles; les postérieures de
quatre, dont le premier à peine distinet. — Ventre
attaché au corselet par un pédicule court. —
Aiguillon simple, pointu, caché dans l'abdomen.
— Trois petits yeux lisses.
Les chrysis diffèrent des guépes par la
forme de leurs antennes, qui sont filiformes,
vibratiles , guère plus longues que la tête,
au-devant de laquelle elles sont insérées ;
élles sont coudées, rapprochées à leur base,
composées de douze articles; le premier
long et cylindrique, les autres presque
égaux.
La tête est un peu plus large que le cor-
selet , contre lequel elle est appliquée.
Le corselet est plus long que large, un
peu renflé; il paraît composé de plusieurs
DRE VO. dE. >
310 HISTOIRE NATURELLE
pièces jointes ensemble; de chaque côté de
"sa partie postérieure, il est armé d’une
pointe saillante.
L’abdomen est joint au corselet dans toute
sa largeur; il est convexe en dessus, ar-
rondi, un peu aplati en dessous ; dans le
plus grand nombre des espèces l’anus est
denté. Celui des femelles renferme une ta-
rière, composée de plusieurs tuyaux de
différentes longueurs , qui glissent les uns
sur les autres, lorsque l’insecte l’allonge.
Cette tarière contient un aiguillon composé
de trois pièces, qui sert à la femelle pour
déposer ses œufs. Quoique cet aiguillon soit
très pointu , on peut toucher à ces insectes
sans craindre d’en être piqué.
Les pates sont de longueur moyenne.
Les ailes ne sont point pliées comme
celles des guêpes; les supérieures sont un
peu plus longues que les inférieures.
Nous ne connaissons point les mœurs ni
les larves de ces jolis insectes, auxquels on
a donné le nom de crysis à cause de la
beauté de leurs couleurs , qui ont le brillant
et l'éclat des pierres précieuses; mais on
+
DES CHRYSIS, 317
présume que leurs habitudes et leurs mé-«
tamorphoses ont beaucoup de rapport avec
celles des sphex et des ichneumons.
On les trouve pendant l'été sur les mu-
railles et autour des vieux bois, quelque-
fois sur les fleurs ; ils sont très vifs , et ont
le vol léger. Quand on les prend, ils se
mettent en boule, courbent leur ventre en
dessous, et portent son extrémité jusqu'à
la tête ; en même temps ils appliquent leurs
pates et leurs antennes contre le corselet ,
et renferment toutes ces parties dans la ca-
vité de leur ventre.
Ce genre est composé d’une trentaine
d'espèces ; la plus grande partie habite l’Eu-
rope; on en trouve dix ou douze aux en-
virons de Paris. Nous allons passer à la des-
cription de quelques espèces.
Le Chrysis incarnat, Chrysis carnea.
G. Parnopès. Larn.
Il a environ six lignes de longueur; ses
antennes sont noires; sa tête est verte, avec
un petit duvet argenté et luisant près de la
312 HISTOIRE NATURELLE
. bouche, en dessus; le corselet est chagriné ,
vert, avec les angles postérieurs saillans ;
l’écusson est proéminent et obtus; l’abdo-
men est d’un rouge de chair, avec le pre-
mier anneau vert; l’anus a quelques petites
dentelures. On trouve cette espèce aux
environs de Paris, dans les lieux chauds et
sablonneux.
M. Latreille a découvert la manière dont
cette espèce pourvoit aux besoins de sa pos-
térité. La femelle fait sa ponte dans les trous
assez profonds que lé bembez à bec (rostrata),
femelle , creuse dans les terres légères et
sablonneuses , et au fond desquels il empile
des cadavres de syrphes, taons , bombilles,
et autres déptéres, destinés à servir de
nourriture à ses petits. Le panorpès épie
l'instant où le bembex est éloigné du nid
qu'il a préparé à sa famille; il y pénètre ,
et y place ses œufs. Les larves auxquelles
ils donnent naissance consomment probable-
ment les vivres qu’elles y trouvent rassem-
blés, et dévorent peut-être encore les larves
du bembex, Celui-ci aperçoit quelquefois
l'ennemi de sa postérité, fond alors sur lui
nr Le nn à LÉ né) ES |
2
DES CHRYSIS, 313
avec impétuosité , en manifestant des signes
de colère , le saisit, et cherche à le percer
de son aïiguillon; mais le parnorpès se met
eh boule à la manière des fatous ou des
hérissons, et oppose à son ravisseur un
bouclier impénétrable, la peau qui re-
couvre le dessus de son corps étant fort
dure.
Le Chrysis enflammé, Chrysis ignita.
Il a les antennes noires, la tête d’un vert
doré brillant; tout le corps est finement
pointillé ; le corselet d’un vert doré brillant
antérieurement, bleu postérieurement ; l’ab-
domen est convexe en dessus, composé de
quatre anneaux ; le second est le plus grand;
le troisième est couronné de pointes fines
et serrées; l'anus est terminé par quatre
dents; il est d’un rauge pourpre cuivreux
en dessus, d’un vert brillant en dessous ;
les pates sont vertes ; les tarses noirâtres ;
les ailes ont une légère teinte de brun, avec
les nervures obscures.
IL habite dans les trous des murs et dans
LALE 27
bah du. » … ‘CR OR DL —
314 HISTOIRE NATURELLE
les vieux bois : il est très commun en été
aux environs de Paris,
On le trouve dans toute l’Europe.
Le Chrysis brillant, Chrysis micans.
Il à environ trois lignes de longueur ; les
antennes sont noires ; le corselet est grand,
chagriné ; l'abdomen est lisse, composé de
trois anneaux , arrondi; l’anus est entier ;
il ést entièrement de couleur bleue ver-
dâtre , à l’exception des deux premiers an-
neaux de l'abdomen, sur lesquels est une
grande tache ovale, noire, très brillante ;
les ailes ont une teinte noirâtre, depuis le
milieu jusqu’à l'extrémité ; elles sont trans-
parentes depuis leur origine jusqu'au mi-
lieu ; les nervures sont noires.
Degéer, qui a trouvé cette espèce dans
une galle résineuse du pin, présume que
sa larve s’est nourrie d’une chenille ; il n’a
trouvé au fond de la galle qu’une coque
vide , d’une soie lâche, que le chrysis avait
percée pour en sortir, et les excrémens de
la chenille. ‘
Il se trouve en Suède.
rl à Gén = idée —— - Sos dt
DES CHR YSIS. 315
Le Chrysis lucide, Chrysis lucidula.
Les antennes et les yeux sont noirs; la
tête est verte, avec un peu de rouge À sa
partie postérieure ; le corselet est chagriné,
vert, d’un rouge cuivreux sur le milieu ;
l'abdomen est finement pointillé d’un rouge
cuivreux brillant en dessus, noirâtre en
dessous; l’anus est entier; les pates sont
vertes , les tarses noirs , les ailes obscures.
Il se trouve au midi de l’Europe : il est
très commun aux environs de Paris.
XXX° GENRE.
TIPHIE.
Caractères génériques. Antennes courtes, filiformes,
roulées en spirale; premier article un peu plus
gros et plus long, — Quatre antennules inégales,
filiformes ; les antérieures un peu plus longues,
composées de six articles égaux; les postérieures.
de cinq. — Ventre attaché au corselet par un
pédicule court. — Aiguillon simple, caché dans
l'abdomen, — Trois petits yeux lisses,
Les tiphies ont les antennes courtes, pla-
cées près de la bouche ; le premier article
éd |
, "3 Le ji Sotétutinug à ni codé ft 2
‘
316 HISTOIRE NATURELLE
gros, un peu conique; les autres amincis à
leur base, d’égale longueur.
La tête est large, très obtuse, arrondie
postérieurement ; les yeux sont petits, OVa-
les ; le corselet est tronqué postérieurement ;
l'abdomen est de forme ovale; le premier
anneau est pyriforme ; il est attaché au cor-
selet par un pédicule court.
Les pates sont courtes ; les cuisses gros-
ses, comprimées ; les jambes courtes , les
tarses renflés, épineux.
Le corps est un peu velu ; les femelles ont
un aiguillon caché dans l'abdomen.
Les ailes sont plus courtes que l’abdomen.
Les mœurs de ces insectes sont entière-
ment inconnues.
Ce genre renferme dix-huit ou vingt es-
pèces; huit habitent l'Europe, et une seule
les environs de Paris. Nous ne décrirons
que peu d’espèces.
La Tiphie à grosses cuisses, Ziphia
femorata.
Cette espèce esb entièrement noire ; ses
antennes sont courtes, roulées en spirale ;
Ce Ter
Ma, de 0 ue; ©) ÉÉNRSÉ ESS Rd
DES TIPHIES. 3x7
le corps est un peu velu; l'abdomen est
attaché au corselet par un pétiole très court;
les derniers anneaux vont en diminuant; les
cuisses de la deuxième et de la troisième
paire de pates sont fauves; les postérieures
sont renflées; les ailes sont plus courtes
que l’abdomen. La femelle a une tarière ca-
chée dans l'abdomen.
On la trouve en Angleterre et aux en-
virons de Paris.
La Tiphie à trois bandes , 7iphia
tricincta.
Elle a les antennes, la tête et le corselet
noirs ; l'abdomen noir, avec trois bandes
transversales fauves, et l’extrémité ferrugi-
neuse ; les pates ferrugineuses.
On la trouve dans l'Amérique méridio-
nale.
La Tiphie ponctuée, Z'iphia punctata.
Elle a la tête et le corselet jaunes, avec
des points noirs; l'abdomen conique, jaune,
avec l'extrémité noire; les cuisses posté-
TT CP OR RT ET 7
318 HISTOIRE NATURELLE
rieures renflées, dentées ; les ailes blanches,
sans taches.
Elle habite l’Europe.
XXXI° GENRE.
ÉVANIE.
Caractères génériques. Antennes filiformes, assez
longues; premier article très long, presque cylin-
drique; les autres courts, égaux, peu distincts.
— Quatre antennules inégales ; les antérieures
“plus longnes, filiformes, composées de six ar-
ticles; les postérieures de quatre, dont le dernier
en masse, — Ventre comprimé, presque triangu-
laire, attaché au corselet par un long pédicule. —
Aiguillon très petit, caché dans l'abdomen, —
Trois petits yeux lisses.
Les évanies ont les antennes vibratiles,
rapprochées , insérées près de la bouche,
_ composées de onze articles; le premier
long, cylindrique ; le second très court; les
autres presque égaux.
La tête est un peu aplatie, un peu moins
large que le corselet, auquel elle tient par
uné espèce de cou mince assez court.
DES ÉVANIES. 319
Le corselet est grand , convexe; les pee
y sont attachées.
L'abdomen est très petit, comprimé,
triangulaire, composé de cinq ou six an-
neaux; il est joint au corselet par un pédi-
cule très long, mince, arqué , inséré sur la
partie supérieure du corselet ; l’aiguillon est
court , renfermé dans l’abdomen.
Les quatre pates antérieures sont de gran-
deur moyenne; les postérieures sont très
longues. ÿ e
Les ailes sont moins longues que lab-
domen.
Cesinsectes diffèrent beaucoup desichneu-
mons, parmi lesquels Réaumur et Degéer
ont placé la seule espèce qu'ils ont connue.
Le genre évanie renferme un très petit
nombre d’espèces : on n’a point encore
observé les mœurs de ces insectes , et leurs
larves sont inconnues.
L'Évanie appendigastre, £vania
appendigaster.
Elle est noire ; les antennes sont longues;
la tête et le corselet sont raboteux ; l’abdo-
320. HISTOÏRE NATURELLE | Le
men est lisse, d’un noir brillant; les an-
: neau sont peu distinots ; l'anus est placé à,
* l'extrémité de l’anglé supérieur ; les ailes”
sont courtes, transparentes , blanches, avec
les-nervures noires, et un point de même
“couleur au milieu du bord extérieur des
_ supérieures; les pates postérieures sont très
longues. RP
On la trouve dans les départemens méni-
dionaux de la France , en Italie, en Afrique
et dans.la Nouvelle-Hollande.
L'Évanie naine, Ævania minuta.
Elle n’a qu’une ligne de longueur ; elle
ressemble beaucoup à la précédente ; tout
le corps est très noir ; la tête et le corselet
sont raboteux ; l'abdomen très pétit , noir,
lisse ; les ailes sont blanches, transparentes,
veinées de noir à leur base.
. On la trouve aux environs de Paris. !
FIN DU TOME SEPTIÈME.
D£ L'IMPRIMERIE DE CRAPELET,
rue de Vaugirard, n° 9,